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L'archi - road movie, archi - trace du film                     L'archi - road movie, archi - trace du film
Sources (*) :              
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Galgal, 1988-2007, Page créée le 14 février 2014

 

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Dans "Lost Highway" (film de David Lynch, 1997), une figure de défilement routier fait le lien entre les éléments d'un récit dont la diffraction est irréductible

   
   
   
                 
                       

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C'est l'histoire de deux couples qui pourraient n'en former qu'un seul. Ou bien d'un couple qui pourrait s'être dédoublé. Ou encore de deux couples dont les aventures pourraient avoir convergé en une seule pour des raisons inconnues. Il y a Fred et Renée, plus mûrs, Fred saxophoniste et Renée mystérieuse. Il y a Pete et Alice, Pete le jeune garagiste et Alice la pute séductrice. On pourrait se dire que c'est le même couple à quelques années d'intervalle mais ça ne marche pas, puisque Pete (jeune) a remplacé Fred (mûr) en prison. On pourrait se dire qu'un personnage, mettons Dick Laurent, est l'élément commun entre ces deux couples. Quand il apprend sa mort, Fred semble l'avoir connu; mais on s'aperçoit à la fin du film que, cette mort, il se l'était annoncée à lui-même. Or Dick Laurent est le persécuteur de Pete et le maquereau d'Alice. Est-ce qu'Alice voulait vraiment échapper à Dick, ou a-t-elle manipulé Pete? Et si finalement Fred assassine Renée, est-ce pour se venger du double jeu d'Alice? A toutes ces questions et à quelques autres dont il serait fastidieux de faire la liste, il n'y aura pas de réponse.

Mais reprenons autrement l'analyse de ce film. Renonçons à reconstituer la trame diégétique, dont l'embrouillage est savamment construit pour empêcher le regardeur de restituer un récit unique, et voyons les thèmes : pornographie, argent, violence, prison, jazz, amour, angoisse, vengeance, sang, crimes, bagarres, belles voitures... Tous les stéréotypes du film américain y sont, y compris l'autoroute dont on parle ci-contre à droite, la highway. Si quelque chose est raconté dans le film, c'est caché pour l'essentiel. Chaque personnage est une énigme pour tous les autres, et le film tout entier est énigmatique pour les spectateurs. Ici les secrets ne sont pas faits pour être découverts, ils sont faits pour rester secrets. On pourrait décrire ce film comme une combinaison de stéréotypes, fabriqués pour donner l'illusion d'un secret bien crypté. Mais le secret lui-même, nous n'ignorons pas que c'est du cinéma. Après tout, nous ne voyons qu'un scénario pervers construit sur quelques clichés. Peut-être parce qu'au fond, il n'est pas fait pour être vu, mais pour être analysé. Ce n'est pas un film pour cinéfile (au sens de Jean-Luc Nancy), c'est un film pour cinéphile.

Dans son article "L'archi-road movie, ou le routage des sens" (paru in Intermédialités n°19, Printemps 2012), Peter Szendy attire l'attention sur un élément singulier présent dans certains films. Il s'agit du défilé d'une route qui, à première vue, opère comme élément de liaison ou composante d'un récit. Cette figure qui attire le spectateur dans le mouvement du film opère, selon Szendy, comme un frayage où l'expérience même du cinéma s'initie. Il l'appelle archi-road movie (voir ici un développement plus fouillé sur cette analyse).

 

 

Dans Lost Highway, cette figure remarquable revient au moins cinq fois :

- dans le générique de début (entre 0'20 et 2'56). Une route défile à vive allure. Le véhicule dans lequel nous sommes roule au milieu de la route. Devant nous, la ligne jaune est agitée de soubresauts, comme si le conducteur ne tenait pas fermement le volant ou comme si l'image elle-même tremblait.

- entre 49'57 et 50'08 : un temps de transition quand Fred, sous l'emprise d'une drogue qu'on lui a administrée en prison, entre en contact avec Pete qui se trouve encore chez ses parents. La ligne jaune, dédoublée, est différente de celle du générique. S'agit-il d'un rêve? D'une réminiscence? D'une traversée psychique? Après cela, de façon inexplicable, c'est Pete qui a remplacé Fred dans la prison.

- entre 1h50'45 et 1h50'52, la fuite de Pete avec Alice vers le désert. Pete conduit. La route ressemble à celle du générique en plus mouvant (suit une scène d'amour, le feu du désir, I want you, dit-il; You"ll never have me, répond-elle, et juste après, Pete est remplacé au même endroit par Fred, qui se rhabille à sa place).

- entre 1h59'31 et1h59'44, on retrouve la route du générique. Fred conduit. Dans une chambre de l'hotel Lost Highway, il trouve Renée couchant avec Dick Laurent, dont il récupère le revolver. En présence de Fred, un mystérieux personnage tue Dick.

- le générique de fin (entre 2h09'32 et 2h14). Après l'annonce de Fred à lui-même (Dick Laurent is dead), il s'enfuit sur la route poursuivi par la police. Alors le phénomène de transmutation psychique se reproduit. Fred hurle, il disparaît de l'image, et voici revenu le générique du début, plus calme. Ce n'est pas (ou pas seulement) l'histoire, c'est le film qui se boucle sur lui-même.

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Que dire de cette figure?

- On peut la considérer comme un élément rhétorique, une conjonction entre des séquences hétérogènes. Chacun des moments du film étant séparé, disjoint des autres, cette figure est à la fois nécessaire et trompeuse. Elle transforme en succession temporelle ce qui est fondamentalement dissocié.

- Par son mouvement incessant, elle empêche la pétrification du fantasme. Ni Fred, ni Pete ne peuvent rester dans leur personnage : ils sont projetés sur la route. Ils y trouvent paradoxalement une certaine stabilité, qui suspend le récit, mais c'est une stabilité menaçante, où tout peut arriver.

- C'est une sorte de limite, de parergon qui encadre le récit (début-fin du générique) sans réussir à le borner complètement.

- Et c'est aussi, comme l'explique Peter Szendy, un schème qu'on retrouve dans d'autres films et qui est porteur d'une certaine entrée dans le cinéma contemporain.

 

 

 


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