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TABLE des MATIERES : |
NIVEAUX DE SENS : | ||||||||||||||||
"Mourir vivant", un fantasme et plus | "Mourir vivant", un fantasme et plus | ||||||||||||||||
Sources (*) : | Derrida, la mort | Derrida, la mort | |||||||||||||||
Jacques Derrida - "Séminaire "La bête et le souverain" Volume II (2002-2003)", Ed : Galilée, 2010, pp236-240 - |
Derrida, le deuil | Aporie de l'inhumation : elle donne un lieu au cadavre, ce qui permet le travail du deuil, mais le laisse pourrir et ouvre le risque de retour spectral |
Derrida, le deuil | ||||||||||||||
Derrida, l'aporie | Derrida, l'aporie | ||||||||||||||||
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Une des singularités de la modernité occidentale, peut-être unique dans l'histoire, c'est qu'au moment des funérailles, il est possible de choisir entre inhumation et incinération. Chacun peut, de son vivant, exprimer sa préférence, comme s'il disposait encore de son corps après la mort. Cette possibilité de choix peut lui faire croire que, même mort, sa décision lui survivra. C'est ce que Derrida nomme le fantasme du "mourir vivant" : oublier que mon corps ne sera plus à ma disposition mais à la disposition d'un autre, un semblable. Quand un cadavre est enterré, inhumé, il n'est pas annihilé instantanément. Pour une certaine durée, un reliquat du corps reste visible dans le temps et dans l'espace. Il est respecté dans son intégrité, en un certain lieu protégé, entretenu et même parfois monumentalisé, où l'habitat, la famille, la société civile, les institutions, semblent le respecter. Le mourant peut entretenir l'espoir de persévérer dans son être, ne pas disparaître, même s'il ne s'agit plus de son corps propre vivant. Nul ne peut voir son propre cadavre, mais chacun a eu l'expérience du cadavre de l'autre. Tant qu'un cadavre est enterré, tant qu'un nom figure sur une tombe, le survivant peut se recueillir sur ses restes. Il peut encore faire comme si l'histoire du mort n'était pas terminée, comme si le mort pouvait encore éventuellement répondre, comme s'il pouvait encore y avoir sous une forme ou une autre une possibilité de résurrection. |
Before the Devil (Sidney Lumet, 2006).
L'enterrement a eu lieu à une certaine date, la tombe se trouve en un certain lieu. L'inhumation favorise le travail de deuil dit "normal". Le mourant s'est identifié par avance aux survivants, et ceux-ci peuvent s'identifier à lui, revenir à intervalles réguliers sur la tombre. Ils peuvent laisser venir les sentiments souvent ambivalents qui les lient au mort, reconnaissance ou culpabilité, apaiser ou neutraliser ces affects. Il est toujours possible, devant une tombe, de multiplier les marques de fidélité ou de respect. Cet échange avec un mort relativise les fautes, il fait espérer une transaction qui innocenterait le coupable. De ce point de vue l'inhumation paraît plus protectrice, plus humaine que l'incinération; mais elle est aussi plus terrifiante car l'enterré-vivant avec lequel on cherche le dialogue pourrait se réveiller dans sa tombe. Il pourrait aussi souffrir, suffoquer, protester contre la décomposition et le pourrissement. Ces craintes conscientes ou inconscientes rendent plus difficile le succès du travail de deuil par intériorisation, mémorisation, introjection. En garantissant le maintien du cadavre dans le cimetière, l'Etat ou l'Eglise contribuent à l'objectivation de la mort. Ils assurent que le survivant ne pourra pas persécuter le cadavre, et réciproquement, ils assurent que le mort ne pourra pas revenir pour se venger ou réclamer sa part. En interdisant la momification ou l'embaumement du cadavre, les pouvoirs garantissent la tranquillité du survivant. |
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Création
: Guilgal |
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Idixa
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Derrida MourirVivant HE.LLM DerridaMortRI.KDD DerridaDeuilDX.LDD DerridaAporieOP.LKO UInhumationAporie Rang = PInhumationAporieGenre = MH - NP |
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