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TABLE des MATIERES :

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Les collectes de l'Orloeuvre
   
     
Le récit de l'Orloeuvre                     Le récit de l'Orloeuvre
Sources (*) : La déconstruction, prise au sérieux               La déconstruction, prise au sérieux
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2016, Page créée le 5 mars 2000

 

Scene (Andres Na gel, 1897) -

Le retour de Danel Qilen

Là où "il faut" que les controverses s'inscrivent

Le retour de Danel Qilen
   
   
   
                 
                       

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L'Orloeuvre est un texte, mais c'est aussi un lieu avec une adresse (le 231bis, quai de l'Idve), et un nom d'usage : le loft. Pour les besoins du récit, ce lieu a été rendu visible, situable dans l'espace : un vieux bâtiment du XVIIème siècle, au bord de ce qui est aujourd'hui un canal. Dans les années 1950, c'était une usine de matériels et de verres optiques. Quand le propriétaire du bâtiment, Bendito Sapintza, a interrompu son activité, le local a servi de salle de réunion, de galerie d'art et aussi d'entrepôt. Mais Bendito le trouvait sombre, mal agencé. Il a alors décidé d'abattre ou de restreindre certaines cloisons entre le rez-de-chaussée et le premier étage et de créer un vaste patio auquel tous les niveaux seraient reliés par des passerelles en pente ou des escaliers en colimaçon. Les espaces ont été diversifiés, certains restant clos (les bureaux et l'habitation du deuxième étage), d'autres étant partiellement ou totalement vitrés. La controverse n'étant jamais unique, il a fallu aménager des lieux d'intimité relative qui permettent aux discutants de ne pas se perturber les uns les autres. Mais comme toutes les controverses sont liées (ce qu'on appelle, en théorie littéraire, l'intertextualité), il a fallu aménager des couloirs de transition et des sas - si bien qu'en circulant d'un point à un autre, on peut avoir le sentiment que l'espace se métamorphose. Les matériaux des toits ont eux-même été changés pour laisser largement pénétrer la lumière, en préservant l'opacité des vitres, indispensable à la discrétion des lieux. Seules les caves et un grenier témoignent encore de l'ancien état des lieux.

Il est difficile de savoir quels projets ou quelles idées ont contribué aux commencements de l'expérience. Si une déclaration a été faite, ou si un acte de fondation a été écrit, ils n'ont pas été conservés, ou s'ils l'ont été, ils se confondent avec les premières controverses de l'Orloeuvre. Bien que les orloviens n'aient rien d'autre en commun que leur nom, différentes dénominations sont utilisées, selon l'époque et les personnes. La tendance, quand on écrit sur le web, est de nommer le lieu par ce qui s'y trame. Disons que l'Orloeuvre n'est pas vraiment une oeuvre, mais plutôt une tâche, et que la tâche a fini par prévaloir sur le lieu. Mais le lieu, traversé par différents passages qui ouvrent les uns sur les autres, n'est pas essentiellement différent de l'Orloeuvre. Tout tourne autour d'une salle en forme d'anneau qui, comme tout anneau, n'a ni point de départ, ni point d'arrivée. Quel que soit l'endroit où l'on se trouve, on est surmonté par au moins une galerie. Quand on y circule, on peut avoir l'impression qu'on suit le tracé d'une ellipse, ou encore que ses marges et son extériorité rejoignent son coeur.

A première vue, le loft ressemble à un lieu de discussion, de conversation ou de bavardage. Vautré sur un divan ou accoudé sur une table de bar, on peut en effet y parler de tout : du dernier film, de ses vacances, d'un blog, d'un tweet ou des théories à la mode. C'est pourquoi la comparaison la plus évidente qui vienne à l'esprit est celle d'un vaste salon où l'on cause. Mais il y a une différence essentielle entre l'organisation de l'Orloeuvre et un salon, c'est que les conversations s'y écrivent. Je ne parle pas ici des notes prises sur les souvenirs plus ou moins vagues que telle ou telle discussion a pu laisser dans les mémoires : je parle des effets produits par l'absence de la chose. La controverse orlovienne n'étant jamais l'événement lui-même, mais son archive, c'est cette archive, si peu vivante, qui lui ouvre les plus grandes possibilités de survie.

- Valentin : lI faut que les controverses s'écrivent. C'était évident depuis le début. Jamais personne ne m'a demandé de le faire, et moi je ne me suis jamais demandé pourquoi je le faisais, mais il faut que je sois à cette place, la place où ça s'écrit.

- Amalqa : Même si le contenu est absolument vide, même si l'on travaille à partir de rien et en vue de rien, c'est dans l'écrit que réside notre force. Nous n'en avons pas d'autre.

 

 

L'usage très singulier du mot controverse est une particularité du Cercle. En effet le débat, la discussion, la conversation ou le bavardage sont des phénomènes purement oraux, tandis que la controverse orlovienne se caractèrise par un souci de continuité et d'inscription qui tourne parfois à l'obsession. Même si les controverses ne sont pas écrites, il faut que tout se passe comme si elles étaient écrites. Cette inscription peut passer par le mode plus ou moins classique de la transcription ou de l'archivage, ou se traduire par une poursuite indéfinie de l'échange vocal, ou trouver un prolongement dans les moyens électroniques du monde d'aujourd'hui. Une discussion qui continue toujours à avancer, sans faire jamais l'objet d'aucune conciliation ni tentative de synthèse, une telle discussion (que certains préfèrent désigner par le mot hébreu mahloqet) participe de l'Orloeuvre du simple fait de sa durée. Un jour ou l'autre, elle sera prise dans l'intense travail de fabrication qui prend place sans interruption sur toutes les bordures du loft, là où se confondent le dedans et le dehors. Et finalement, d'une façon ou d'une autre, même si ce n'est pas là où c'est attendu, ça s'écrit.

- Madjiguène : On nomme hypertopos un lieu toujours mouvant, toujours en trop, en excès, illocalisable. Un tel lieu est sans lieu, ce qui revient à dire que s'il est hypertopique, il est aussi atopique. Or ce lieu dont nous parlons, que nous avons pris l'habitude de nommer le loft, est indescriptible justement parce qu'il réunit ces deux excès, a- et hyper-topos. S'il survit, au 231bis quai de l'Idve, c'est en tant que Chose sans présence, impossible, interdite, qui arrive sans arriver et qui pourtant, comme tu peux le constater, lecteur, de tes propres yeux, a vraiment lieu.

 

 


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