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Sources (*) : Danel, amours et sensualités               Danel, amours et sensualités
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2016, Page créée le 29 décembre 1996

 

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Une photo, une seule

Le sac de Garance

Une photo, une seule
   
   
   
                 
                       

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C'est une voix aigüe, haut perchée, très féminine et très jeune, qui monte l'escalier.

- Garance : J’ai oublié mon sac! J’ai oublié mon sac!

Danel regrette de ne pas avoir fermé la porte du grenier. C'est le matin, il est encore tôt, il a sommeil. La quatrième nuit passée dans son ancienne maison a été pénible. Plusieurs fois, son rêve a tourné en cauchemar. C'était Amélie, la mère de Bertille, encore séduisante comme elle l'était à l'époque, qui lui hurlait après dans une langue incompréhensible. Puis la voix montant l'escalier s'est mêlée à son rêve. Amélie s'est transformée en cadavre amputé d'un bras, qui poussait la porte du grenier. Elle était blanche de rage et lui hurlait à la figure : Qu’as-tu fait de la remise? Lui croyait deviner qu’elle lui reprochait d’avoir laissé leur ancien dépôt de lard, de fruits et de charcuterie devenir une chambre de jeune fille. Il ne comprenait pas sa colère, après tout ce n'était pas un grand crime, mais cette idée ne suffisait pas pour le rassurer. C’est ma lâcheté qui s'exprime par les rêves et je ne fais rien, rien, toujours rien. Il s'écrase contre le mur, incapable d’articuler une parole, et se réveille dégoulinant de sueur, honteux de cette confusion, de ces douleurs dont il n'arrive plus à savoir si elles sont de l'esprit ou du corps. C'est alors qu'il voit Garance, et qu'il entend sa phrase. J'ai oublié mon sac! J'ain oublié mon sac!

(Danel) C’est quand même curieux que tous mes fils m’aient échappé. Tous mes fils. Mes filles sont encore là, elles vivent dans ma mémoire, mais mes fils se sont échappés. Est-ce que je sais encore à quoi ils ressemblent? Ils ont bifurqué sur une voie rapide tandis que mes filles se sont arrêtées quelque part. Moi j'ai poursuivi ma route en postulant qu'ils feraient du neuf, qu’ils triompheraient de leur père. Quelle erreur, quelle confusion. Tous ces fils abandonnés sur le bord du chemin, solitaires et blessés. C’est comme un interminable accident de la route. Et si je me trompais? Et s'ils ne s'étaient jamais révoltés? Et s'ils avaient joui paisiblement de leur existence pendant que j'étais forcé de relancer ma nième nouvelle vie? Et si c'était moi qui leur avait échappé?

- Garance : Eh, t’as pas vu mon sac?

(Danel) Qu'est-ce qu'elle veut celle-là, qu'elle aille se faire voir!

- Garance : Zut, il est où ce sac?

Elle tourne autour des bancs, sous les fenêtres, déplace les coussins et les cahiers qui sont restés là, faisant voler la poussière. Toujours en sueur, Danel se dégage de sa couverture. Sous son manteau, Garance porte un short blanc très court et des bas de laine noirs. Elle court dans la pièce, sans ordre; son short semble heurter les murs comme une boule de billard.

- Garance : Hé, tu habites là?

- Danel : Je peux pas dire que j’habite là. Disons que j’y dors, quand il y a pas trop de bruit.

- Garance : T’as pas vu mon sac?

Danel s'assied et la regarde fouiller sous les tables. Aussi pâle que les fesses, le short blanc fait ressortir les torsades compliquées des bas noirs, noirs, noirs. Danel, qui a dormi seul, n'arrive pas à détacher son regard de ce mouvement perpétuel.

(Danel) Arrêter ce rêve, en rester au contraste du noir et du blanc, c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Chaque jour tu renonces à la tradition de tes pères, chaque jour tu abandonnes tes fils à un futur inconnu, et chaque jour un autre désir, toujours le même, te relance.

- Garance (criant) : Foutu sac!

Garance se penche pour regarder sous le divan où Danel, immobile, reste assis. Elle est si proche.

(Danel) Je ne tiendrai pas longtemps.

- Garance : Ah le voilà!

Elle soulève triomphalement un sac blanc, d'où dépasse un objet blanc lui aussi.

(Danel) J’éviterai pas les cauchemars. Le pire viendra ensuite, quand l'image d’Amélie se brouillera. J’aurai l’illusion de la caresse mais son cadavre hâve remontera l’escalier et ses hurlements annihileront mes regrets. Alors une fois de plus, je ne choisirai pas.

 

 

Garance s'assied sur le divan, elle pose sur ses genoux l'ordinateur blanc.

- Garance : J'ai eu une de ces peurs! Cette machine, elle est pas à moi, je m'en sers pour scanner les tenues.

- Danel : Scanner les tenues?

- Garance : Attends, je vais vérifier s'il marche toujours. Tu n'as pas un papier, une image?

Danel n'a rien sur lui, rien avec lui, juste un petit sac plastique avec la photo de Bertille. Il hésite un instant, puis la donne à Garance.

- Garance : Voilà. Tu mets la photo sur la vitre, ça la scanne et elle arrive sur l'écran.

(Danel) Jusque là, rien de très original.

- Garance : Et après, tu peux tout agrandir, isoler le vêtement, comme s'il n'y avait personne dessous!

Garance clique quelque part et c'est Bertille et sa copine qui disparaissent. Ne restent sur la photo que leur pantalon, leur tee-shirt et leurs chassures. Garance clique à nouveau, et l'on peut voir le tee-shirt plié et déplié, sous tous les angles, comme s'il était en vente dans un catalogue.

- Garance : Génial, non?

- Danel : Attends, clique ici, sur la photo qu'elle tient au bout des doigts...

Garance isole la photo, l'agrandit et la fait basculer sur elle-même.

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Soudain Garance se lève, elle a un rendez-vous, elle ne peut plus rester une seconde, il faut qu'elle parte.

- Garance : Bon, je te laisse la machine. Est-ce que tu pourrais trouver Aelia et lui rendre? ça m'évitera de la porter.

Il n'a pas le temps de réagir, elle s'est déjà engouffrée dans l'escalier. Danel regrette ses bas noirs, et se demande comment il reconnaîtra Aelia.

(Danel) Elle au moins se déplace sur des jambes, des vraies, pas comme Amélie qui n'en a plus depuis longtemps, plus de jambes.

Il se recouche le long du mur.

(Danel) Torsadées ses jambes, torsadées de draps noirs. Ouf! enterrée la vieille Amélie! Vivants. Ils sont plus vivants que moi...

 

 

 


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