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Sources (*) : Danel, amours et sensualités               Danel, amours et sensualités
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2016, Page créée le 6 février 1997

 

Claudine au repos (Jules Pascin, 1913) -

Garance et Danel enlacés

   
   
   
                 
                       

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Garance avait pris Danel par la main et l'avait entraîné au premier étage. Elle avait poussé une porte. Il était resté sur le seuil, glacé par le grincement des gonds rouillés. C'était la même façade en chêne, identique à celle d'autrefois. Depuis son arrivée quai de l'Idve il n'avait pas voulu rentrer là.

- Garance : Viens!

- Danel : Pourquoi ici?

- Garance : C'est tranquille!

- Danel : Il n'y a personne.

- Garance : Ils préfèrent rester en bas tous ensemble. Ici, il y a un divan.

- Danel : Qu'est-ce que c'est que cette pièce?

- Garance : Certains l'appellent la chambre de la date.

Poussé par la curiosité, il l'avait suivie et s’était effondré avec elle sur la surface accueillante du divan.

(Danel) Ils sont mous ces coussins, souples, faits pour vous détendre, ils changent des lits de camp.

- Danel : Pourquoi chambre de la date?

- Garance : J'en sais rien. J'utilise comme tout le monde cette appellation.

- Danel : Elle est presque vide, cette pièce. Elle sert à rien?

- Garance : Aucune idée. Si tu veux t'isoler tu peux toujours tenter le coup. S'il n'y a personne, tu restes. Les autres ne te dérangent pas. C'est le seul endroit du loft où on peut être seul.

Ils étaient à peine couchés, déjà leurs mains dérangeaient les vêtements; ils faisaient connaissance, se caressaient en douceur, apprenaient à se connaître.

(Danel) Cette consistance-là, de la laine. Ils étaient noirs mais pas totalement lisses. Il fallait progresser dans l’obscurité pour sentir la peau, il y avait quelque chose de tissé, de grumeleux, de rêche, je la déshabillais sans le vouloir, je crois qu’elle y prenait plaisir, elle me l’abandonnait dans la nuit, je me demandais s'il fallait l'aimer, cette fille, je me méfiais d’elle mais elle était là, c’était sa plus grande qualité.

Ils s’habitèrent l’un l’autre mais ne firent pas l’amour. Pour ce premier jour ce fut une relation de corps, pas de sexe, de corps sexués mais pas de sexes actifs.

(Danel) A l’époque, le premier étage était celui des enfants. Ils couraient en bandes, ils créaient un mouvement perpétuel, capricieux, inconstant, une ambiance d'indiscipline mouvante, un chambardement, ... Tout ça s'est évaporé, le couloir a pris la teinte fantômatique des dingues du gran’faire qui le peuplent de leurs allées et venues (browniennes elles aussi, perpétuelles elles aussi, ininterrompues, versatiles, exaspérantes elles aussi, mais dépourvues du charme de l’enfance). Je crois qu'ils l'évitent eux aussi, cette pièce, ils ont deviné quelque chose.

 

 

De ce passé-là, aujourd’hui, il ne restait rien : la chambre de Bertille avait pris l’aspect d’une pièce plutôt nue meublée d’un vieux divan et de trois fauteuils Voltaire recouverts d’un tissu de velours usé qui laissait voir la trace de larges ressorts métalliques. Une grande armoire en bois massif meublait tout un angle.

Quant à Danel Qilen, repu de caresses, il pensait en rêvant.

(Danel) Ce n’était pas la chambre de la date. Il n’y avait pas de date ni même d’heure, il n’y avait que des saisons qui se succédaient, plus on économisait la bougie et plus le jour lumineux contrastait avec la nuit sombre. Cette pièce était sans date, intemporelle, c’est là que Bertille dormait, ma fille, à côté de son lit on stockait des poires, des noix et des raisins secs que les enfants montaient grignoter en cachette, Bertille comme les autres, ma douce Bertille elle y montait, ma Bertille aux yeux clairs, c’était ma fille la seule de la fratrie ses frères la jalousaient car on ne la disputait jamais même quand elle montait là-haut picorer, Bertille, ses jupes de laine, ses corsages blancs, je ne l’ai plus revue, jamais, elle me manque. Ils m’ont tout pris, ils m’ont volé le droit de vieillir avec elle, Bertille, ma fille. Mon dieu si elle pouvait revenir de là où elle est, si je pouvais serrer sa tête sur ma poitrine, ma petite Bertille, si je pouvais la voir dormir ici, rêver à son tour, alors enfin j’appartiendrais à ces lieux, je pourrais m’installer, je pourrais refaire de cette bâtisse ma propre maison, je serais revenu, enfin.

Et son geste ne trouve que la laine noire séparant sa peau de la sienne, Garance, cette étrangère, ils transforment le faible espace du divan en lieu de partage où la bordure élastique de ce bas moderne commence où le lisse endoucement des cuisses fait office de limite à franchir en attendant le rapatriement des doigts vers un genou rêche puis leur retour vers la naissance des poils elle ne résiste pas, il tente une débordure qui ne rencontre pas de bord il lézarde sans heurt vers le genou puis renoue avec l'aimantation du voyage se familiarise avec la charnure de la hanche, il s’entremêt où les plis s’enfisent se réserve une entrure au point d’humidité où se croisent muscles et tendons féminins sans armure et dans l’éloignement irrémédiable ils rêvent, chacun, chacun de son côté, Garance et Danel, Danel et Garance, quatre siècles plus tard, sans Bertille, séparés par un gouffre.

 

 

 


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