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Les collectes de l'Orloeuvre
   
     
Le récit de l'Orloeuvre                     Le récit de l'Orloeuvre
Sources (*) :              
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2016, Page créée le 31 décembre 1996

 

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Les Orloviens n'ont rien d'autre en commun que leur nom

   
   
   
                 
                       

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L’assistance aux dialogues, controverses, disputations, échanges et conversations qui se tiennent dans le loft est infiniment diversifiée. Certains ne viennent qu’une fois dans leur vie (au hasard ou pour telle occasion particulière), d’autres irrégulièrement, et d’autres encore tous les jours. On ne peut jamais savoir ce qui va se passer; mais on est certain qu’aucune journée ne ressemblera à la précédente ni à la suivante. Chaque événement idvien, chaque débat, chaque enjeu, chaque instant, ainsi que chaque individu, chaque visiteur, chaque passant, possède sa propre réalité, sa propre dimension, voire sa propre substance.

Quelques habitués entretiennent avec soin leurs habitudes, qui durent aussi longtemps qu’eux. Par exemple, le fils du boulanger (il s'appelle Alek Genvret et, malgré sa jeunesse et sa timidité, participe aux controverses) apporte une caisse de croissants - probablement financée par son père qui n'est jamais venu. Le garçon arrive tôt le matin, traverse une salle silencieuse et dépose sa caisse dans la cuisine. Les gens se servent au fur et à mesure qu’ils se réveillent. Il en a toujours été ainsi, et rien n'indique qu’il pourrait en être autrement.

Une des questions les plus énigmatiques porte sur les clivages qui opposent, ou sont supposés opposer, ou bien n'opposent pas du tout, les participants les uns aux autres (en vérité, une telle question ne préoccupe que les observateurs externes, car les Orloviens eux-mêmes ont une fois pour toutes adopté la règle selon laquelle la discorde est le noyau fondateur de l’oeuvre, ce qui implique que toute discorde possède le même statut, le statut le plus élevé (celui du point par lequel passent toutes les problématiques), et donc qu’aucune discorde, aussi vigoureuse soit-elle, aussi inassimilable, affolante, puissante, dynamique soit-elle, ne persiste autrement que comme un terrain d’amusement psychique où s'élabore l'Orloeuvre). Donc, on dit : “Engager dans une guerre ou une lutte politique des principes absolus, c’est trahir ces principes”, ce qui signifie que même si tu t’engages dans les combats les plus hauts, tu dois préserver de ces engagements une part de toi (pour certains la meilleure, pour d’autres la pire, le résultat est le même). Que cela s’appelle responsabilité, selon le vocable préféré de Christelle Establot, ou bien retrait, selon la formule fétiche de Nata Tsvirka, il y a quelque chose de commun, et c’est cela, ce quelque chose de commun, qui fait que les débats du Cercle, même discordants, ne tournent jamais au clivage. Mais cela n'entraîne à peu près aucune conséquence. Les différences sont reconnues, facilement oubliées et souvent détachées des rivalités de personnes (qui existent comme partout). Ce qui importe vraiment est de construire et de consolider les multiples ponts qui relient les lignées et les dérivations les unes aux autres. Bref, on est engagé par ce qu’on dit, mais on ne ressent pas les dimensions de l’engagement comme faisant clivage.

 

 

Qui sont les Orloviens? Des gens qui se retrouvent en un lieu singulier, à Paris, pour contribuer à cet objet étrange qu'on appelle l'Orlœuvre. L'adresse de ce lieu semble simple et courte (231bis, quai de l'Idve) mais l'endroit lui-même est plus compliqué, plus pluriel que cette désignation n'en donne l'impression. Quand le propriétaire des lieux, Bendito Sapintza, a interrompu son activité professionnelle, le groupe qui se retrouvait dans son ancienne usine a pris le nom de sa société disparue : l'Ellipse. On parlait du Cercle de l'Ellipse, et de ses participants qui étaient des Cerclants. Pendant un court moment, les scribes ayant posé la question de la transcription, on a parlé du Cercle de l'Archive, mais cette dénomination était ambiguë et quelque peu mortifère. On a alors commencé à évoquer les Idviens, en référence au canal de l'Idve qui passait devant le bâtiment. Cette désignation géographique présentait l'avantage de contourner les difficultés, mais l'inconvénient de focaliser sur un lieu, alors même que ce qui se faisait là aurait pu se faire n'importe où. Peu à peu, ce qui s'est imposé comme l'axe autour duquel se retrouvaient les personnes fut : la tâche. On s'est rendu compte que le lieu se tissait autour de ce qui se tramait là. Mais comment nommer cette tâche? On s'est d'abord servi des surnoms qui désignent aujourd'hui des parties ou des régions de l'Orloeuvre, par exemple le Guilgal, le Quoi?, le Gran'faire ou le Cristal, puis tout le monde s'est rallié au mot fabriqué par Laaqib. Parler de l'Orloeuvre, c'est accepter l'idée que rien de ce qui est dehors n'est pas dedans, et que rien de ce qui est dedans n'est pas dehors (en termes techniques, la D.I.). Cela vaut pour les mots, les phrases, les idées et les gens, et cela n'empêche pas de continuer à utiliser les anciennes dénominations. Cela contribue, certes, à entretenir une certaine confusion. Mais elle fait partie du le but poursuivi, car l'Orloeuvre n'est pas faite pour être saisie.

L'Orloeuvre n'est pas fermée sur elle-même. Ses sources, ses thèmes, sa méthodologie, ses références philosophiques, tout vient de l'extérieur. Mais il ne peut pas y avoir d'extériorité absolue. L'inscription dans l'Orloeuvre passe par un travail d'idixation qui fait que ce qui se désigne sous le nom d'un auteur n'est pas exactement cet auteur. Cela vaut pour Jacques Derrida ou pour tous les autres. On peut s'en offusquer, s'en moquer, s'en foutre ou simplement faire le constat le plus élémentaire : l'Orloeuvre est une lecture. Mais ceci étant dit, on peut y rencontrer n'importe quel auteur dans n'importe quel domaine. Il reste entièrement libre puisque l'Orloeuvre n'englobe rien.

Les positions prises par les uns et les autres peuvent évoluer. Comme l'explique Dick Mullison : “Si les hommes ont la tête ronde, c’est pour qu’ils puissent changer d’avis”. Mais cette rotation est limitée par le principe même du Cercle, c’est-à-dire par l’inscription des lignées. Comme toute écriture, cette inscription oblige chacun à un certain degré d’articulation. Mais surtout, les lignées sont inscrites une fois pour toutes, ce qui revient à dire que tout auteur d’une lignée est lui-même inscrit pour toujours dans le Cercle, et que par conséquent on n’efface jamais rien (c’est exactement comme l’histoire humaine : on oublie beaucoup, mais on ne peut pas effacer). On ne fait qu’ajouter, à l’infini et perpétuellement. Ce principe fondamental ne retire pas aux lignées la faculté de dépérir ou de voir peu à peu se brouiller leur orientation, mais il fonctionne comme facteur stabilisant.

Ici comme ailleurs, les différences de classes, de strates, de richesse et d’insertion dans la vie sociale fonctionnent. Qu’y a-t-il de commun entre un musicien aux cachets aléatoires, comme Armando Benjoz, entre un Léo Melbou, humoriste professionnellement sans profession ni domicile (ce qui prouve qu'un SDF peut faire rire), entre un professeur enrichi par sa collection de tableaux comme Albert Egakis, une Jacaline Glevenors de Courtepierre, typique aristocrate en fourrure, une jeune décoratrice comme Mariette Temis, ou un Alain Boisoulier, dont le métier est de marier la linguistique et les réseaux? Ou encore un Jonas Cadoudal, patron de PME quoiqu'aveugle, ou Stéphane Eladdus, qui cache ses angoisses derrière un intense bavardage, et des dizaines et des dizaines d'autres? Il se passe la chose suivante : dans le contexte du Cercle, ces différences sont comme défaites, déstructurées, absurdes. Elles sont littéralement vidées de leur sens, et même si la hiérarchie sociale n'est pas annulée (pas plus qu’aucun autre aspect du réel), même si chacun reste impliqué jusqu’au point central de sa personnalité par les terribles divisions de la société, ces divisions ne franchissent pas, comme telles, l’enceinte du loft. Pour certains (qui n'osent pas le dire), c'est un démenti cinglant à l’égard d’un certain marxisme. Mais pour d’autres, c'est plutôt une confirmation de l’égalité foncière des personnes : tout se passe comme si une sorte de barrière invisible, un mur infinitésimal, arrêtait les inégalités au seuil du quai de l'Idve.

Mais revenons à la question du clivage des personnes.

Lorsque Bendito Sapintza engagea l'Orloeuvre dans la voie périlleuse de la Formation de la Golem, il se produisit ce qu’on appelle habituellement une recomposition. Certains ne se sentirent aucunement interpellés. Ceux-là continuèrent tranquillement à vaquer à leurs occupations dans le loft. D’autres en rièrent (comme Dick, que pouvait-il faire d’autre?); et d’autres, peut-être plus lucides, y perçurent une véritable injonction, puissante, incontournable, une obligation à se déterminer. Ce fut le cas notamment des quelques amis d’Albert Egakis qui participaient au Cercle. Ils se révélèrent à la fois plus intimement concernés par cette affaire que tous les autres (pour des raisons dont Armando Benjoz se fit l’écho ce jour-même, le dimanche, dans la soirée, et qui le conduisirent à maintenir ses distances aussi longtemps qu’il le put), et curieusement réticents, voire hostiles, comme l’était en particulier et le resta jusqu’à la fin Georges Dabouy. Gert Binveels aussi était hostile; mais pour des raisons différentes qui le conduisirent, à partir du moment où il sentit que le faire de Bendito convergeait avec sa propre idée, à changer d’avis (il utilisa la méthode de la tête ronde préconisée par Dick que celui-ci, comme il est de règle, oubliait de s’appliquer à lui-même). Quand à la relation conflictuelle entre Geminga et Madjiguène, rien ne prouve qu'elle ne se serait pas produite sans l'affaire qui devint celle de la Golem.

 

 

 


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