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La Formation de la Golem                     La Formation de la Golem
Sources (*) :              
Ouzza Kelin - "La Formation de la Golem", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 25 mars 1997

L'authentique histoire du Golem

   
   
   
                 
                       

 

A l'aube de ce dimanche, les Galgaliens étaient affalés sur les lits de camp et les matelas-mousse. Tous affectés du même épuisement avaient dormi vidés, comme des sacs sans rêves. Personne n'ayant pensé à descendre les stores, la lumière crevait les paupières. Les passants exerçaient leur voyeurisme sur le peuple composite des participants du Cercle, que plus rien ne semblait distinguer dans leur sommeil. Iphianassa Dentyar, la fille bien aimée de Matricia, bavardait dans un coin avec Guideon Berto. Ils parlaient bas, dissimulant leur chuchotement, comme si leur secret devait être absolument préservé.

- IPHIANASSA : Qu'est-ce que cette histoire de golem?

(Danel) Je me souviens d’Iphianassa. Elle se proclamait grecque mais paraissait venue tout droit du delta du Mékong. Sa peau sombre chatoyait et son regard en épingle reflétait celui d’un père qu’elle n’avait jamais connu.

- GUIDEON : Une vieille affaire.

- IPHIANASSA : Tu me la racontes?

- GUIDEON : Je vais te la raconter fidèlement, avec les vrais détails, ceux qui nous ont été transmis par la vraie tradition. L'histoire se passe il y a deux mille ans ou presque, pas dans la Prague renaissante ni dans l’obscurité du Moyen-Age, comme on le prétend souvent; mais bien avant, un peu après la mort de Jésus, vers les années 100 de notre ère. Il y avait un rabbin qui s’appelait Rava. On ignore tout de lui, à part son nom. Il avait réussi, par ruse ou par lucidité, à échapper à l’effroyable carnage de la destruction du second temple (cinq cent mille à un million de morts sous les ordres de Titus!). Ce fut une époque terrible à cause des massacres et parce que les fondements de leur vie semblaient devoir disparaître à jamais. L’empire romain paraissait au faîte de sa puissance, mais les Sages n’étaient pas dupes, ils observaient la décomposition politique, sociale, morale et religieuse, ils savaient que ceux qui leur interdisaient de vivre dans leur propre pays étaient déjà condamnés. Sur quoi, désormais, le monde se fonderait-il? Comment faire pour entamer un nouveau départ? N’était-ce pas seulement eux-mêmes, ce peuple singulier, qui était menacé, mais l’humanité toute entière? Qu’est-ce qui viendrait ensuite? La question était vitale, elle se posait brutalement. Alors cet homme, ce rabbin, Rava, s’est dit qu’il était temps de refabriquer de l’humain. C’était extraordinairement présomptueux, mais il pensait qu’il n’y avait pas d’autre solution. Avec le savoir de son temps, comment pouvait-il s’y prendre pour cela, refabriquer de l’humain? Il se dit qu’il n’y avait qu’une seule solution : la terre sous sa forme la plus courante, l’argile ou la glaise, et pour faire vivre cette terre, cette argile ou cette glaise, les seuls instruments à sa disposition : la voix et la lettre. Il était persuadé qu’aucun autre outil ni matériau que la voix, la lettre et la terre n’était nécessaire pour accomplir l’exploit. Il ne se comparait pas à la puissance de Yhvh : poussière de sol et souffle de vie dans les narines n’étaient pas à sa portée. Mais lui, il avait la voix et la lettre qui lui avaient été légués. Et dans une certaine mesure, mais seulement dans une certaine mesure, il a réussi. Quelles ont été les parts respectives de la terre, de la voix et de la lettre? Nul ne le sait. Peut-être la terre était-elle le matériau, peut-être la lettre était-elle l’ordre, et peut-être la voix était-elle la vie. Mais rien n’est moins sûr. Sur la méthode suivie, nous ne connaissons que deux détails. Le premier est qu’il inscrivit sur le front de la créature le mot “emet”, qui veut dire vérité. Le second détail, c’est que, pour Rava, la principale difficulté ne fut pas la fabrication proprement dite, la principale difficulté fut de lui donner un nom. Il avait beau chercher, il ne trouvait aucun nom assez fort pour exprimer le mystère de l’existence d’un être humain, et par honnêteté, pour ne tromper personne, il décida de nommer golem la créature, ce qui veut dire matière ou masse informe. Le nom disait la vérité, il rendait un son monocorde et vide. Ainsi la créature n’était-elle pas un échec, car elle était conforme à son nom. Quoique parfois plongé dans la lourdeur d'un demi-sommeil, le golem avait l'air d'un être humain. Il remplissait à la perfection les tâches qui lui étaient assignées : celles du serviteur. Jamais il ne rechignait à la tâche, et jamais il ne se plaignait. Donc Rava jugea raisonnable de le garder chez lui. Un jour, une idée lui vint. Il se sentait peut-être un peu coupable, à moins qu’il n’ait voulu tester les capacités de son maître et ami Rabbi Ze'ira, ou encore (ce n’est pas l’hypothèse la moins probable), on peut imaginer qu’il était fier de son oeuvre et qu’il avait envie de la montrer. Bref, Rava présenta la créature à Rabbi Ze’ira, qui l’interrogea. Mais le golem ne répondit pas. Alors Rabbi Ze'ira, sans l’ombre d’une hésitation, retira la lettre (e) du mot inscrit sur le front de la créature, emet. Il ne restait plus que met, la mort, et le golem retourna à la poussière.

- IPHIANASSA : Quelle fut la réaction de Rava?

- GUIDEON : L'histoire ne le dit pas. Mais Rava était pieux. Il chercha l’explication de son aventure, et sa conclusion, dont le souvenir nous est resté, ne va pas de soi. Rava se dit qu’il avait échoué à cause de l’injustice. Des iniquités se sont dressées entre moi et mon dieu, pensa-t-il.

/ Rava a dit : "Si les justes le voulaient, ils pourraient créer un monde, car il est écrit : "Tes iniquités ont été une barrière entre toi et ton dieu". En effet Rava a créé un homme et il l'a envoyé à Rabbi Ze'ira. Le Rav lui parla mais l'autre ne répondait pas. Alors il dit : "Tu viens de chez les pieux; retourne à ta poussière". (Traité Sanhedrin 65b). /

- IPHIANASSA : C’est tout?

- GUIDEON : Oui, presque tout.

- IPHIANASSA : Quelles sont ces iniquités?

- GUIDEON : Qui sait? Peut-être lui-même, Rava, avait-il commis des injustices? Il n’est plus là pour en témoigner. Ou peut-être a-t-il pensé que, dans une époque d’injustice, il fallait renoncer aux actions grandioses?

- IPHIANASSA : Sans ces iniquités, il aurait réussi?

- GUIDEON : Qui le saura? L'histoire ne le dit pas. Ce que l'histoire dit, c'est que le pieux peut fabriquer un homme artificiel. Le défaut de cet homme n’est pas d’être inachevé, au contraire, c’est d’être trop achevé, et un être achevé n’a pas de devenir.

Iphianassa sourit. Elle se caresse le front et dit d’un ton rêveur : "Qui prouve que le golem existait vraiment? Et si Rava n’avait montré à son ami qu’un corps virtuel, une illusion destinée à l’abuser?"

- GUIDEON : Tu as raison. Ce qui se détruit facilement aurait pu ne jamais exister. Mais Rabbi Ze'ira n'est pas tombé dans le piège.

- IPHIANASSA : On n’a pas d’autre explication sur ces iniquités?

- GUIDEON : Je peux te lire le verset d'Isaïe auquel Rabbi Ze'ira fait allusion. "Assurément, la main de l'Eternel n'est pas trop courte pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre. Mais vos méfaits ont mis une barrière entre vous et votre dieu; vos péchés sont cause qu'il a détourné sa face de vous et cessé de vous écouter. Car vos mains sont souillées de sang, et vos doigts de crimes; vos lèvres débitent le mensonge, votre langue profère l'injustice. Personne n'invoque le bon droit, personne ne plaide avec loyauté; on se fie à l'imposture, on avance des faussetés, on conçoit le mal et on engendre l'iniquité. Ils font éclore des oeufs de basilic et tissent des toiles d'araignées : quiconque mange de leurs oeufs meurt; que l'un d'eux se brise, il en sort une vipère. Leurs tissus ne peuvent fournir de vêtements et leurs ouvrages sont impropres à les couvrir : leurs actes sont des actes d'iniquité, la besogne que font leurs mains est toute de violence".

- IPHIANASSA (pensivement) : Dur dur! Rava n'aurait pas dû créer ce golem, c'était interdit.

- GUIDEON : Pas du tout! Ce n’est pas une question d’interdit. Ce n’est pas à ce niveau qu’est l’erreur. L’erreur, c’est qu’il n’a pas fabriqué ce qu’il fallait : il fallait du perfectible et l’être fabriqué, malgré ses défauts, était imperfectible.

- IPHIANASSA : Imperfectible?

- GUIDEON : Oui, trop parfait.

- IPHIANASSA : Trop parfait! Tu plaisantes?

- GUIDEON : Trop de perfection nuit.

- IPHIANASSA : A-t-on jamais fabriqué des choses parfaites?

- GUIDEON : Ce qui fut fait par une génération est possible pour chaque génération.

- IPHIANASSA : Alors, Guideon, tu crois qu’on pourrait réussir aujourd’hui?

- GUIDEON : Je ne sais pas.

- IPHIANASSA : Bendito a dit quelque chose dans ce style hier, je ne me rappelle plus. Tu sais Guideon, je suis grecque, je ne comprends pas grand-chose à ces histoires!

- GUIDEON : Tu les comprends mieux que personne. Tu n'ignores pas qu'on ne peut donner naissance à un être humain que par procréation et délivrance!

- IPHIANASSA : Tu viens de dire qu'on pouvait fabriquer un golem?

- GUIDEON : Mais pas sans procréer!, c’est-à-dire pas sans créer. Pour fabriquer un golem, être préservé des iniquités ne suffit pas. Il faut encore connaître ce qui est à connaître!

- IPHIANASSA : Guideon, tu es trop compliqué pour moi.

 

 

 

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