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Les collectes de l'Orloeuvre
   
     
Le retour de Danel Qilen                     Le retour de Danel Qilen
Sources (*) : Le récit de l'Orloeuvre               Le récit de l'Orloeuvre
Danel Qilen - "Le livre de celui qui n'avait pas de nom", Ed : Galgal, 2007-2016, Page créée le 20 mars 1999

 

Petite fille au livre venue du passe -

Le secret de Bertille

On sait que le loft est hanté, bien que les spectres n'aient laissé aucune trace visible

Le secret de Bertille
   
   
   
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(Danel) Ils appellent ça le loft. Il y avait une grange et une vieille écurie, ils ont réunifié l’ensemble. Les lourdes poutres ont disparu sous les faux plafonds, les raccords de ciment et les couches de peinture pâle. Qu'est-ce qu'elles sont devenues, ces poutres? Un rénovateur les a-t-il remplacées par des piliers de béton dissimulés quelque part derrière un mur? Tout se présente comme si plus rien ne portait aucun poids, les bâtisses sont plus trompeuses que jamais.

- Ouzza : Et si je tentais de t'aider? Et si je commençais enfin à raconter l'histoire, l'étrange histoire du loft et du retour de Danel Qilen, son locataire légitime?

(Danel) Je ne suis pas le seul. Il y en a eu d’autres, des centaines ou des milliers, qui sait, qui ont vécu là. Pendant quatre siècles ils ont dormi dans ces pièces, ils y ont travaillé, entreposé leurs cliques et leurs claques, ils ont rangé, nettoyé, aimé, détesté, respiré, soupiré, chanté, crié, maudit, quoi encore? Ils y ont vécu et ils y sont morts. Qui s’intéresse encore à ces existences évanouies? Personne. Plus personne ne pense à eux, pas plus qu’ils n’ont pensé à nous. Nous sommes quittes. Ils n’ont laissé aucune trace visible, et les traces invisibles, quand elles sont oubliées, sont-elles encore des traces?

- Ouzza : Je me pose chaque jour la question, je me dis que ça ne vaut pas la peine. D'un côté, il n’y a pas dans tout ça cent pages, cinquante pages, dix pages, qui valent la peine d’être sauvées; et d'un autre côté, si une seule idée, un seul mot, a mérité d’être écrit, alors toute l'Orloeuvre, jusqu'à la dernière lettre, est justifiée. Mais lequel? Lequel? Quel est le mot à sauver?

(Bendito : Le Cercle n’est rien d’autre que l’addition de toutes nos tentatives. Il n’a pas d’essence, pas d’origine, pas de fondement, pas de contenu, il n’a rien qui lui soit spécifique. Tout ce qu’il accomplit pourrait être fabriqué ailleurs, par d’autres, et tout ce que d’autres pourraient tenter, il pourrait le tenter aussi. Et d’ailleurs il le tente. Rien ne lui est interdit et rien ne lui est prescrit. Ses idées sont celles de l’époque et ses aspirations celles du temps. Voilà ce que je pense, mais si c’est vrai, à quoi sert d’en parler?)

- Danel : Sans Bertille et sa copine Amarante, je serais parti. Sans Bendito et son accueil chaleureux, je serais parti. Sans le saxophone d'Armando et l'écoute de Saphira, je serais parti. Sans Garance et ses cuisses blanches, je serais parti. Sans Jim et son défi, je serais parti. Et sans moi, sans moi, si moi je n'avais pas été là, est-ce que vous seriez restés?

 

 

(Danel) Ils ont abattu des cloisons, construit une mezzanine à mi-hauteur car ils ne supportent plus les hauts murs. C’est une bizarrerie de l’époque moderne. Plus les techniques progressent et plus les plafonds sont bas. Bientôt il faudra ramper pour rentrer chez soi. Il est bizarre d’acheter un logement en fonction de sa surface sans tenir compte de la hauteur. Le gouvernement devrait obliger les vendeurs à indiquer aussi le volume de l'appartement proposé, le mètre cube de logement au lieu du mètre carré. En plus, il faudrait tenir compte de la densité de l’air, de la profondeur de la vue, de la mémoire enfouie dans les lieux... Ils ne le feront jamais à cause des statistiques, car maintenant la réalité est faite en fonction des statistiques et non pas l’inverse. Ils n’ont plus la fascination des hauteurs, il est probable que les cathédrales leur donnent le mal de mer, ils préfèrent les basseurs, comme ça ils n’ont ni le mal de l’air ni le mal de mer, ils n’ont que le mal de terre, ils se sentent plus en sécurité. Ici, chez moi, ils ont consolidé le toit et l’ont percé d’ouvertures, il y a autant de pièces au second étage qu’au premier. C’est bizarre, ce n’est plus une maison d’artisan, c’est un bâtiment, un immeuble sans grenier dont l’âme s’est réfugiée dans la cave, seul endroit où l’on ait conservé les vieilles pierres.

 

 

 


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