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Sources (*) : Le secret de Bertille               Le secret de Bertille
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2016, Page créée le 23 avril 1997

 

La sangeusa (Jules Pascin, 1924) -

Danel, amours et sensualités

Prémonition

Danel, amours et sensualités
   
   
   
                 
                       

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Alexandra Darcansse avait poussé la porte sans un bruit. Blonde, distinguée, l’air digne avec ses baskets blanches et sa petite robe à pois, presque un peu trop “bon chic - bon genre” pour le Cercle, elle les regardait dormir au milieu de l'après-midi.

- Alexandra : Il y a de l’amour dans l’air. C’est comme une tension électrique, une différence de potentiel concentrée au-dessus de vos têtes. Vous, vous la percevez, vous la sentez comme un poids, une pression de millions d’hectopascals en suspens, mais elle ne s’abat pas sur n’importe lequel d’entre vous. Elle a ses victimes, ceux qu’elle désire, ceux qu’elle aime pour ses raisons à elle, parce qu’ils sont proches de ses cîmes, parce qu’ils la fréquentent par hasard ou par vocation (se tenir à distance de ce nuage invisible est un art, une tâche astreignante, une technique pénible à apprendre et qui ne se pratique pas sans une douloureuse contre-partie). La tension tire son énergie du lien, de l’ensemble des liens qui vous unissent. Elle habite dans la région intermédiaire entre le corps et la parole, cette région que par convention vous appelez l’air, quand vous dites qu’une tension souffrante est dans l’air. Car il y a des moments comme ça, des moments où l’être ensemble se charge d’affect et d’un certain sens vital qui pousse à l’union. La tension a ses règles propres, elle choisit ses victimes dans l’axe le plus fragile de la plus intime défaillance. Sur ce terrain, elle est indépassable. Elle ne se trompe jamais. Les plus menacés sont ceux qui recherchent une protection avec le plus grand désespoir. Ceux-là sont mûrs pour l’amour. Ils imaginent dormir dans les bras l’un de l’autre, mais ces bras n’ont pas été frappés par la foudre, ils n’en ont perçu que les signes annonciateurs. La peur de l’amour les rapproche, mais la vérité de l’amour, la chute sur eux de la tension, les séparera.

Alexandra faisait le tour du divan dont l’étroitesse obligeait Danel et Garance à se tasser l’un contre l’autre. En ce milieu d’après-midi hivernal, les cieux s’étaient obscurcis, les Idviens s’étaient regroupés dans un coin du loft, sur des marches d’escalier ou dans les cafés du quartier. Pas même un murmure de débat ne s’élevait du loft.

 

 

(Danel) On était autour d’une table, on mangeait. Ma mère servait les plats. Tout paraissait normal mais elle s’était tournée vers moi d’un seul coup, sans avertir. Elle avait dit : “Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait? Est-ce que tu t’en rends compte? Non, tu n’en as aucune idée, tu ne sais pas à quel point je souffre. Il n’y a pas que moi, ton père aussi a honte de toi, tellement honte qu’il a préféré s’exiler pour toujours! En punition, voilà ce qui t’arrivera : tu seras visible aux yeux de tous. Tu ne trouveras jamais le moyen de te cacher. Tout voile dont tu voudras te couvrir deviendra immédiatement transparent, toute porte que tu fermeras derrière toi pourra être ouverte par n’importe quel être humain, ton corps comme ton âme seront l’objet de l’investigation de tous. Il n’y aura pas d’exception. Même quand tu éviteras de penser, même alors, ce que tu aurais pensé si tu avais pensé sera communiqué à tous. Tu n’auras plus jamais aucun secret, aucune vie privée, et ce que tu feras ne sera jamais oublié”.

Danel, vautre-toi dans tes cauchemars, ce n’est qu’un début, le pire est devant toi. Ce qui te tourmente n’est rien à côté de ce qui se passera la dernière nuit. Alors elle aura disparu, elle sera remplacée par une autre, et la scène auquel l’univers entier assistera ne sera pas une simple scène d’amour, ce sera la scène de l’amour à la puissance exponentielle, l’amour au-delà de l’amour, l’amour bouleversant, l’amour transcendant, l’amour qui n’a pas de nom, celui que faute de mieux on couvre du nom de l’inceste car on ne sait pas ce qu’il est on ne sait pas ce qu’il sait il n’est pas plus dicible que le 232ème nom de dieu que tu connaitras peut-être, toi, Danel.

- Alexandra : Parfois ce qui se perd guérit, et parfois ce qui se perd rend malade, mais eux ne savent pas encore sur quel versant ils seront entraînés. Ils n’ont pas encore intégré que ce qu’ils ont perdu ne reviendra pas. Ce n’est pas eux qui ont englouti leur passé, c’est leur passé qui les a engloutis. Ils n’ont rien d’autre en commun que cela, le solde du compte, le chiffrage de la perte. C’est un domaine inconnu, sans règle, où souvent l’oubli produit le même effet que la mémoire, c’est un domaine où tous les chemins peuvent être parcourus.

Elle ne s’adressait pas à eux, pas à leurs personnes, pas à leur conscience, pas à leur volonté, elle avait pour vis-à-vis leur état de faiblesse, d’endormissement, d’audition passive et de vérité indicible. Elle n'attendait aucune réponse. Alexandra ferma doucement la porte et descendit dans le loft.

 

 

 


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