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Les récits danéliens                     Les récits danéliens
Sources (*) : Gert Binveels               Gert Binveels
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2016, Page créée le 27 juillet 1999

 

Autoportrait au chapeau (Theo Van Doesburg, 1909) -

La personnalité de Gert

   
   
   
                 
                       

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Gert Binveels avait apporté deux verres, une bouteille de whisky et une carafe où flottaient des glaçons. Comment refuser?

(Danel) Je l’écoutais passionnément comme si j’avais trouvé dans son discours exactement ce que j’avais à dire.

- GERT : C’est pas du malt, c’est du bourbon, Kentucky Straight Bourbon Whiskey from USA, un excellent cru! Tu devrais goûter ça.

- DANEL : Je suis pas connaisseur. Pour moi, tous les whiskys sont pareils.

- GERT : Goûte quand même!

C’était la première fois que je le voyais de si près. Malgré ses 60 ans et son début de couperose, son visage était avenant, régulier, souligné par quelques rides parallèles et très fines.

- GERT : Je t’ai vu hier, tu discutais avec la petite Amarante. Elle est pas mal!

Je cligne des yeux que pour lui faire comprendre que cette gamine de 16 ou 17 ans...

- GERT : Ah, elle est pas si jeune que ça, elle est presque majeure!

Il me tape dans le dos à l’américaine et avale gorgée sur gorgée.

- GERT : Tu sais Danel, j’ai une petite expérience avec les femmes.

Gert ne se vante pas, au contraire, il ironise sur lui-même, son ton est celui de la confession sincère et quelque peu piteuse.

- GERT : Pour s’attacher une femme, il suffit de respecter deux principes, et deux seulement dit-il d’une traite en ravalant de justesse une salve de salive qui avait manqué d’échapper du bout de sa langue.

(Danel) Sujet inépuisable, sujet sur lequel j’ai quelques théories dont il m’est interdit de faire état parce qu’il faudrait que je remonte à travers les siècles et les souvenirs pour arriver à peu de chose, si peu, par exemple cela, que les femmes se classent par le regard..., le regard, le vrai regard, je ne parle pas de sa couleur, je parle de son contenu. Mais lui, Gert, il les classe autrement.

- GERT : Le premier principe, c’est que chaque femme est différente, chaque femme est un objet unique. Les hommes, c’est exactement le contraire : ce sont des objets standards qui fonctionnent presque tous sur le même modèle. C’est pour cette raison, entre autres, que ce qui vaut pour les femmes ne vaut pas pour les hommes. Tu comprends Danel, c’est fondamental. On parle de sexualité humaine, mais on se trompe! Il n’y a pas une sexualité humaine, une seule, il y en a deux! Il n’y a pas une espèce humaine, une seule, il y en a deux! Ou pour le dire autrement, dans cette espèce-là, humaine, à supposer qu’on lui conserve une unité théorique, il y a au minimum deux branches, deux, homme et femme. Crois-en un homme d’expérience. J’ai lu pas mal de bouquins sur le sujet, eh bien aucun de nos grands scientifiques n’a compris cette réalité! Personne n’en a jamais fait la théorie! Il y a deux mondes, deux univers pour ainsi dire complètement à part. Et ces deux mondes n’ont pas du tout la même structure. L’un est homogène et l’autre complètement hétérogène. Et entre tout ça, les rares points de passage sont autant de petits miracles improbables qui sont redevables, la plupart du temps, à l’habileté d’un homme ou au désintéressement d’une femme, mais c’est rare, très rare. Un homme est un exemplaire numéroté de l’universel masculin, tandis qu’une femme est un système additif, une somme de particularités qui s’ajoutent comme on ajoute des melons et des fromages, c’est-à-dire sans aucune raison.

 

 

(Danel) Ce Gert, il commence à m’intéresser. Après tout il a ce point commun avec moi d’avoir roulé sa bosse un peu partout avant de prendre l’identité précaire d’un hollandais dont il a le physique, mais ni l’accent ni le comportement.

- GERT : Au départ, chacune a sa constitution native, une formule génétique de base dont on ne saura jamais rien mais qui ne s'efface pas, au contraire, elle s'exacerbe avec le temps. Quand la sensibilité du corps est bien ajustée à son programme intérieur, on valorise ou on dévalorise telle zone ou tel acte ou tel geste ou tel rêve, on fabrique des écarts. On le fait tous, mais les femmes portent ces écarts à leur paroxysme, avec un radicalisme parfois surprenant. Danel tu m’écoutes?

- DANEL (encourageant Gert d'un geste un peu timide de l'épaule) : Je ne suis qu'une vaste oreille qui essaie de comprendre! Tu parlais de radicalisme...

- GERT : J'étais en train de t'expliquer que, déjà, le terreau féminin est extraordinairement diversifié. Chacune est un mélange unique tu comprends? Et là-dessus s’ajoutent d'autres différences, des présupposés, des expériences, des avertissements, des influences maternelles ou sororales, des recommmandations acceptées, oubliées, rejetées ou même inversées, des bons et ses mauvais souvenirs. La recombinaison de tout ça est un processus mystérieux dont nous, les hommes, nous ne connaissons que le résultat : un agencement de désirs, de demandes, de blocages, de regrets, de refus, de craintes, d’habitudes, de petits savoirs, de gestes interdits, d’attentes, de rejets, de réserves, de timidités, de joies minimes espérés et de grands bonheurs à l’horizon, chacun doté d’une multiplicité de marques dans le cerveau et sur le corps. Tout ça est typiquement féminin, ça n'a aucun rapport avec ce que nous, nous sommes. Les sexologues parlent de points érogènes ou de zones sensibles, mais ils simplifient outrageusement, ils ne voient que la dimension sexuelle, en réalité c’est tout un dispositif de rappels et de renvois. Il n’y a pas deux agencements identiques, elles ont toutes des paquets de neurones qu’elles branchent n’importe comment dans la plus grande confusion, et ça finit par s’inscrire quelque part sur la petite surface de leur corps qui est à première vue si lisse et si joliment homogène. Toi, tu dois te guider dans ce magma, il t’appartient de définir quelques points de repères (c’est à toi de le faire, ne compte pas sur elle). Celle-là, elle a envie que tu la touches à tel endroit, mais telle autre, si tu la touches au même endroit, elle aura une réaction d’horreur. Celle-là, elle veut que tu lui parles d’une certaine façon quand tu la masturbes, mais cette autre interrompra sèchement tes tentatives. Ce que tu dois absolument inscrire dans ta tête, c'est que du côté féminin, il n’y a pas une seule sexualité, il y a autant de sexualités que de femmes! Et ça veut dire que toi, le pauvre type, si tu n'arrives pas à décrypter ça en quelques dizaines de secondes maximum, tu es et tu resteras pour toujours un pauvre type à leurs yeux.

Gert sue à grosses gouttes, bien qu’il fasse plutôt frais dans le loft. Il a oublié le bourbon et se concentre sur ce qui lui reste à dire.

- GERT : Une des preuves de ce que j’avance, c’est qu’elles sont incapables de communiquer entre elles sur ces sujets-là. Elles n’échangent que des banalités, jamais rien de précis, elles en sont incapables. Il faut être un homme faisant l’amour avec elles pour se rendre compte de l’incroyable complexité de la chose, et encore à condition d’avoir les doigts à l’écoute, les mains attentives, les lèvres entendeuses et le sexe aussi réceptif que possible. Alors tu t’en apercevras. Tu reconnaitras celles qui sont essentiellement orales. Celles-là expriment tout ce qu’elles ressentent en usant prioritairement de la bouche, de la langue, des lèvres et des dents. Mais d’autres, au contraire, te feront comprendre dès le premier instant que leur salive est inaccessible, leurs lèvres resteront scellées, et que tu devras passer par la peau des seins pour leur dire la même chose. Et toi, tu dois t’orienter là-dedans comme un sioux sur une piste de loup. Tu peux te servir de la partie du corps qui t’est offerte, à la seule condition de deviner laquelle, et ce sans aucun droit à l’erreur. C’est tout un art!

- GERT : Il y a celles pour qui l’amour est d’abord une source de caresses et qui te tendent leurs corps comme un stewart te tendrait une serviette brûlante et humide, celles dont le seul souci est qu’elles vont être pénétrées, qui se préparent à ça et qui se moquent du reste, celles qui espèrent que tu vas les suçonner dans le creux du cou, celles qui détestent ça et celles qui te proposent leurs hanches et leurs fesses sans que tu saches qu’en faire. Ce qui est déterminant pour toi, c’est le temps. Tu dois prendre exactement le temps qu’il faut pour comprendre ce à quoi celle-là s’attend, celle-ci et pas une autre, quelle est la combinaison exacte de gestes et d’initiatives qui lui correspond à elle, sans aucune confusion possible. Il faut n’être ni trop long ni trop rapide, sinon tout s’effondre sans que tu aies le temps de dire ouf. Car il leur faut, à elles, moins d’un quart de seconde pour se dire : “Ce type-là, quel petit con!. Si tu as la patience de la tester, si tu as la sagesse d’interpréter correctement ses réactions, si tu trouves la bonne formule, tu as presque gagné, mais il faut encore que tu respectes un second principe.

Il continue à avaler des lampées de bourbon, sans attendre de son auditeur ni réaction ni aucune réponse.

- GERT : La seconde règle, aussi importante que la première, c’est qu’une femme ne doit jamais être tout à fait comblée. Je ne dis pas ça par sadisme ni par désir de manipulation, mais pour son bien à elle. En effet la femme comblée est débordée par l’émotion. Elle perd toute dignité. Elle se comporte vis-à-vis de toi à peu près comme un petit toutou qui t’accueille après une journée de solitude. Tu vois ce que je veux dire? Elle se tortille comme une désaxée et n’a pas assez de sa langue pendante pour t’exprimer les trésors de sa reconnaissance. Il faut absolument éviter ça. Comment? En utilisant la petite banque de données que tu as fini par constituer sur son cas. Ce qu’elle aime particulièrement, il faut ne le lui donner que parcimonieusement. Ce qui est le coeur même de son désir, il faut le contourner avec adresse. Il faut la frustrer par la parole, par l’acte ou par le non-acte, par tous les moyens adéquats, pour entretenir en elle un point d’insatisfaction, d’inquiétude, qui la laissera au moins interrogative. Tu lui fais comprendre que tu n'es pas passé à côté de ce qui lui plait, que tu es capable de le lui donner, mais que ce n’est pas encore le moment ni l’occasion, et qu’en outre il vaut mieux être prudent car il pourrait y avoir un petit danger. Si tu réussis à faire ça sans le moindre soupçon de vengeance ni d’agressivité, tu maximiseras le plaisir aussi bien chez elle que chez toi.

Là-dessus, sur cette phrase, tu maximiseras le plaisir, qui ressemble fort à la quintessence de sa philosophie, Gert s’arrête épuisé.

- DANEL (assez gêné) : C’est vrai, ce bourbon est buvable.

 

 

 


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