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Sources (*) : Danel, amours et sensualités               Danel, amours et sensualités
Ouzza Kelin - "Les récits idviens", Ed : Guilgal, 1988-2016,

 

Le rire de Garance (Danel Qilen, 2012) -

Page créée le 20 avril 1997.

Le fou rire de Garance

   
   
   
                 
                       

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(Danel) Il y avait eu Gert, il y avait eu Bertille, il y avait eu l’incroyable tentative de faire jouer la magie de nos voix, c’était beaucoup pour une nuit, une seule, il aurait fallu dormir, dormir seul, en rester là, se reposer vraiment, sans rien faire, l’un près de l’autre, Garance et moi, je croyais que nous étions devenus assez proches pour nous en contenter, je me disais qu’avec elle au moins je n’aurais plus de surprise, qu’elle me rassurerait, qu’elle me ferait du bien, qu’il n’y aurait plus de terreur, qu’il n’y aurait plus d’angoisse, qu’elle m’aiderait à lutter contre cette démultiplication des impressions fortes que je n’avais absolument pas prévue ni anticipée, qu’elle devinerait mon désir de normalité (à défaut de comprendre l’autre désir, le désir inavouable de mortalité dont je me demande encore s’il faut le refouler ou l’accueillir bras ouverts), qu’elle n’ajouterait pas à la révélation de la Bertille actuelle une autre expérience aussi aigüe, ardente, déroutante, si j’avais eu le moindre sens de la prudence minimale je me serais enfermé dans la plus totale solitude et j’aurais pris la précaution de m’endormir sans rêve, mais on ne contrôle ni ses rêves ni les caprices initiatiques des femmes, il était écrit qu’il en serait autrement.

Peut-être Garance avait-elle compris qu’au point où Danel en était il faudrait très peu de chose pour le faire décoller. Mais le cherchait-elle? Et pourquoi l’aurait-elle cherché? Peut-être avait-elle deviné que la part la plus précieuse de Danel était en train de lui échapper. Ce qui est sûr, c’est qu’elle n’avait pas lésiné sur les moyens, elle avait développé toutes les phases du processus, avec méthode et sans hésitation, comme quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’elle veut, elle avait mis en oeuvre l'arme absolue à l’égard de la gent masculine, celle qui l’attache à jamais à sa pourvoyeuse/ Garance n’ignorait rien de cela, elle connaissait parfaitement les usages de la machine à endetter l'homme, et la dose de salive qu’elle y avait consacré ne pouvait pas être mieux placée.

(Danel) Ce qui était pour moi le plus incompréhensible, le plus imprévisible, c’est que cet acte puisse entrer aussi spontanément dans sa nature, que cette disposition puisse vivre dans sa bouche et s’y développer aussi naturellement qu’une plante s’épanouit dans la forêt ou qu’une baleine avale le plancton de la mer.

 

 

Lors d'un dîner mémorable, Mariline soutiendra ouvertement le caractère divin de cet acte et sa dimension de cause universelle de tout endettement possible... Mais on en n’était pas là, on n’en était qu’à expérimenter une relation duelle, binaire mais non symétrique, un rapport entre deux personnes singulières dans une situation singulière.

Tout s’est joué en quelques minutes, entre trois heures et quart et trois heures et demie. Garance avait décidé de faire la preuve de son art; dès les premières secondes, un tabou avait été levé. Pourtant, ce n’était pas son intention. Elle partait d’un bon sentiment. Pour elle, l’amour n’avait de valeur qu’avec ce type d’expérimentation : ce en quoi Garance était probablement atypique, quoique... Parfois elles prennent ça pour une lactation (qui n’est pas un apport de lait mais un apport d’amour, le genre d’apport acceptable quand il s’agit d’une mère vers son enfant à condition que les barrières immunitaires soient levées, mais qui, pour ce genre de rapport, contient un poison d’action lente, le poison du plaisir extrême), mais ce n’en est pas une, c’est une drogue; ce n’est pas un apport de nourriture, c’est pire que cela, c’est un nectar, et la circonstance ultime, le fait qu’au final Danel lui ait quand même échappé, le fait que d’autres servitudes aient succédé à celle-là, dans notre récit, cela ne change rien, il avait été, au moins pendant ces quelques minutes et les autres, il avait été son esclave, il avait perdu son humanité.

Jamais Danel ne comprendra les ressorts qui l’avaient poussée à accomplir cet acte. Il aurait fallu pour cela de l’affinité, et même plus, de la ressemblance; or Garance et Danel n’avaient strictement aucun point commun. Le fait que leur rencontre ait reposé sur cette absence de points communs, sur l’écart irréductible qui les attirait mutuellement comme personnes du sexe opposé, ce fait conduisait inéluctablement à leur séparation, car un couple ne survit que par une alchimie complexe des différences et des croisements. Gert, par exemple, croisait Garance en certains points (ce qui était de nature à rendre l’acte dont je parle impossible, ou au minimum improbable) mais pas Danel. Danel reconnaissait Garance comme porteuse d’une altérité absolue, et pour cette raison (entre autres), quand elle accomplit cet acte il ne pouvait qu’imploser, il était incapable de transmuter cette émotion-là en forme relationnelle courante et durable. Garance ne manquait ni d’intuition ni de gentillesse, elle avait deviné qu’il fallait à Danel une certaine forme de décharge, elle la lui avait procuré sans réfléchir, mais alors qu’elle s’attendait à une réaction de plaisir et de soulagement elle avait provoqué un excès intransformable, et alors, ayant avalé ces gouttes de hasard et d’incertitude, elle éclata sous la couverture d’un rire bruyant, sans retenue, un rire joyeux, tonitruant, sans nervosité ni gêne, un rire heureux de femme moqueuse et maîtresse d’elle-même, pendant que Danel se dissolvait sous l’effet des émotions qui finissaient enfin par se désaccumuler, Garance laissa exploser la détente et alors seulement Danel, se rendant compte que tout ça après tout n’était qu’un jeu, que tout ça après tout n’était qu’une ruse de l’histoire, Danel se laissa aller et la serra avec reconnaissance dans ses bras.

 

 

 


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