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                            NIVEAUX DE SENS :

 
   
Une lumière qui protège l'ombre                     Une lumière qui protège l'ombre
Sources (*) :                
Roland Xaintrailles - "Vers une langue inconnue", Ed : Galgal, 2007-2013, Page créée le 11 avril 1996

Créer, c'est regarder dans le noir

   
   
   
                 
                       

Laaqib avait dit :"La seule chose qui compte, en chaque instant de l’éternité, c’est l’oeuvre de chaque homme en cet instant". Cette phrase avait déclenché des réactions opposées. Plusieurs semaines avant la présente controverse, en réponse à la question posée par Guideon Berto : Au commencement, dieu a créé le ciel et la terre. Mais qui a créé le commencement? Yuchuan Li, bien qu'agée d'à peine 19 ans, avait répondu : l’humanité doit sa survie à une fiction, une seule, qu’on peut résumer par la phrase : “recommencer à chaque instant”. Pour l’être humain, le monde n’existe que comme commencement. S’il ne commence pas sans cesse, il est menacé de mort. Or pour qu’il y ait commencement, il faut que chacun se sente abandonné, orphelin, qu’il désire triompher, qu’il ait l’impression qu’il ne peut se perpétuer que dans un mélange instable entre deux mondes, le monde qu’il a oublié et celui qu’il crée, il faut que personne n’imagine pouvoir compter sur le legs d’un passé, que chacun pense que sa propre tâche, à lui, est de fabriquer ce passé, d’en soutenir la genèse, à chaque moment qui passe. Cela signifie, avait conclu Yuchuan Li, que la création n’est pas antérieure au monde, qu’elle est continue, qu’elle doit être continuée par nous, et pas seulement continuée, mais encore plus, cela signifie qu’en vérité La création est postérieure au monde, et qu’elle est à notre charge.

Il suffit d’une banalité, d’une phrase, d’une idée générale (si générale qu’elle en est presque dépourvue de sens), prononcée sans intention particulière, sans calcul, pour qu’émergent les passions les plus vives. Face à elle, chacun devient naïf, direct, sans arrière-pensée; face à elle chacun est obligé de se prononcer en son âme et conscience, selon la formule convenue.

Roland Xaintrailles, visage rude, diaphane et toujours souriant, dressait sa haute taille sur une estrade minuscule faite de deux bancs retournés. Il semblait vouloir prendre possession du débat. Près de lui, assis sur une chaise de cuisine, Charles Marzem, petit homme laid, gros nez rouge et larges oreilles décollées, avait pris place.

- R. : Une seule tâche vaut encore la peine d’être tentée, c’est de créer.

- M. : Et pourquoi donc?

- R. : Ce qui a motivé l’humanité au long des millénaires, le travail, le culte, les plaisirs, le savoir, la richesse, tout ça fonctionne toujours, mais tout ça ne suffit plus. C’est fini, les usages se poursuivent mais leur nécessité s’obscurcit, leurs distinctions s’effacent, les comportements évoluent dans une direction inconnue. Tout se mélange. Il faut trouver autre chose! Même la famille, à laquelle on s’est raccroché faute de mieux jusqu’à présent, ne tient plus la route. Tu te rends compte du bouleversement? Il faut faire autre chose, et la seule chose qui vaille, c’est la création.

Il s’adressait à Melissa Makantobina, ronde rwandaise dont le regard franc, ferme et direct ne le lâchait pas.

- M. : Faire autre chose? D’accord. Faisons, construisons, fabriquons. Mais créer, qu’est-ce que c’est? Qu’est-ce que ça veut dire? Quelle genre d’action mets-tu derrière ce mot, créer?

Peu connaissaient le terrible passé de Melissa.

- R. : Créer, c’est faire ce qui n’a jamais été fait.

Roland n’était pas pris au dépourvu; il avait préparé depuis longtemps sa réponse (c’était l’avantage et l’inconvénient des controverses. Le soutenant avait réfléchi à l’avance, il avait accumulé des munitions, même si la spontanéité manquait parfois à l’appel).

- M. : Ce qui n’a jamais été fait, rien que ça! Et pourquoi donc? Pourquoi privilégier ce qui n’a jamais été fait? Et comment distinguer entre ce qui a déjà été fait et ce qui ne l’a jamais été? Qui serait capable d’un tel prodige?

- R. : Au moment de le faire, tu le sens. Tu perçois la poussée du neuf, tu la reconnais à ce qu’elle ne vient pas de toi, mais d’autre chose. Tu sais qu’une puissance créative s’est exprimée. Tu ne peux pas t’y tromper.

- M. : Et comment tu fais pour ne pas t’y tromper? Par quel moyen? Par quel organe? Par quelle faculté particulière? Un instinct peut-être? Moi, tu vois, je n’ai pas d’organe de la création.

Un organe de reproduction voilà ce qu’elle a, femme somptueuse, femme généreuse, femme donneuse, muse de vie...

- R. : Pourtant, nous possédons un tel organe. Chacun d’entre nous le possède, homme ou femme. Il y a réellement en nous une puissance dont on ignore presque tout, un germe, un ferment dont la nature nous échappe, une sorte de glande pinéale qui nous pousse à créer, à produire du nouveau, et quand cette puissance ne fonctionne pas, alors nous souffrons. L’être humain souffre de la stérilité. C’est bien la preuve que la source de cette force est intarissable.

- M. : Quel organe?

- R. : L’organe de la création, celui dont tu as parlé toi-même, Melissa, et dont tu es pourvue, comme tout le monde.

 

 

 

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