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Sur des films                     Sur des films
             
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Galgal, 1988-2007, Page créée le 24 juillet 2005

 

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Nous sommes protégés par une immunité quasi-miraculeuse, qui tombe du ciel (La guerre des mondes, film de Steven Spielberg, 2004)

   
   
   
                 
                       

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C'est un film plutôt conventionnel, au scénario banal et sans surprise, une sorte d'apologie de la famille (et aussi de la nation) américaine(s). Même dans les pires conditions, elle résiste (la famille), elle se reconstitue, elle reste le cadre où se jouent l'héroïsme et la générosité. Les extra-terrestres sont battus, les enfants retrouvent leurs parents, la société tient le choc sous la protection de l'armée, et la vie suit son cours.

Deux remarques :

1. Le père n'a de place dans son rapport à ses enfants qu'en tant qu'il est celui qui sauve. Il n'est ni transmetteur ni éducateur. Dans la vie courante, ses enfants ne le respectent pas. Mais à la faveur d'un événement extraordinaire, réel, qui vient contrecarrer le cours habituel des choses, la paternité (re)prendra sa place. Ce schéma rappelle celui d'un autre film du même Steven Spielberg : Hook. C'est comme si la paternité, rejetée du monde quotidien, était devenue virtuelle. On ne l'aperçoit même pas, on l'a oubliée, mais elle est toujours là, latente, dissimulée, comme un spectre endormi. Un événement extraordinaire peut la réveiller. Certes cela n'arrive pas sans quelques dégâts collatéraux (des foules de morts dans le film), mais le résultat final est positif : la famille est sauvée. Ouf!

 

 

2. la question de l'immunité. Tout le film peut être éclairé par la dernière phrase prononcée par la voix off. Les efforts volontaires de la société américaine, toutes institutions confondues, pour éliminer les extraterrestres, ont échoué. Pourtant le film se termine bien. Pourquoi? Parce que ces extraterrestres qui se nourrissent de sang ne sont pas immunisés contre les maladies. Il leur arrive ce qui est arrivé aux indiens d'Amérique. Arrivés sur terre bien avant nous, avant la civilisation, ils n'ont pas acquis la capacité de résistance aux virus. Sans doute avaient-ils tout prévu sauf ça : la vie produit en même temps ses ennemis et ses défenses, et si on n'a pas d'anticorps, on meurt. Donc les extraterrestres meurent. L'avantage pour la société humaine est que ce genre d'immunité ne demande aucun effort. Nous en bénéficions automatiquement. Elle est quasi-miraculeuse, elle tombe du ciel, comme les dix plaies sont tombées sur Pharaon. Il y a une sorte de message subliminal (optimiste) par rapport au terrorisme : Ne vous en faites pas, il finira par s'effondrer tout seul. Ce n'est pas un problème politique, c'est un problème biologique. Même si nos efforts actuels ne mènent à rien, voire s'ils sont contre-productifs, il ne faut pas s'inquiéter, la victoire finale est assurée. Ce point de vue est inverse de celui de Jacques Derrida sur l'auto-immunité. Pour Derrida, les mécanismes immunitaires de nos sociétés sont devenus auto-immuns, c'est-à-dire qu'ils se trompent d'ennemis. Au lieu d'éliminer les dangers extérieurs, ils s'attaquent à la société elle-même qui finit par s'autodétruire - un mécanisme totalement inimaginable pour Spielberg.

 

 

 


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zm.Spielberg.2004

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