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Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, Internet, informatique                     Derrida, Internet, informatique
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 21 août 2005 La puissance du Web, il faut l'écrire

[Derrida, l'informatique, l'Internet]

La puissance du Web, il faut l'écrire Autres renvois :
   

Derrida, télé-technique, médias

   

Le projet orlovien

   
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1. Le World Wide Web est double.

1a. (machine).

Les réseaux sont constitués de systèmes automatiques, de machines d'écriture dans lesquelles les sujets sont inscrits à l'avance, avant même qu'ils ne les utilisent. Ces systèmes entretiennent la vieille tendance, plus ancienne que la technologie moderne, vers l'abstraction, l'objectivation. Le plus grand risque, le mal radical, serait que le monde soit entièrement régulé par de tels programmes. Des grammaires cloisonnantes cautériseraient les plaies, cicatriseraient, priveraient d'avenir. Mais ce genre de projet, qu'on retrouve par exemple dans l'idée d'un livre mondial des connaissances ou d'un savoir absolu, n'est qu'un fantasme que d'autres fantasmes viennent contredire et limiter, par exemple celui d'une dispersion irréversible, d'une dislocation radicale des savoirs.

1b. (déconstruction).

Le réseau mondial (Internet), les médias et systèmes télévisuels d'aujourd'hui contribuent effectivement à disloquer les liens institutionnels, à déhiérarchiser les savoirs, à disperser les encyclopédies. Il produit de nouveaux processus textuels qui font éclater le livre, poussent à la réorganisation du champ de l'édition et du droit.

Par les fichiers électroniques ou les machines à lire, la trace s'extériorise, elle est mise en réserve. Elle peut faire retour comme gramme, mouvement de la différance.

 

2. Retraits, spectralité.

Ce qui arrive aujourd'hui avec l'électronique peut être présenté comme une série de retraits.

2a. Du papier.

Ce que, dans l'histoire humaine, on a appelé la civilisation du livre, est aussi l'époque de l'hégémonie du papier. Cette époque - celle du savoir, de la philosophie - arrive à sa fin. Le papier ne disparaît pas, il ne perd pas ses fonctions nombreuses et complexes. Quantitativement, il reste largement utilisé. Mais qualitativement, il se retire, se réduit. Avec la généralisation du traitement de texte, la partie la plus "noble" de l'écriture, la confection ou création des textes, s'effectue presque toujours sur écran.

Le retrait du papier s'inscrit dans l'histoire. Il contribue à déconstruire notre expérience de la lettre, de l'écriture et de la lecture. C'est un phénomène nouveau par son ampleur, mais pas dans son principe. Il suffit d'écrire pour que le papier dont on fait usage s'efface, disparaisse sous l'encre ou s'oublie comme fond. Déjà Freud s'était rendu compte que la figure du papier était insuffisante pour rendre compte de l'appareil mnésique. Il avait proposé, entre autres dispositifs, le bloc magique - une écriture dépourvue d'encre, mais pourvue d'une possibilité d'enregistrement de la trace.

Aujourd'hui, les dispositifs en tous genres se multiplient, mais l'héritage de la feuille de papier est loin d'avoir disparu. Le corps de la page, avec ses attributs hérités du codex (titre, sous-titres, paragraphes, lignes) continue à hanter l'écran.

2b. De la main.

Avec le retrait du papier, se retire aussi un certain usage des doigts et de la main. On n'écrit plus avec une seule main, en saisissant la plume, dans un mouvement de frayage qui est aussi de maîtrise et de domination. On se sert des dix doigts et on touche le clavier, en ouvrant la possibilité que le substitut électronique du papier réponde. Le lien symbolique entre l'écrit et d'autres mouvements de type phallique, comme la marche, est suspendu, dénoué. La destination de la main se déplace. Elle reste à l'oeuvre, mais digitalisée.

Au-delà de la main, le retrait engage tout le corps, les yeux, la bouche, le cerveau, la station debout, la temporalité et plus généralement le rapport du vivant à soi. Cette mutation unique, sans précédent, dans les modes d'écriture, pourrait contribuer, sans que la destination en soit prévisible, à une autre hominisation.

2c. Du visage, de l'interlocuteur virtuel derrière l'écran.

Avec le traitement de texte, notre pensée semble s'afficher instantanément sur l'écran. C'est comme si un interlocuteur invisible nous renvoyait notre propre parole. Témoin omniprésent de notre écriture, il occupe la place de l'Autre : inconscient, démiurge, malin génie ou machine. Il s'impose à nous, nous donne des ordres. Mais cet autre est incertain. D'une part, il peut s'interrompre, tomber en panne ou disparaître. Il entretient en nous un sentiment de fragilité, de précarité. Mais d'autre part, il se dresse en face de nous comme une subjectivité absolue, une partie de soi arrachée qui suturerait parfaitement l'écart entre soi et le monde.

Depuis son lieu de retrait, ce visage caché derrière l'écran exige la transcendance. Mais il peut aussi lui arriver de menacer de mort.

2d. De toutes les limites, les frontières.

L'Etat-Nation est traditionnellement le lieu privilégié du politique. Les nouvelles technologies brouillent toutes les frontières, des plus locales (entre public et privé, entre régions et nations, entre le proche et le lointain, entre le familier et l'étranger, entre l'écrit et l'oral) aux plus générales (entre la terre et l'espace, entre le monde humain, le monde animal et l'univers). Il en résulte une déconstruction du concept même de politique, une déstabilisation de l'identification à soi, une délégitimation du droit personnel et de nombreux actes (signature, lois) qui, jusqu'à présent n'étaient authentifiés et sacralisés que par la forme papier. Cette perte de contrôle peut susciter de l'angoisse, voire de la terreur.

2e. Spectralité.

Comme tout système technique, le World Wide Web spiritualise, spectralise, idéalise et décentre l'homme. Il le produit, le reproduit et l'exapproprie.

 

3. Enjeux.

Autour des réseaux se greffent des enjeux politiques majeurs. Il y a la question du secret : limites public/privé (viol des informations personnelles), limites des archives (enregistrement, conservation), et aussi limites de l'écriture, une question qui concerne particulièrement les philosophes. D'une part, les instances traditionnelles de légitimation (édition, université, médias) sont contournées par l'écriture digitale, toujours plus fluide, transformable et apparemment illimitée. Mais d'autre part, la nécessité d'un arrêt se fait sentir, qui conduit à envisager, au-delà du livre, d'autres instances de légitimation. Nul ne connaît les modalités que cette fonction prendra à l'avenir.

Le virtuel induit de nouvelles topologies, il disloque les liens entre Etats, territoires et nations, oblige à penser un autre concept du politique.

Devant ces enjeux, les intellectuels ne peuvent pas rester passifs. Ils sont conduits à proposer de nouvelles normes, à imaginer d'autres organisations de l'espace public, à remettre en jeu le rapport à la parole, au langage et au savoir.

 

 

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Propositions

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Avec le retrait d'un certain rapport entre l'écrit, la main et le papier, c'est une époque qui est suspendue, un lien symbolique entre marche, chemin et frayage qui se dénoue

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Le papier est contemporain du savoir, de la philosophie et du questionnement sur l'être; l'analyser, c'est déconstruire notre expérience de la lettre, de l'écriture et de la lecture

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Les machines électroniques procèdent de l'extériorisation de la trace qui élargit la différance et la possibilité de la mise en réserve

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Avec l'écriture électronique, ce sont toutes les frontières qui sont brouillées, effacées; on perd la possibilité de délimiter un contexte historique, un espace-temps

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Il a fallu le support papier (nom, signature) pour soutenir et étayer l'expérience de l'identification à soi; le retrait du papier déstabilise la subjectivité, le droit personnel

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L'ordinateur nous renvoie sans attendre notre propre parole depuis un tout autre lieu, Autre-Inconscient machinal et démiurgique, témoin invisible et omniprésent

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De l'autre côté de l'écran d'ordinateur, une sentence de mort est tenue en réserve, proférée par un interlocuteur retiré, invisible et sans visage

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Une spiritualisation spectrale est à l'oeuvre dans toute tekhnè

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Avec l'Internet s'instaure, entre l'écrit et l'oral, un nouveau statut instable qui est aussi un lieu d'expérience, d'exposition, de risque et d'invention

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L'écriture sur ordinateur annonce un texte indéfiniment fluide et transformable, pour lequel la possibilité d'une révision infinie serait préservée

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Mettre en place des instances de légitimation susceptibles d'interrompre le processus d'écriture, tel est l'un des enjeux politiques de l'"au-delà du livre"

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Le papier a force de loi; il incarne encore, pour un temps, la sacralité du pouvoir, dont sont exclus les sans-papiers

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Toute oeuvre écrite ne prend pas la forme d'un livre - même les bibliothèques, bientôt, seront dominées par des processus textuels qui ne répondront plus à cette forme

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Le développement accéléré du cyberespace, de la nouvelle topologie du virtuel, affecte l'expérience du lieu et produit une déconstruction pratique du politique

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Le concept même du politique est en cours de déconstruction

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Le nouveau régime des télécommunications disloque le lien entre Etat, territoire, et nation, ce qui forge un nouveau concept du politique dont il faut repenser le lieu

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La question du secret, des limites de l'archive, est aujourd'hui un enjeu politique majeur

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Dans tout travail d'écriture, il y a deuil et perte du corps, retrait du papier qui disparaît sous l'encre

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Avec la machine à écrire ou le traitement de texte, la destination de la main se déplace : elle reste à l'oeuvre, mais avec une autre opération des doigts

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En tant que subjectile multisensoriel, multiorganes, multimedia, le papier est un lieu où résonne, dans l'espace-temps, l'histoire du corps humain

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Même retirée des opérations d'écriture, la feuille de papier, avec son corps et ses pages, continue à hanter les surfaces d'inscription sur écran

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Avec la mutation du livre, ce qui se transforme est un rapport du vivant à soi : entre corps, mains, visage, yeux, bouche, cerveau, temps, station debout et distribution du discours

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Avec le bloc magique, Freud voudrait franchir les limites du papier; retiré, divisé, il ne serait plus le support dominant de l'inscription de la trace

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L'ordinateur porte la menace d'une autre subjectivité absolue, d'un cloisonnement entre deux mondes

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Ne garder d'une pensée que sa loi de production, c'est la réduire à une grammaire, un théologiciel qui, en cautérisant les plaies et cicatrisant les circoncisions, prive d'avenir

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L'annulation de l'avenir est le plus grand risque, le mal radical qui nous menace

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Utiliser l'Internet implique une déhiérarchisation qui transforme le mode de transmission du savoir et des normes

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L'idée du livre, qui renvoie à une totalité signifiée/signifiante, est profondément étrangère à l'énergie aphoristique et destructrice de l'écriture

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La forme du livre à venir s'annonce dans la tension entre deux figures extrêmes, fantasmatiques : une dispersion irréversible du codex total; un projet de livre mondial, absolu et infini

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La publication sur le web oblige à réélaborer tout le champ de l'espace public de l'édition et du droit

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Il faut se battre non pas contre les télétechnologies ou l'Internet, mais pour que ces médias laissent une plus grande place aux normes proposées par les citoyens ou intellectuels

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Jacques Derrida s'abstient d'utiliser l'email, car la possibilité que son geste soit immédiatement mondialisé, sans aucun droit de contrôle, le terrifie

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L'oeuvre joycienne est une machine d'écriture dans laquelle le lecteur est d'avance inscrit; il ne peut la lire qu'à s'aventurer hors d'elle, à se projeter ailleurs à partir d'elle

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