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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, l'éthique                     Derrida, l'éthique
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 26 août 2005 Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels

[Derrida, l'éthique]

Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels Autres renvois :
   

L'hospitalité

   

Derrida, nos tâches

   

Derrida, responsabilité(s)

                 
                       

1. Le versant moral de l'éthique.

Si l'on entend par éthique un système de règles reconnues, instituées ou à instituer, Jacques Derrida ne propose ni morale, ni éthique. Une éthique dite universelle, qui n'engagerait pas ma responsabilité à l'égard de tout autre mais seulement à l'égard du semblable ou du frère, préserverait la place privilégiée du moi souverain, supposé capable de décider de ce qui est bon ou mauvais, pour qui et pour quoi. Et même si la souveraineté était transférée sur la victime, même si des "droits" analogues à ceux des humains étaient reconnus aux autres vivants, cette éthique resterait dogmatique, narcissique, dépendante d'une philosophie du sujet. Si l'"éthique" invite à considérer la victime comme un roi, la sacraliser, alors ce n'est pas une ouverture à l'autre, ce n'est qu'une soumission au remords, à la culpabilité.

Avant même la parole, nous sommes déjà engagés par un événement impossible à raconter, un événement qui instaure le langage et la loi. La morale qui en découle actualise et formalise cet événment. Cela conduit à la proclamation d'une morale dite universelle, qui en vérité repose sur une métaphysique de l'assujettissement à la parole ou à la loi de l'autre. Elle suppose une communauté de voisins dans laquelle chacun est à portée de voix d'autrui. Le peuple assemblé croit en une parole vive qu'il entend directement (celle du souverain). Ce dispositif, le plus répandu aujourd'hui, est un leurre, mais un leurre nécessaire. Le déconstruire ne détruirait pas l'exigence d'une éthique.

 

2. L'instance éthique.

Même si nous ne produisons aucune morale, nous sommes travaillés par l'instance éthique. Dès son entrée dans le langage, chacun de nous doit s'expliquer avec la loi. Qu'il la respecte ou qu'il la transgresse, il en répond. Même s'il ne produit aucune morale, il est travaillé au corps par l'éthique. Il a affaire à une loi de la loi, une loi au-dessus de la loi, qui ne lui offre aucun appui, aucune garantie. Cette loi sans histoire, sans genèse, sans origine, que nul législateur n'institue, elle est toujours déjà là. Elle ne naît ni du remords, ni de la culpabilité, ni d'un quelconque meurtre du père. Quoique j'aie fait, il aura fallu qu'il y ait eu cette loi pour qu'un compromis, quel qu'il soit, ait été passé.

Quel est, pour Derrida, le statut de cette loi? On ne peut répondre à cette question sans évoquer son rapport complexe à l'oeuvre d'Emmanuel Lévinas, qui tente d'élaborer une pensée autre de l'éthique. Cette oeuvre est une proclamation, une déclaration qui instaure une autre métaphysique, inouïe, qui n'est pas séparée du logos mais ne lui est pas non plus subordonnée. Derrida le reconnaît, la pensée de Lévinas l'aura obligé. Ecrivant après et d'après cette instauration, il ne refuse pas l'héritage mais n'acquiesce qu'en partie et autrement, par d'autres mots : inconditionnalité, hospitalité. Lévinas invente un nouveau langage, une déclaration de paix, et Derrida en invente encore un autre à son tour. Pour tous deux, il est question de salut ou d'accueil de l'autre, du tout autre, mais dans un cas il est séparé, saint, tandis que dans l'autre il vient en excès. Dans un cas, l'accord entre le fini et l'infini a pour nom visage, c'est la figure de l'otage qui est privilégiée, et dans l'autre c'est la figure, elle-même paradoxale, de l'hôte. Doit-on les opposer? Probablement pas. Il faut les penser ensemble, comme il faut penser ensemble les différentes temporalités du Sinaï.

 

3. Une autre éthique.

Jacques Derrida propose de déconstruire la loi morale comme telle, en s'adressant aux vivants dont la dignité n'est pas reconnue : les non humains, ceux qui sont déjà morts ou pas encore nés, les dissemblables, les méconnaissables, ceux qu'on appelle les animaux et même les monstres et les chimères. Ces autres ne se présentent pas nécessairement comme autruis mais, par exemple, comme absence, dissimulation, détour, différance, ou encore comme espacement, écriture, archi-écriture ou archi-oeuvre. Etant étrangers à la loi, ils sont aussi étrangers aux crimes, à la faute, à l'égalité. Cette autre éthique qui ne se limite pas à l'humanisme classique déconstruit l'idée de souveraineté en général.

La nouvelle éthique se méfie de toutes les distinctions, oppositions et frontières existantes. Invitant à une réélaboration de l'espace public, elle expose toute responsabilité à l'indécidable. C'est une éthique folle, au-delà de l'éthique, une éthique qui exige une dépossession du sujet. Elle invite à apprendre à vivre sans déterminer à l'avance aucun mode de vie, avant la mort ou après, avec les spectres autant qu'avec les vivants.

Bien que soluble dans aucun système, pas même celui d'une éthique, la déconstruction engage. Elle peut choisir d'hériter ou pas, d'affirmer ou de rejeter. Elle n'hésite pas à se donner des tâches et ne se prive pas de dire : il faut.

 

4. L'éthique même.

Dans plusieurs textes, Jacques Derrida emploie l'expression : "C'est l'éthique même". On trouvera sur cette page la liste de ces citations. Pour Derrida, l'éthique même ne peut pas être décrite, elle ne peut pas être organisée en système. C'est toujours un engagement singulier à l'égard d'un autre, un engagement unique envers celui auquel je dis : "tu". Que tu sois vivant ou mort, que tu sois humain ou non, je dois m'engager envers toi, je dois te porter, te faire justice. Cet événement unique ne peut pas se dire dans la langue courante, il passe par un idiome lui-même toujours singulier. Tu restes hétérogène, différent de moi, extérieur à moi. Je ne peux ni t'intérioriser, ni t'incorporer.

Cette éthique-là, l'éthique même, c'est à la fois l'hospitalité infinie, inconditionnelle, et l'unicité, la singularité absolue. Elle n'est pas un principe, mais elle ne peut se dire qu'à travers des principes. Exemples : il faut laisser venir les traces inconnues, s'engager envers l'autre, il faut mettre en mouvement la différance, il faut laisser ouverte la possibilité de l'avenir, etc... Préserver l'à-venir n'est pas une morale, si cet à-venir est absolument imprévisible et incalculable.

On pourrait dire que l'éthique même, l'archi-éthique, c'est la traduction singulière de principes inconditionnels, déjà énoncés ou à venir.

 

5. Ethique et politique.

De même que l'écriture ne peut se penser qu'au-delà du bien et du mal, une éthique qui ne serait déterminée ni par le politique, ni par le juridique, ne pourrait se penser qu'en tant que principe à maintenir, en-deça de toute décision, au point d'oscillation ou de tremblement entre cette loi de la loi (inconditionnelle) et la vie courante (conditionnelle). Ce point, pour Derrida, est un abîme, un lieu de silence. Il faut laisser venir la justice, mais laquelle? L'autre ne répond pas. Entre l'éthique, toujours en excès, et la politique courante, qui ne peut que trahir ma responsabilité infinie, il y a césure, contradiction. Les crimes d'aujourd'hui contre l'hospitalité exigent une réponse au-delà du droit, mais aussi dans le droit (au-delà-dans), avec le risque que le tiers sollicité (l'Etat, la société) fassent pire encore. Il est urgent de transformer le concept du politique, de le convertir sans nier la possibilité d'une autre violence, celle d'une éthique institutionnalisée qui peut à son tour trahir la justice.

 

6. La question du "tournant".

Peut-on parler, comme certains l'affirment, d'un tournant éthique qui interviendrait dans l'oeuvre de Jacques Derrida vers 1990? Il faudrait pour cela qu'il y ait eu césure. Certes son premier texte sur Lévinas, en 1963, semble prendre parti pour la phénoménologie, mais il appelle déjà à un dialogue avec Heidegger. Dès 1980, il mentionne, en l'approuvant, l'éthique même. La thématique des inconditionnalités, qui se déploie dans les années 1990, n'est pas moins aporétique que les thématiques antérieures.

L'hospitalité en général est une culture, un éthos; mais l'hospitalité derridienne se mesure avec l'impossible. Les principes de tolérance, d'hospitalité infinie ou de pardon inconditionnel, comme la réponse qu'il propose aux télépouvoirs d'aujourd'hui (il faut enseigner à vivre et à respecter la loi de l'autre) restent fdèles à cette mesure incommensurable, qui fait l'unité de sa pensée.

 

 

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Propositions

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Quoiqu'en dise Freud, la morale ne naît pas du remords, car pour qu'il y ait remords, il faut que la loi morale ait déjà été là

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L'hospitalité n'est pas une culture parmi d'autres, elle est la culture même, un "éthos"; quant à l'éthique, en tant qu'elle touche à la demeure, au séjour, elle est hospitalité

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La littérature est travaillée au corps - de l'écrivain, de la langue, de l'oeuvre - par l'instance éthique, mais elle ne produit ni morale, ni éthique

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Il n'y a pas d'éthique sans présence de l'autre comme absence, dissimulation, détour, différance

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La responsabilité (éthique) qui répond (à) / de l'autre comme un passé qui n'aura jamais été présent, c'est l'essence du langage

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"Apprendre à vivre", c'est respecter la loi de l'autre (promesse et fidélité) selon la triple anagramme : respect, spectre, sceptre

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Quand un monde disparaît, ou quand il se retire, ou avant même qu'il ne soit apparu - je dois m'engager envers toi, cet autre, te porter

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Dans l'éthique du semblable où la victime prend la place du souverain, l'idée de souveraineté n'est pas contestée, mais seulement déplacée

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Une éthique de justice n'engage pas seulement ma responsabilité à l'égard du semblable, mais aussi du dissemblable, du tout autre ou du monstrueusement autre

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L'altérité pure et nue du visage lévinassien, dépouillée de toute visibilité, qualité, prédicat ou propriété effective, c'est une définition spectrale du tout autre

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L'éthique de la parole vive entretient un leurre : celui d'une présence maîtrisée à portée de voix, dans la proximité immédiate d'un voisinage

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Une éthique qui reconnaîtrait aux animaux des "droits" analogues à ceux des humains resterait dogmatique et narcissique, dans la dépendance d'une philosophie du sujet

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[Et il faut œuvrer, c'est l'éthique même]

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Pour être fidèle à l'autre disparu, je dois porter en moi son monde sans l'intérioriser ni l'idéaliser, en respectant son altérité singulière : c'est l'éthique même

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L'oeuvre d'Emmanuel Lévinas, par sa gratuité, au-delà même de la pensée et du pensable, c'est l'éthique même

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"L'éthique même" de Derrida renvoie à une politique du deuil qui ne peut se dire que dans un idiome singulier, l'idiome du deuil

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Une injonction archi-éthique, qui résiste au deuil, ordonne de faire justice au mort, de respecter son altérité, de l'accueillir comme autre en soi

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L'hospitalité inconditionnelle n'est ni juridique, ni politique, ni éthique : elle est transcendante et ne dépend même pas d'une décision

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Le pardon inconditionnel est fou : c'est une surprise, une révolution, un événement hétérogène à la politique et au droit, une éthique au-delà de l'éthique

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On peut désormais penser une "autre tolérance" comme scrupule, retenue, respect devant la distance de l'altérité infinie

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[Derrida, principes inconditionnels, inconditionnalités]

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[Derrida, l'hospitalité]

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L'hospitalité infinie, inconditionnelle, c'est l'éthicité même, le tout et le principe de l'éthique

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Pour rendre compte de la loi de l'hospitalité comme possibilité de l'accueil, avant le chez-soi, il faut une formulation qui désidentifie les mots : "relation sans relation"

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L'éthique derridienne de la responsabilité exposée à l'indécidable repose sur une méfiance à l'égard des distinctions, oppositions et frontières

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L'écriture et le supplément ne peuvent se penser qu'au-delà du bien et du mal, en annulant la qualification éthique

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Au fond, la seule et ultime proposition de Jacques Derrida, c'est de "laisser venir la trace"

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Le seul avenir désirable et digne d'intérêt, c'est de laisser se mettre en mouvement la différance de l'autre

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La justice commence avec un parjure : en engageant, avant tout contrat, l'éthique infinie de ma responsabilité pour l'autre, je fais surgir le tiers qui la trahit par le droit

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Il faut l'hospitalité au pire, qui à la fois appelle et exclut le tiers, pour laisser venir la justice, accueillir l'autre et se protéger contre la violence de l'éthique

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[Derrida, Lévinas]

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[L'œuvre d'Emmanuel Lévinas "aura obligé" Jacques Derrida à mettre en oeuvre, par son Oeuvre, l'inconditionnalité comme telle]

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Par un coup de force qui n'est autre qu'une déclaration de paix, la déclaration de la paix même, Lévinas invente un nouveau langage qui ouvre à l'hospitalité

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Dans la tradition philosophique grecque, l'éthique, dissociée de la métaphysique, est subordonnée à une autre instance; en les associant, Lévinas ouvre une pensée autre

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[L'"à-Dieu de Lévinas" : saluer, sans théologie, le tout-autre, l'infini, le séparé, l'absolument extérieur]

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La pensée de Lévinas nous fait rêver d'une dépossession inouïe : disloquer le logos grec et libérer la métaphysique en faisant appel à l'éthique

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L'éthique, c'est l'interruption de soi par soi : une séparation radicale qui conditionne l'hospitalité et la subjectivité du sujet hôte, otage, responsable d'autrui

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Avec le sujet-otage, ce quasi-moment pré-originaire d'accueil du tout autre, du Il, du séparé, Lévinas subordonne le concept de sujet à une éthique du retrait, de l'hospitalité

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La non-violence absolue dont Derrida dénonce, en 1963, l'impossibilité, fera retour plus tard dans son oeuvre comme don ou hospitalité inconditionnels

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Entre éthique et politique, nous parlons depuis un silence qui nous expose à la non-réponse de l'autre : césure intime, contradiction interne au Dire, ContraDiction

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Aujourd'hui, les crimes contre l'hospitalité requièrent une éthique en excès, par-delà le politique, une conversion éthique du concept du politique

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Un concept est indestructible dans son identité et l'unité de son noyau sémantique; mais tout concept, par exemple "politique" ou "paix", ouvre au-delà des murs, "au-delà-dans"

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Une "voix de fin silence" vient au prophète Elie. Puis (une autre voix) : "Qu'as-tu à faire, toi, ici? - Va"; ce silence vient à nous depuis l'abîme entre éthique et politique

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Dans la question du droit de regard et de notre place par rapport aux télépouvoirs, il y va d'une nouvelle éthique et d'un nouveau droit

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L'impératif inconditionnel de toute négociation serait de laisser ouverte la possibilité de l'avenir

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L'autre éthique à-venir est "ce qui vient", "ce qui arrive", une hétéronomie où l'autre est ma loi

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"Apprendre à vivre, enfin", n'est-ce pas, pour un vivant, l'impossible? C'est pourtant l'éthique même

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Une éthique qui se veut universelle repose sur une métaphysique de l'assujettissement à la loi de l'autre

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Le nom "Sinaï" appartient à plusieurs temps disjoints, plusieurs instances qu'il nous appartient de penser ensemble

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Ce que Lévinas nomme "visage" ou "otage", il faut le lire comme un nom propre qui compose un nouvel accord, inouï, entre le fini et l'infini : à-Dieu, l'appel du nom par le nom

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Chez Lévinas, le mot "éthique", ce point de rupture, n'est qu'un pis-aller grec pour traduire le discours hébraïque sur la sainteté du séparé (kadosh)

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