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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le juste                     Derrida, le juste
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 30 août 2005 Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels

[Derrida, le juste, la justice]

Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels Autres renvois :
   

Derrida, la loi, le droit

   
   
                 
                       

1. Conditionnelle ou inconditionnelle.

De même qu'il y a deux types de don, d'hospitalité et de pardon, il y a deux types de justice :

- la justice conditionnelle est celle de la vie courante. Elle s'organise en fonction des contraintes politiques et du droit positif en vigueur. Sanctionnant la faute, elle vise la restitution, la réparation de l'injustice ou la condamnation - allant parfois jusqu'à la vengeance ou la malédiction. Elle s'appuie sur un raisonnement, un calcul, pour tenter de réparer le mal ou l'accident dans la loi. Elle invite à suivre le droit chemin dans une perspective d'accord, de rassemblement. Mais, pour être crédible, une politique de justice ne peut se limiter à cela. Il faut qu'elle s'appuie sur un principe qui dépasse le droit.

- la justice inconditionnelle est celle qui engage au-delà de tout droit, de toute règle, de toute norme et des lois en vigueur. Elle est indémontrable, indéconstructible (comme l'était la pitié pour Jean-Jacques Rousseau), incalculable. C'est une sentence qui nous vient de l'inconnu, un axiome qui ne se justifie que par lui-même, n'appartient pas au temps, nous engage indépendamment de toute présence à soi. Comme principe hyperbolique, infini, elle ne peut être qu'excessive, disproportionnée, exagérée par rapport à toute situation concrète. C'est une aporie - impossible à mettre en oeuvre, l'expérience même de l'impossible. Mais dès lors qu'elle est posée comme question ou comme problématique, on ne peut plus la limiter. Elle concerne l'homme (le mâle occidental), le citoyen et aussi la femme, et aussi l'enfant, et aussi l'animal, le végétal, le minéral, et aussi (surtout) le dissemblabe, le tout autre, le monstrueusement autre.

 

2. Aporétique.

Ce caractère irréductible de la justice inconditionnelle a conduit Derrida à avancer l'aphorisme : La déconstruction est la justice. Elle défait inéluctablement toutes les limites de l'humain dans un mouvement inarrêtable. Le problème de la justice est donc toujours essentiel, même s'il ne peut être "adressé" qu'indirectement, de manière oblique.

Il faut exiger la justice, il faut l'appeler, la vouloir, la demander infiniment; mais pour aboutir à une décision, il faut qu'une règle de droit soit appliquée. Tout se joue dans cette aporie, cette épreuve de l'indécidable, entre deux impératifs. D'un côté, une justice "absolue", inconditionnelle et politiquement inacceptable, à laquelle, malgré les risques de dislocation et d'excès, toute politique doit se référer; d'un autre côté, la finitude, la nécessité du calcul, de la réparation, des lois, de l'Etat. Il faut une justice infinie, mais pour la mettre en œuvre, il faut des institutions, une police, des instruments de coercition. Le serment qui convoque l'engagement de justice commence par cet appel au tiers, ce parjure. Mais on ne peut pas faire autrement. Pour accueillir l'autre, il faut prendre le risque de l'hospitalité au pire.

Il y a donc une loi de justice, qui s'appuie sur une demande impérieuse, insupportable, muette, toujours en excès sur la vie courante. Ses figures en sont l'imploration, la souffrance de l'autre et aussi l'oeuvre, car sans oeuvre, ce qui se réaliserait automatiquement, même au nom de la justice, serait terrifiant. Il serait impardonnable de nier cette attente, même si l'on ne peut pas y répondre.

 

3. Une justice sans droit.

La justice inconditionnelle ne compense ni la dette, ni la culpabilité. Elle se déploie, elle s'abandonne, elle se donne, elle s'accorde en supplément, par-dessus le marché. Elle ne peut s'adresser qu'à des singularités auxquelles il lui est impossible de répondre dans le présent. Or une singularité est toujours hétérogène, c'est toujours celle de l'autre. Une justice singulière devrait rompre avec le principe d'équivalence, faire signe vers une autre équité dont le juste nom serait "amitié", mais dont le concept serait instable. Il en résulterait une alliance hétéronome, dissymétrique et improbable.

A chaque fois, dans l'urgence et la précipitation, pour chaque situation, il faut exiger que la loi soit réinventée, que de nouvelles règles soient instaurées. Il faut mettre en oeuvre une justice sans droit. C'est un appel qui ouvre à l'avenir, qui commande la transformation et la refondation du droit.

 

4. Messianisme.

Bien qu'elle soit impossible, hors du temps, la justice inconditionnelle est urgente, messianique. Elle n'appartient pas à l'histoire. C'est une injonction, une éthique, l'éthique même. Nous en sommes au moins doublement responsables : devant la mémoire (les modalités multiples de l'appel à la justice, dans les différentes cultures), devant le concept [la tâche de la pensée], et aussi devant l'avenir.

D'un côté, Jacques Derrida se réfère à la tradition judaïque telle que Walter Benjamin l'a réveillée : le plus vivant de la vie, ce qui vaut (encore) plus que la vie, c'est l'avenir de son être-juste, qu'on peut appeler justice divine. S'il y a un sens à l'être-juif, c'est dans l'exigence d'être plus juste encore que la justice, et d'en jouir. Mais d'un autre côté, il refuse l'idée d'une justice ininterprétable ou irreprésentable. Il faut se méfier des discours qui séparent radicalement le droit et la justice.

 

 

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Propositions

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Axiome de la justice : elle est inconditionnelle et indémontrable, elle engage au-delà du droit, de la norme, du temps

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"La déconstruction est la justice" - partout où la déconstruction est possible comme expérience de l'impossible, il y a la justice

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La justice puise sa source dans ce qui doit se rendre à la singularité de l'autre : antérieure à tout présent, plus ancienne que la mémoire même, elle vient comme l'avenir

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Pour la déconstruction, le problème de la justice est essentiel - même s'il ne peut être "adressé" qu'indirectement, de manière oblique

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La responsabilité de la déconstruction est double : 1/ devant la mémoire; 2/ devant le concept de justice

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L'arrivance messianique est un concept impossible mais urgent, car il y va de la justice

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La question de la justice conduit à déconstruire toutes les partitions qui instituent le sujet humain : adulte/enfant, homme/femme, humain/animal, etc...

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La justice est indéconstructible, mais il faut la penser en déconstruction, dans un au-delà du droit qui est excès, disjointure, dislocation

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La demande de l'autre - muette, infinie, insupportable - n'est pas seulement une imploration, c'est aussi une figure de la loi qui exige la justice

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Il y a deux sortes de justice : celle qui fait droit (calculable); celle qui ouvre la dissymétrie infinie du rapport à l'autre (incalculabilité messianique du don)

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En excédant le calcul, le programme et les règles, l'appel à la justice ouvre à l'avenir, il commande la transformation et la refondation du droit, y compris par le calcul et la négociation

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La justice est indéconstructible pour Jacques Derrida comme la pitié était innée pour Jean-Jacques Rousseau

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Une décision ne peut être juste que si elle fait l'"épreuve de l'indécidable" - dont il reste, à jamais, une trace vivante, un fantôme qui déconstruit de l'intérieur toute certitude

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Il n'y a pas de justice sans expérience de l'aporie - car toute décision singulière est l'application d'une règle de droit, tandis que la justice est incalculable

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La justice commence avec un parjure : en engageant, avant tout contrat, l'éthique infinie de ma responsabilité pour l'autre, je fais surgir le tiers qui la trahit par le droit

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Il n'est d'appel au juste, à la mémoire - que pour réparer quelque mal, quelque accident dans la loi, quelque déséquilibre ou quelque défaut dans la généalogie

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Il faut l'hospitalité au pire, qui à la fois appelle et exclut le tiers, pour laisser venir la justice, accueillir l'autre et se protéger contre la violence de l'éthique

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L'authenticité du pardon ou de l'excuse seraient menacés s'ils se réalisaient automatiquement, sans oeuvre - alors la scène de confession serait terrifiante, la justice serait injuste

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La justice s'adresse toujours à des singularités, à la singularité de l'autre, malgré ou en raison même de sa prétention à l'universalité

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Agir par devoir ou respect de la loi, c'est inventer chaque fois, pour chaque situation unique, la règle et l'exemple de la justice

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Se référer à Dieu, c'est en appeler à la singularité irréductible de chaque situation : une justice sans droit

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A aucun moment on ne peut dire qu'une décision est purement juste, légale ou légitime - car pour qu'il y ait décision, il faut chaque fois réinventer la loi

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La justice est toujours requise dans l'urgence et la précipitation, avec la violence irruptive d'un performatif

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Une justice qui romprait avec le principe d'équivalence ferait signe vers une équité dont le juste nom serait "amitié", au-delà de tout calcul et de toute appropriation amoureuse

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Depuis un lieu spectral, entre vie et mort, une injonction sentencieuse affecte de parler comme le juste

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Une éthique de justice n'engage pas seulement ma responsabilité à l'égard du semblable, mais aussi du dissemblable, du tout autre ou du monstrueusement autre

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L'événement qui mériterait, une seule et unique fois, à telle date, le juste nom d'amitié, supposerait l'expérience d'une alliance improbable, la pensée d'un concept du "peut-être"

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La question de la justice ne se sépare pas de celle du don : rendre justice, c'est donner ce qu'on n'a pas

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L'hospitalité pour l'arrivant absolu est politiquement inacceptable, mais une politique qui ne s'y réfère pas perd sa référence à la justice

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Le jour messianique où elle n'appartiendra plus à l'histoire, la justice sera soustraite à la vengeance et au droit

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Walter Benjamin réveille la tradition judaïque selon laquelle le plus vivant de la vie - qui vaut plus que la vie -, c'est sa justice, l'avenir de son être-juste

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La violence divine, la plus juste, est indécidable, inconnaissable - et pourtant la seule qui pourrait faire l'objet d'une décision politique, révolutionnaire, ouvrant une ère nouvelle

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Le Juif exige d'être plus juste que la justice : il en jouit

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S'il fallait tirer un enseignement du "pire" (la "solution finale"), ce serait pour juger de la complicité des discours qui séparent radicalement le droit et la justice

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