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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, Heidegger                     Derrida, Heidegger
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 11 septembre 2005 Martin Heidegger

[Derrida, Heidegger]

Martin Heidegger
   
   
   
                 
                       

1. Une ambivalence sans complaisance.

On peut soutenir les deux positions : soit Derrida est et est resté jusqu'au bout un heideggerien, voire même le principal représentant de l'heideggerianisme français; soit au contraire on peut interpréter son évolution comme une distanciation de plus en plus nette à l'égard de Heidegger, jusqu'à aboutir à une pensée de l'autre qui en est l'exacte opposée. Il ne citerait Heidegger qu'à cause de son extrêmisme, pour critiquer la pensée de la présence; il ne s'en servirait que pour penser contre lui, contre son ordre ou ses ordres, du côté de son contre-exemple et de sa contre-partie. Il est étonnant que ces deux positions restent toutes deux défendables, alors que Derrida a consacré des centaines de pages à Heidegger et l'a mentionné très souvent. Il a toujours refusé de le réduire à son seul nazisme ou à son seul antisémitisme, mais il n'a jamais fait preuve de complaisance à son égard. Dans plus d'un texte (par exemple dans Donner la mort, p41), il met en relation sa pensée avec le déchaînement inouï de la violence nazie.

En repérant le privilège qu'Heidegger accorde à certains mots (dont Kampf (combat), Volk (peuple)), en signalant sa résistance à l'inconscient, son écriture normée, réglée par un vouloir-dire intentionnel absolu, Derrida prend ses distances de manière nette, tranchée, radicale; mais cela ne l'empêche jamais de le lire, de partir de ses textes et de ses analyses pour déconstruire, à sa suite, la métaphysique de la présence.

 

2. Des concepts sur lesquels prendre appui.

On ne peut nier l'influence heideggerienne sur l'élaboration de plusieurs concepts, dont la déconstruction, l'auto-affection, la dissémination. Pour accéder à la pensée de la différance, il faut passer par la question de l'être telle que posée par Heidegger [et lui seul, précise Derrida]. Cela vaut pour le retrait de l'être - et plus généralement pour le retrait ou re-trait, un mot français mis en avant par Derrida, non sans un certain forçage, pour prolonger l'ouverture heideggerienne du chemin (Weg), la radicaliser, la transformer en un voyage inouï, en envoi (Geschick) sans dérivation ni retour. Quand Heidegger choisit, pour sa neutralité, le mot das Dasein, il en écarte la différence sexuelle en tant que dyade, mais pas en tant que déploiement de la différence (que pourrait connoter le mot Geschlecht). Pour élucider non seulement la différence sexuelle, mais aussi toute différence - car toute différence procède de la dispersion du Dasein, de sa jetée disséminale qui prend son départ dans la dispersion de la chair - Derrida choisit de prendre appui sur les développements heideggeriens.

 

3. Déconstruire l'Être.

Il y a de l'Être, dit Heidegger, en s'interrogeant sur ce qui lui est propre. Derrida part de cette question, mais son horizon n'est pas le propre (ou l'authentique), c'est la dépropriation ou déconstruction de l'être. Ainsi peut-il prendre un point de départ heideggerien pour analyser l'auto-affection de la voix, le parergon, le double, la hantise en peinture, la raison, etc... Mais jamais son analyse ne s'arrête sur l'horizon heideggerien.

Derrida affirme que son concept de différance est "plus originel" que la différence ontico-ontologique. C'est elle [la différance derridienne] qui rend possible le sens de l'être [heideggerien] et non l'inverse. Et pourtant Heidegger s'en est approché de très près, il a entendu la différance, son oreille est venue tout près de l'inouï, par la double notion d'un combat originaire (Kampf) et d'une aimance nostalgique (phileîn), double notion qui est à l'origine de la philosophie, de la politique et des oeuvres. Son sacrifice a été de laisser inentendue la voix discordante, celle qui en appelle à une loi dissymétrique, alors qu'il avait annoncé l'ambiguité de la voix de l'ami.

Contrairement à Heidegger, Derrida rejette toute idée d'un pensable pur, authentique, antérieur à toute contamination par la technique, et renonce à toute quête du premier mot de l'être. Il reproche à Heidegger de n'avoir pas vraiment déplacé la pensée humaniste. Dans le Dasein, étant exemplaire, on retrouve le propre de l'homme et ses corrélats : la main, la voix, la présence à soi, le questionnement sur l'humain. Restant attaché à ces notions, privilégiant la sacralité (l'indemne, le sain et sauf) sur la croyance et le témoignage de l'autre, Heidegger ne peut penser l'écriture qu'à partir du logocentrisme. On peut même interpréter sa problématique comme la défense la plus profonde et la plus puissante de la pensée de la présence.

 

4. Au-delà de Heidegger.

Certains concepts derridiens comme archi-écriture, voire "unheimlichkeit", ont été en partie élaborés à partir de sources heideggeriennes. Mais en soulignant la place du penseur allemand, on risque de sous-estimer l'influence de Freud et surtout de Lévinas, dont la trace est devenue, chez Derrida, "archi-trace". Pour autant qu'on puisse parler de concepts, on peut tout autant soutenir que ces notions ne sont ni heideggeriennes, ni freudiennes. Comme les chaussures de Van Gogh, elles n'adhèrent à aucun sol. En triturant la pensée de Heidegger, en explorant ses entrelacs et ses cheminements, Jacques Derrida se donne pour tâche de faire signe vers un autre texte qui excéderait la présence, et cet autre texte aura été, pour la métaphysique de Heidegger, informulable.

 

 

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Propositions

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Il faut passer par la question de l'être, telle qu'elle est posée par Heidegger et par lui seul, pour accéder à la pensée de la différance

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L'être n'étant rien, on ne peut en parler que "quasi"-métaphoriquement, avec la surcharge d'un trait supplémentaire, d'un "re-trait"

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On peut, dans les "Souliers" de Van Gogh, repérer la différence entre ce qui est là, présent (l'étant) et ce qui est là sans être présent, en connivence avec la hantise (l'être)

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La problématique heideggerienne est la défense la plus profonde et la plus puissante de la pensée de la présence

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Ce qui, dans l'espérance heideggerienne, relève de la métaphysique, est la quête du mot propre (premier mot de l'être), du nom unique

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Heidegger valorise le langage parlé et ses corrélats : voix, présence à soi, propre et proche

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Pour Heidegger, l'homme (ou Dasein) est l'étant exemplaire dont la pensée est inséparable de la vérité de l'être

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L'omission de la question sur l'"être du temps" constitue la métaphysique comme telle

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Une dissémination originaire appartient à l'être du Dasein : il s'auto-affecte dans un rapport à soi déjà dispersé (espacement, entre-deux)

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C'est le corps propre lui-même, la chair, qui entraîne originellement le Dasein dans la dissémination, et par là dans la sexualité

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Heidegger essaie de penser en-deça de la technique - comme s'il y avait un pensable pur de toute contamination technique

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Il faut élucider la différence sexuelle à partir de la jetée disséminale, et non l'inverse

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La chaussée sur laquelle cheminent les pensées est comme la série des chaussures de Van Gogh : jamais lacées, elles n'adhèrent pas au sol

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Pour Heidegger, l'oeuvre d'art, la chose et le produit sont entrelacés dans une structure (stricture) où le produit se place "entre" la chose et l'oeuvre

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La tâche urgente, c'est d'inscrire une trace dans le texte tout en faisant signe vers un autre texte

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Dire que "le Dasein n'appartient à aucun des deux sexes" n'implique pas qu'il soit asexué, mais au contraire qu'une sexualité plus originaire, pré-duelle, s'y déploie

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Tout se passe comme si, à lire Heidegger, la différence sexuelle n'était pas "à hauteur de différence ontologique" - et pourtant, la neutralité du Dasein n'est pas asexuelle

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Jacques Derrida voyage toujours avec Heidegger c'est-à-dire contre lui, du côté de son contre-exemple ou de sa contre-partie

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Selon Heidegger, la définition grecque la plus authentique de l'homme, c'est : "L'homme est le plus souverainement "unheimlich" parmi les étants"

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Entre 1927 et 1953, Heidegger utilise fréquemment les mots Geist, geistig, geistlich, dont il affirme pourtant qu'il faut les éviter

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Par le mot "retrait", Derrida se confronte à la pensée heideggerienne du chemin et propose un voyage inouï, un "envoyage" (envoi sans dérivation, cheminement, ni retour)

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Avec Heidegger, la question sur l'homme se transforme, elle n'est plus "Quoi est l'homme?", mais "Qui est l'homme?" - un "Qui" avant tout "Je", individu ou communauté

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Eloignée de tous les autres organes par l'abîme de la parole et de la pensée, la main est la "monstruosité" de l'homme, cet être qui montre, donne et reçoit

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Les concepts d'archi-trace et de différance ne sont ni freudiens ni heideggeriens

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La différance, concept économique désignant la production du "différer", est plus originaire que la différence ontico-ontologique

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La différance précède la métaphysique mais aussi déborde la pensée de l'être, car c'est elle qui rend possible le sens de l'être (avec ses oppositions) et non l'inverse

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Pour élaborer sa théorie de l'auto-affection de la voix, Jacques Derrida s'inspire de Heidegger

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Ce que Heidegger désigne comme "produit" a la structure du parergon de Kant : encadrer la chose nue

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Dans "Il y a de l'être" ("Es gibt Sein"), ne sont donnés que l'être et le temps, qui ne sont rien

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Pour que s'impose le principe de raison, "Rien n'est sans raison et nul effet sans cause", il a fallu que la question abyssale de l'être qui se cache en lui reste dissimulée

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En dénonçant le retrait de la main qui s'opère avec la machine à écrire, Heidegger dénonce l'essence même du geste d'écrire et de l'écriture

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Chacun écoute, près de lui, à travers l'oreille, la voix d'un autre singulier qui, en tant qu'ami, lui dicte un sens et le fait venir à l'appartenance

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Un combat originaire avant lequel il n'y a rien, pas même les combattants, projette et développe ce qu'on n'entend pas encore, l'inouï

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Depuis un lieu invisible, Jacques Derrida s'engage dans une aimance qui en appelle à une loi d'hétérogénéité, à la dissymétrie d'une singularité absolue

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L'oreille de Heidegger est celle qui entend et sacrifie la voix discordante, inouïe, celle de l'inimitié originaire que le Dasein aura portée chez lui, "avant" le rassemblement du logos

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A l'origine de la philosophie est la tension nostalgique qui, après le deuil d'une aimance originelle en accord avec le logos, désire le retour du sage perdu

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[A travers la création d'oeuvres et d'événements historiques, se fait entendre la discordance originaire, inouïe]

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L'analytique heideggerienne du Dasein, qui résiste à l'inconscient, reste réglée par les normes d'un vouloir-dire intentionnel absolu

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"Geschlecht" est un mot intraduisible dont le champ sémantique recouvre les appartenances de sexe, race, espèce, genre, souche, famille, génération, généalogie, communauté, ...

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Toute l'oeuvre de Heidegger se rassemble autour d'une force marquante, le combat (Kampf) qui unifie d'avance l'aimance (phileîn), le logos et le polemos

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Il faut privilégier l'exemple de Heidegger à cause de l'extrêmité de ce qu'il dit

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