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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la poésie                     Derrida, la poésie
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 27 septembre 2005 L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire

[Derrida, la poésie]

L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire
   
   
   
                 
                       

La poésie est double. D'une part, dans la suite de Kant (du logocentrisme, de la métaphysique), elle est au sommet des arts rhétoriques - le plus expressif des arts, le plus lié à la voix. Mais d'autre part, c'est l'art le plus libre, le plus surabondant, celui qui conduit au deuil le plus accompli - jusqu'à l'extase - du concept, de la jouissance, du travail et aussi du sens. Ce second versant occupe dans l'oeuvre derridienne une position privilégiée que son accointance avec une productivité absolument libre ne suffit pas à expliquer. Il y a autre chose :

 

1. La singularité, l'unicité du poème.

D'un côté, chaque poème est singulier, irremplaçable. Il renvoie à un lieu, une date, une signature uniques, qui résistent à tout questionnement, toute objectivation - ce qui conduit à le rapprocher d'autres événements uniques comme une nomination, un témoignage ou une circoncision (qui, elle aussi, n'a lieu qu'une fois). Le poème témoigne d'une date dont lui seul peut témoigner. Il garde en réserve son secret (sa blessure), il le crypte, en le donnant à déchiffrer.

D'un autre côté, s'il s'expose, s'il se donne à lire, s'il se laisse déchiffrer, transcrire, traduire, il rencontre une autre date, une date toute autre, tout aussi irremplaçable et singulière. A partir de son secret, de sa cause indéchiffrable, muette et murée dans sa date à lui (qui est sa propriété), il s'adresse à cette date imprévisible, il parle vers une destination inconnue.

Mais les dates tournent, elles reviennent, comme sur un calendrier ou un cadran solaire. Pour autant que le poème est lisible, quelque chose en lui fait retour. En rencontrant l'autre, l'unique s'allie avec lui-même. Cette structure d'anneau (que Paul Celan appelle Méridien), scelle une alliance, un retour vers le même. Le nouveau, dans la poésie d'aujourd'hui, c'est la tentative de garder en mémoire la date - voire de faire apparaître en toute clarté sa structure, en l'affranchissant de tout style convenu, de toute rhétorique ou discours de l'art.

 

2. Un acte performatif, au-delà du performatif.

Un poème [tel qu'on l'entend aujourd'hui] n'obéit pas à des règles qui auraient été définies à l'avance, en un autre lieu. Il fixe lui-même, dans l'acte de son événement, ses règles, sa poétique. C'est un acte performatif d'un genre particulier, auto-déictique ou "au-delà du performatif", qu'on peut rapprocher d'une traduction dans laquelle le traducteur, pour donner à entendre la langue d'un autre, devrait inventer chaque fois une nouvelle langue, une autre langue - qui serait elle-même intraduisible.

Le poème est comme une bouche parlante, il dit "je". Son monde ayant disparu, il salue l'autre, le bénit, s'adresse à lui afin que cet autre (radicalement hétérogène) lui dise : Il faut que je te porte.

 

3. On peut le lire-traduire, en hériter, pas l'interpréter.

On peut citer un poème, le réciter, mais si on tentait de l'interpréter, c'est-à-dire de s'assurer de son sens et de son vouloir-dire, on l'épuiserait. Si on voulait, comme le rabbin ou le philosophe, le traduire dans une langue préétablie, on risquerait de le dépoétiser.

Cela n'interdit pas de multiplier les traductions, de produire à partir des poèmes des textes ou des récits qui soient eux aussi des oeuvres. En prolongeant sa poétique sans rabattre le poème sur la discursivité courante, un lecteur s'en fait l'héritier. Il le réinvente, il dissémine ses semences. C'est ainsi qu'opère, par exemple, la psychanalyse à la façon de Nicolas Abraham. On peut témoigner de la puissance du poème à l'oeuvre en lui (plus puissante que le sens), mais on ne peut pas franchir la limite de la crypte, cette limite étrange, inarrêtable, extravagante, qui ne s'épuise jamais.

Traduire un poème, c'est témoigner d'une autre éthique du rapport à l'autre : accepter un héritage, inventer un idiome pour que, peut-être, quelque chose en survive.

 

4. Une rencontre impossible.

La loi du poème, c'est que la trace donnée en lui, laissée, abandonnée est à l'oeuvre. D'un côté, le poème est une bénédiction qui s'adresse à une date effacée, brûlée, en cendres. D'un autre côté, en opérant comme reste, par réitération, cette trace garde une initiative souveraine, imprévisible. C'est elle qui fait dire "je" au poème. En se désignant elle-même, elle provoque, appelle, ordonne, exige une lecture. Pour survivre, elle doit se confier à la garde d'un autre. Si le lecteur répond au poème, s'il accepte de partager son sans-monde (sans sol, sans fond, sans médiation, sans garant - car les significations de l'"auteur" ont définitivement disparu), alors par sa contre-lecture, sa contre-signature, il le sauve. Le trajet du poème peut mener à la rencontre. Qui sait? demande Paul Celan.

Mais le paradoxe de ce partage, c'est qu'il partage l'impartageabe : un schibboleth où se dissimule, dans sa lisibilité, le chiffrage comme tel. Le chemin de la rencontre reste secret, impossible. De même que nul ne peut répondre à la place du témoin, nul ne peut rompre la solitude du poème. Le secret qui parle en lui garde le silence.

 

5. Au-delà du souverain.

En s'appuyant sur le Méridien de Paul Celan, Jacques Derrida a tenté de penser l'au-delà du souverain à partir du poème. Il y a dans un poème une pensée indéchiffrable, inaccessible à l'intelligence courante, qu'on peut comparer à celle de ce qu'il est convenu d'appeler "animal". Face à lui, nous sommes "bêtes". Et pourtant il faut témoigner de cette pensée surprenante, absurde, il faut laisser parler, dans le maintenant-présent de l'autre, ce "tu". En donnant à l'autre ce temps qui est le sien, on laisse s'intaurer une autre présence, une présence majestueuse et étrange.

La structure de l'amitié peut être, elle aussi, comparée au don d'un poème. Elle laisse résonner l'écho d'une voix. Si on l'entend, on s'engage dans l'intraduisible.

 

 

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Propositions

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La parole poétique est l'équivalent analogique général des Beaux-Arts, la valeur des valeurs : en elle s'effectue le travail de deuil qui transforme l'hétéro-affection en auto-affection

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La circoncision est une blessure à déchiffrer, comme le poème

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Le poétique ou l'extatique est ce qui, dans tout discours, peut s'ouvrir à la perte absolue de son sens

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La "trace à l'oeuvre", ou la "trace comme oeuvre" : telle est la loi du poème qui entraîne toujours vers une toute autre lecture, une contre-lecture

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Dans la prière poétique s'annonce l'essence de la bénédiction : en s'adressant à un reste, une cendre, c'est l'expérience de l'incinération de la date, consumée dès le commencement

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L'essence du poème est la date : soustrait à la répétition, il s'adresse à une autre date

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Le poème se doit à sa date comme à sa chose ou à sa signature la plus propre

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Tout poème parle du témoignage : ce qui parle en lui est la solitude et le secret du témoin, qui s'adresse à l'autre en gardant le silence

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[Le nouveau dans les poèmes qu'on écrit aujourd'hui, c'est peut-être la tentative de garder en mémoire telle date depuis laquelle on écrit]

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Il arrive aujourd'hui à la poésie une expérience absolument nouvelle : la date reste en mémoire, singulièrement et en toute clarté

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Depuis sa propre date, le poème s'adresse à une date toute autre : il conjoint et rassemble les deux dates hétérogènes en un même anneau

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Dans l'anneau, l'unique s'allie avec lui-même comme autre, il répète son retour autour du même

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[Seul, en chemin, le poème se tient dans le secret de la rencontre - un chemin impossible, le chemin de l'impossible]

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[Paul Celan appelle "méridien" ce trajet du poème, ce chemin impossible qui, en revenant sur soi, mène à la rencontre]

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Un poème promet, dans l'acte de son événement, la fondation d'une poétique

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Le poème se produit en disant sa signature, son secret, son sceau, de façon auto-déictique ou performative

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On ne peut pas interpréter un poème, mais on peut - sans franchir la limite de la crypte, du secret - témoigner de la puissance, plus puissante que le sens, qui est à l'oeuvre en lui

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Tout témoignage responsable engage une expérience poétique de la langue

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[Traduire un poème, c'est témoigner d'une rencontre, d'une éthique du rapport à l'autre, où chaque fois s'invente un nouvel idiome, unique]

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Nouvelle internationale : Poètes-traducteurs, révoltez-vous contre le patriotisme, faites pousser une autre langue!

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En secret, intraduisiblement, par une amitié poétique, résonne chez Carl Schmitt l'écho de la loi du pire

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Autour d'une bouche parlante, le poème salue l'autre, il le bénit, il le porte

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L'oeuvre du poète est une chambre d'échos : le poème réinvente ce dont il hérite, il bénit et dissémine ses semences

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Le poème, qui survit dans la solitude, se confie à la garde d'un autre qu'aucun monde ne peut plus soutenir, un autre responsable mais lui aussi absolument solitaire

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Le poème témoigne d'une autre présence : une rencontre du "tu", qui laisse parler le maintenant-présent de l'autre

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Par la poésie, il faut laisser parler ce que l'autre a de plus proprement sien : son temps - son propre temps, il faut le donner à l'autre

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[On peut, à partir du "Méridien" de Paul Celan, penser l'"au-delà du souverain"]

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[Le poème partage l'impartageable : un schibboleth où se dissimule, dans sa lisibilité, le chiffrage comme tel]

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La pensée de l'animal, s'il y en a, revient à la poésie

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Le sujet se brise en se représentant dans le mouvement par lequel le livre, articulé par la voix du poète, se plie et se relie à soi

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[Paul Celan tente, par la signature unique d'un poème unique, par son art, de s'affranchir de l'art]

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La structure anasémique appelle un récit mythique, poétique : celui d'un événement pré-originaire qui, sans avoir été, aurait eu lieu

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Les analystes de l'"Homme aux loups", connus ou inconnus, ont produit à plusieurs voix une traduction inventive, une oeuvre de langue, une oeuvre de vie, un poème

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L'histoire de la philosophie est celle du devenir-prose du monde, de sa dépoétisation

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Le poète et le rabbin ne se rejoindront jamais, car la poésie est à la prophétie ce que l'idole est à la vérité

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