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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la présence                     Derrida, la présence
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 4 octobre 2005

[Derrida, la présence]

Autres renvois :
   

Derrida, le temps

   

Immédiat, immédiateté, perspective immédiate

   
                 
                       

1. Evidence de la présence vivante.

Quand je parle, je m'entends dans le temps même où je parle. Ma voix, avec son souffle et son intention de signification, est absolument proche de moi. C'est elle qui garde la présence, qui m'assure qu'elle ne m'échappera pas. Sans doute est-ce, d'une certaine façon, un simulacre, mais ce n'est pas une illusion car la parole ainsi vécue produit effectivement des objets idéaux, des signifiés. Elle met la signification à l'abri du monde extérieur, du signifiant, dans un vécu qui tend à supprimer les écarts intempestifs, les différences, voire la différance elle-même. Cette présence-là est vécue indépendamment du monde, elle n'est pas conditionnée par l'existence.

A travers la voix, dans l'évidence de la présence, le logos se produit comme pure auto-affection, intuition, certitude de soi. Dans la phénoménologie, un seul instant, indivisible et ponctuel (celui de la présence à soi) opère comme principe des principes, commencement absolu.

La métaphysique selon Jacques Derrida se définit par l'exclusion de la non-présence. Dans le système classique des oppositions, il ne reste ni trace, ni extériorité. La norme de la vérité y est la présence du présent. Toute forme est réductible au présent-vivant.

 

2. Représentation.

Dans son essence, qui est de se répéter dans une autre présence (itérabilité), de l'altérer, la présence ouvre la structure de la représentation. Dès le commencement, un texte s'était déjà déclenché. La possibilité de la mémoire avait été ouverte et un futur avait été promis. Depuis toujours, une extériorité s'ajoutait à la présence et interdisait sa pure plénitude. La présence n'a jamais été présente à elle-même, sans détour. On peut la comparer à deux mains qui se touchent : présentes l'une à l'autre, elles s'écartent déjà, et c'est ainsi (comme différance) que le texte accueille la référence; et c'est ainsi que s'engage le mouvement du temps. Même l'intentionalité, qui n'est jamais présente à son objet, est soumise à cette logique. L'écriture ne l'a pas modifiée, mais l'a précédée.

En faisant venir, par la représentation, une autre présence, la représentation ouvre à l'imagination, au désir - et aussi à la lettre et à la mort.

 

3. Présence incertaine, impossible, innommable.

Comment s'assurer d'une présence? Il faut un témoin qui en ait eu l'expérience sensible, et que je puisse croire sans craindre qu'il ne me trompe ou ne fasse erreur. Mais un tel témoin, qui offrirait une garantie absolue, n'existe pas. Si tout témoin peut se parjurer, la présence elle-même est dépourvue de certitude. Il suffit d'une marche, d'un pas, d'un déplacement, pour se soustraire à la présence.

Les médias d'aujourd'hui (télévision, radio, Internet) veulent faire croire à la présence immédiate de ce qu'ils montrent. Mais le temps réel n'existe pas, toute image est construite. Les journalistes ou commentateurs ne témoignent pas d'un réel mais relancent les spectres, jamais présents comme tels, qui fondent une mondialisation dont les enjeux restent non déclarés, encryptés.

S'il n'est de présence que différée, dans un rapport à l'altérité, alors la présence pure est impossible. Même en disant "je", ou "je suis", ou "je suis vivant", je ne garantis pas ma présence, car on peut trouver des expressions de ce type dans n'importe quel texte ou écrit. Elles fonctionnent par-delà l'absence du sujet et même par-delà la mort. Que suis-je ici, maintenant, à cette date? Je ne le sais pas, c'est pour moi un schibboleth.

Jean-Jacques Rousseau aurait voulu jouir d'une présence absolue du présent, d'une présence pure. Mais ses espoirs étaient toujours frustrés. L'autre présence à soi qu'il espérait n'était que représentation, supplément, altération. Si l'on pouvait imaginer une totale présence à soi, elle serait absolument silencieuse. Ce serait celle d'un dieu qui nous parlerait face à face. Comme la subjectivité absolue, elle serait innommable.

 

4. Une autre présence?

Faut-il alors faire le deuil de la présence? Faut-il la considérer comme un simple effet phallique, un fantoche, un fantôme? Peut-être pas. Certaines situations (dans l'art, la poésie), possibles ou impossibles, pourraient témoigner d'une autre présence. Ce ne serait pas la présence d'un autre vivant, d'un prochain, mais un genre de présence qui se rapprocherait de l'unheimlichkeit, cette irruption, ici et maintenant, d'une étrangeté familière, d'un secret non dit, extérieur au discours et peut-être aussi à l'humain. Quand surgit ce présent de l'autre, ce plus-que-présent, c'est un choc, une révolution, une remise en mouvement de marques oubliées, perdues.

 

 

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Propositions

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Le commencement est un déclenchement de texte, où la présence n'est jamais présente

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La voix est un acte vivant absolument proche de moi

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La voix donne aux sensations et intuitions une seconde présence, qui vaut dans le domaine de la représentation

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La voix simule la garde de la présence

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L'intention ne peut jamais être pleinement actuelle, totalement présente à son objet; par son itérabilité vers l'autre, elle est d'avance écartée d'elle-même, différantielle

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La vérité a pour norme, ordre et loi la présence du présent, soit comme dévoilement de la chose, soit comme accord entre la chose et la représentation

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Il y a dans le témoignage une dimension irréductiblement sensible : celle de la présence passée de celui qui est présent, ici et maintenant, qui a vu et qu'il faut croire

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La jouissance est toujours l'accueil de la présence

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Jouir de la présence pure (ou pleine), c'est jouir d'un écoulement

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En pensant le temps sous le mode de la présence, on introduit aussi un cercle, une limite à partir de laquelle peuvent être pensés le gramme et la possibilité de la trace

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L'intention vise la pleine plénitude de la présence; mais sa structure, c'est que si elle atteignait ce "telos", elle disparaîtrait avec lui

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La main qui garde la parole, prend et donne la chose comme telle, se rapporte aux modes de la présence

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Le logos ne peut se produire comme auto-affection qu'à travers la voix, dans l'évidence de la présence à soi-même

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Innommable est la subjectivité absolue : un étant identique à soi, présent comme substance

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Dans tout récit, il y va d'un "pas" qui rapproche et éloigne, ouvre à lui-même sa propre distance, ne se forme que pour se soustraire à la présence et l'identité

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Ce que je suis, ici, maintenant à cette date, est un schibboleth

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Est présent ce qui se tient à l'abri de la différance

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La voix comme présence à soi met le signifiant à l'abri, hors du monde, dans un vécu où la différance est supprimée

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En tant qu'écriture, la différance suppose une absence spécifique, qui ne saurait (être) une modification de la présence

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Point énigmatique, impensable de la différance : elle est à la fois détour économique dans l'élément du même et rapport au tout-autre, à l'impossibilité de la présence

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La métaphysique est l'exclusion de la non-présence

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[Derrida, la phénoménologie]

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Le principe des principes de la phénoménologie est l'intuition pleine et originaire du sens, c'est-à-dire la présence, le présent vivant

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Pour la phénoménologie, quel est le "principe des principes", le commencement absolu? C'est l'identité du vécu, présent à soi dans le même instant, indivisible et ponctuel

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Il y a, dans le présent, un présent simple et un plus-que-présent

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L'extériorité simple est une matrice qui exclut le supplément en le déterminant comme pure addition : structure qui vient s'ajouter à la présence pleine

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Le "je" n'implique pas nécessairement la présence : la personne peut être absente dans "Je suis", anonyme dans "J'écris" et morte dans "Je suis vivant"

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Il n'y a pas d'éthique sans présence de l'autre comme absence, dissimulation, détour, différance

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Au-delà de toute souveraineté - politique et même poétique -, on peut tenter de penser une révolution qui, dans la rencontre du tout autre, tourne ou coupe le souffle

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Le poème témoigne d'une autre présence : une rencontre du "tu", qui laisse parler le maintenant-présent de l'autre

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Le texte accueille la référence comme différence; il inscrit la différance - qui, elle aussi, est référence - dans la présence

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Le spectral, ce sont ces autres, jamais présents comme tels, ni vivants ni morts, avec lesquels je m'entretiens

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Il y a deux façons de penser l'Etranger : en tant qu'"autre présent vivant", ou par "le présent de l'autre"; mettre le cap sur la seconde, c'est ouvrir l'abîme du sans fond

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Il y a dans l'art une étrange et familière (unheimlich) sortie hors de l'humain, un secret (Geheimnis) au coeur du plus intime de la présence

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L'essence même de la présence, si elle doit toujours se répéter dans une autre présence, ouvre originairement la structure de la représentation

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Pour qu'il y ait désir et jouissance, il faut que la représentation habite la présence

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La mémoire est l'ouverture de la différence, sa révélation dans la présence même du présent, projetée vers le futur

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La forme est la présence même

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L'auto-affection du moi est comparable à l'onanisme : altérer la présence en restituant une autre présence qui n'est que représentation, supplément, altération

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Le phallique, dans sa différence, a une double valeur : sa pure et propre présence / son fantôme, son spectre, son fétiche

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Les guerres de religion d'aujourd'hui et leur diffusion audiovisuelle dans le cyberespace témoignent puissamment de la relance accélérée des spectres fondateurs

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Comme la voix, la nature et le souffle sont réglés sur un modèle onto-théologique : expérience de la présence continue à soi qui n'est accordée qu'à Dieu

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"Yhvh parlant face à face avec Moïse" : telle est l'expérience nue de la présence totale à laquelle nous n'avons jamais accès, ni par le visage, ni par la voix

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