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Sur des films                     Sur des films
             
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Galgal, 1988-2007, Page créée le 7 octobre 2005

 

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Si la mémoire de la guerre d'Algérie se transmet, c'est par des traumas qui restent secrets, inavoués (Caché, film de Michael Haneke, 2005)

   
   
   
                 
                       

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Il y a deux hommes. Le premier est bien installé, visible, connu. Il s'appelle Georges et anime une émission de télévision. Le second vit dans un HLM de banlieue. Personne ne le connaît; il semble avoir plus ou moins raté sa vie. Les deux hommes se sont brièvement croisés à l'âge de six ans. La famille de l'un (Georges) aurait pu adopter l'autre (Majid). Les parents de Georges étaient d'accord, mais Georges n'était pas d'accord. Il a dénoncé Majid, ses parents l'ont cru dangereux et l'ont renvoyé. Il est vrai que Georges n'avait que six ans, mais ce qu'il a fait était une belle saloperie, et il le sait. C'est une tâche noire au fond de sa vie, comme il y a des tâches noires au fond de la mémoire publique française. Georges, finalement, incarne la France, le colonisateur, et Majid incarne l'Algérie, le colonisé. C'est assez caricatural, mais ineffaçable. Mais le coeur du film n'est peut-être pas là.

Il y a trois générations.

1. Les parents de Georges sont allés jusqu'à la vieillesse, et ceux de Majid ont été tués dans les manifestations de 1961 contre la guerre d'Algérie. On ne sait rien d'eux. Ils existent à peine comme personnes, mais sont fortement typés socialement : le bourgeois contre l'immigré.

2. Deux hommes aussi dissemblables qu'il est possible, et en même temps frères. Deux hommes qui occupent chacun la place du père et qui ont, chacun, un fils. Ces deux hommes n'ont presque rien en commun, sauf un événement qui s'avère essentiel pour eux, l'événement fondateur, fondateur dans sa dissymétrie et parce que dissymétrique.

3. Ces deux hommes, qui étaient des fils, ont des fils. Ceux-ci émergent peu à peu, et achèvent le film dans une dernière image qui se veut énigmatique mais qu'on comprend comme celle de la réconciliation.

Quelqu'un, quelque part, a monté cet incroyable scénario, il a tiré les ficelles de ces marionnettes humaines. Peu importe si c'est réaliste ou non : il s'agit du destin. Seul le destin a pu être chaque fois au bon endroit pour filmer le moment crucial. S'il y a une solution à l'énigme, elle appartient au réalisateur, Michael Haneke. Il est possible qu'il sache ce que le fim cèle, mais la situation du spectateur repose sur l'ignorance.

Ainsi se transmet la mémoire de la guerre d'Algérie : plus par les traumas individuels que par les historiens ou les professeurs.

 

 

Le film dénote une double impossibilité : impossible d'être frères, impossible d'être père. La paternité comme la fraternité semblent barrées, raturées. Bizarrement, Georges hait Majid plus que l'inverse. Il restera coupable jusqu'à la fin de ses jours. C'est une punition qu'il déteste et dont il accuse Majid. Les sentiments de celui-ci nous sont moins accessibles, car les doutes se concentrent sur lui. Quelle est sa véritable place dans le scénario? Il est le seul à avoir pu organiser cette vengeance ultime, ce dénouement sanglant qu'annonçaient les dessins. A moins que l'idée ne lui soit venue qu'après, en regardant le dessin que Georges lui a montré. On ne peut pas savoir. Mais aucun désir, aucun principe vital, ne peut résister à cette haine réciproque.

Les deux hommes sont dévorés par cette relation horizontale. Elle prévaut sur la relation verticale. Les parents de Majid sont morts, et ceux de Georges lui sont étrangers. Vis-à-vis de leurs fils, ils n'ont qu'une relation affective, sans communication. La fraternité impossible est associée à une rupture de la transmission. Où se trouve la responsabilité? En premier lieu chez les parents de Georges. Comment ont-ils accepté de se laisser dicter cet acte cruel (renvoyer un orphelin) par leur fils? Ce fils unique était un tyran pour ses parents. A ce niveau se situe la première rupture, la rupture primordiale. Au même moment, l'Etat assassinait, et les parents renonçaient à leur place. 1961 : le début de la post-modernité.

 

 

 


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2005.HA.NEK

zm.Haneke.2005

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