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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le supplément                     Derrida, le supplément
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 23 octobre 2005 L'oeuvre ajoute toujours plus

[Derrida, le supplément]

L'oeuvre ajoute toujours plus Autres renvois :
   

Derrida, itérabilité, marque, re-marque

   
   
                 
                       

1. Différance supplémentaire.

Paraphrasant l'affirmation usuelle sur la perfectibilité de l'homme, Jacques Derrida soutient que celle-ci n'est possible que par un mouvement antérieur au logos et irréductible à tout système d'oppositions : la supplémentarité, dite aussi différance supplémentaire. Ce mouvement est une faculté par laquelle le supplément, qui est capable de se supplémenter lui-même, est remplacé par son double : un supplément de supplément. Dans ce mouvement sans fin, ce qui se répète est le même (l'identique), et aussi l'excès (toujours plus de supplément).

Cette faculté, qui nait dans ce lieu béant, silencieux qu'est la bouche, rend possible la pensée, le langage, la représentation, et aussi l'acte d'écrire. Elle fait en sorte qu'il y ait toujours plus d'Un, plus de deux, etc...

Différance et supplémentarité marchent ensemble. La différance est le mouvement qui produit le supplément; et le supplément, comme milieu élémentaire mais aussi comme excès, fait venir la différance.

Le pharmakon (terme platonicien qui, selon Derrida, désigne le supplément) n'a aucune identité stable. Il est une réserve sans substance où se produit la différenciation. Surgissant du dehors, il force le vivant à avoir rapport à son autre. Il peut agir par la voix nue, par la parole inarticulée, qui est déjà un supplément d'origine, ou encore (entre autres) par certains mots ou formes syntaxiques privilégiés. On peut citer, parmi ces formes, la promesse, la phrase nominale, la conjonction ou la copule.

Sans cette étrange structure supplémentaire, on sombrerait dans la folie. On resterait englué dans l'unique, l'insuppléable (à la place fantasmatique de la mère).

Il n'y a pas de règle à la déconstruction, sauf cette "quasi-règle" : en toutes circonstances, il arrive des conjonctions, des ajouts qui n'opèrent pas comme on s'y attendait. Ils peuvent se transformer, s'inverser, se muer en menaces ou disjonctions. Le supplément ne se présente pas toujours comme un supplément.

Témoigner du non-vivant, c'est aussi témoigner d'une transcendance par laquelle la vie vaut plus que la vie. S'il y a une dignité singulière de l'homme, elle tient à cet excès.

 

2. Menaces sur la société.

On ne maîtrise pas le supplément. Il tend à se distraire des généalogies, à échapper à tous les appareillages. Comme le pharmakon, il ne se transmet qu'à travers des crises ou des scènes de famille. Il y en a toujours plus d'un, comme il y a plus d'un spectre ou plus d'une langue, et de même que nous héritons des spectres ou des langues, nous héritons de ces suppléments.

Cet héritage est d'autant plus dangereux qu'il peut se dissimuler derrière n'importe quel signe. Par son irruption violente, il annonce la dépossession, la négativité, le manque. Pour Jean-Jacques Rousseau, c'était une figure du mal, un artefact, une menace d'altération, un geste de désobéissance menaçant du dehors ce à quoi il attachait le plus de valeur : la nature, l'animal, l'enfant, l'homme primitif. La société avait fait effraction dans la nature, elle l'avait fait sortir d'elle-même, il fallait maintenant la réparer. Mais sa propre imagination l'entraînait dans l'autre direction : le supplément de supplément, l'écriture comme suppléance, étrangère à toute éthique, une virtualité supposée assurer une cohésion entre la nature et la société.

Il faut, pour s'élever au-dessus de la nature et même au-dessus des lois, un appareil étatique. Dans cette prothèse (ou prothétatique), ce Léviathan, tout le vivant s'objective. Des mécanismes mortifères s'instaurent, qui prétendent protéger le vivant en érigeant un supplément absolu, insatiable, une surenchère phallique qui excède toute limite, jusqu'à la monstruosité, la perte du sens.

Toutes les sociétés ont cherché à se purifier des pharmaka, à se débarrasser des suppléments, à sacrifier des boucs émissaires. Il a toujours fallu exorciser l'autre, dénoncer celui qui séduit, qui persuade, qui fascine et ensorcelle. Mais il revient quand même, toujours.

 

3. Art, oeuvre.

Comme l'écriture, une oeuvre (ergon) est un supplément (pharmakon) dont aucun père ne répond. Elle ne procure ni récompense, ni salaire, ni assurance. Même si on voulait l'encadrer, on n'y parviendrait pas, car le cadre, lui aussi, est un supplément qui s'ajoute à l'oeuvre, mais sans lequel l'oeuvre n'existerait pas. Même si l'on voulait distinguer entre les éléments de l'oeuvre, par exemple la figure du fond, on n'y parviendrait pas, car l'oeuvre participe des deux. Le fond ne se retire jamais complètement, il y a toujours plus de fond, et la figure aussi vient en plus. Et sans l'oeuvre, y aurait-il un regard, y aurait-il une écoute? C'est elle, l'oeuvre, qui les restitue, qui les produit comme son supplément.

Pour nommer cet ensemble de processus produits par l'oeuvre, non désignés usuellement comme tels, Jacques Derrida se sert de l'expression "par-dessus le marché" [expression intégrée, entre parenthèses, dans le titre de l'un des textes de La vérité en peinture : + R (par dessus le marché)]. Ainsi la peinture de Valerio Adami exposerait-elle cette "autre scène" qui, à l'envers du texte et de l'image, vient en plus.

cf : Une oeuvre se donne et se rend au-delà de l'échange, en supplément, par-dessus le marché, comme on rend la justice.

Ce qui arrive, au-delà des limites circonscrites de l'oeuvre (son orbe), est exorbitant : l'ouverture dangereuse du sens et du langage, une autre surface (quatrième) qui vient en surnombre, en excès du milieu. Tout ce qui, dans l'oeuvre, ne peut pas être conçu pilosophiquement (par exemple, entre autres, la métaphore et ses proliférations, la mimesis en tant qu'elle fait exister un non-être), entre dans cette logique du "par-dessus le marché".

 

4. Inversions du supplément.

Il faut, pour produire de l'épistémé, du logos, de la soumission à la loi, inverser le supplément. En l'inversant, on l'exorcise par la maîtrise de soi ou l'acceptation du père, du roi, du chef, de la lumière, du capital, etc. C'est ce qui s'opère aussi avec l'archive. En acccumulant, en oubliant, en conservant, en mettant en ordre, l'archonte neutralise le supplément. C'est ce qui arrive aussi avec l'esthétique, l'idéologie de l'art ou une certaine modalité de la beauté.

 

5.

La métaphysique occidentale tend à la fois :

- à objectiver le supplément incalculable, sur le mode de la Cène christique : "Ceci est mon corps" (mangez le supplément, et vous serez sauvés par la nouvelle alliance).

- à détruire violemment le supplément, dans la langue et dans la pensée. Seuls quelques auteurs, comme Freud, en ont anticipé le concept.

Dans le cas de la science, le supplément n'est précédé d'aucune présence.

Quand la différance s'arrête, le supplément se fige en oppositions; mais son ambivalence menace toute stabilité et pureté intérieure.

L'identification elle-même est supplémentaire.

 

6. Messianicité.

Dans son rapport au judaïsme, Jacques Derrida privilégie une surenchére qui pousse à l'extrême sa pensée de la supplémentarité. Associant à la thématique de la circoncision (moins = plus = autre) une multitude de mots (limites, marges, marques, clôture, anneau, alliance, don, sacrifice, écriture du corps, pharmakos, coupure, etc.), il tient, pour reprendre ses termes, à une pensée ultimement juive, plus juive, plus que juive, autrement juivre, voire autre que juive. Il annonce un autre Abraham, une altérité encore plus marquée d'hétérogénéité disséminale.

 

 

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Propositions

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[Derrida, le supplément]

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Le langage humain se distingue du langage animal par le pouvoir de substituer un organe à un autre, c'est-à-dire la faculté d'articulation ou de supplémentarité

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La supplémentarité rend possible tout ce qui fait le propre de l'homme

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Tout ce qui se désigne comme "propre de l'homme" relève de la différance supplémentaire

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La dignité de l'homme, c'est que, en témoignant du non-vivant qui l'excède (loi, Dieu, transcendance), la vie ne vaut qu'à valoir plus qu'elle même

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L'orifice buccal ne cesse jamais d'être un lieu silencieux du corps; il ne devient parlant que par supplémentarité

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A l'origine du sujet, "Je se touche" au lieu béant de la bouche : événement d'une loi de fiction qui ne trouve son lieu que dans le remplacement, la prothèse

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Le pharmakon est le milieu élémentaire, mixte, antérieur, impur, où se produit la différenciation

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Le pharmakon n'a ni identité idéale, ni essence stable, ni caractère propre

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Le supplément n'entre dans aucune opposition, il n'est pas plus un signifiant qu'un signifié, une écriture qu'une parole

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Même par la voix nue, sans organe ni instrument, le pharmakon agit

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Il n'y a ni degré zéro ni origine simple, car le commencement est toujours déjà un supplément d'origine

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La structure du "supplément d'origine" est étrange : "une possibilité produit à retardement ce à quoi elle est dite s'ajouter"

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On ne peut penser la "pensée même" que par les additions et suppléments dangereux à l'oeuvre dans le "et" : plus d'un, de deux, de trois; plus d'une voix, plus d'une langue, etc...

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Le verbe "suppléer" définit l'acte d'écrire

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L'écriture est le supplément par excellence puisqu'elle marque le point de redoublement initial où le supplément se donne comme supplément de supplément

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La pensée freudienne de l'après-coup, ce supplément originaire, est la seule qui ne s'épuise ni dans la métaphysique, ni dans la science

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[Derrida, la représentation]

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La structure du supplément implique qu'il puisse se faire remplacer par son double, et qu'un supplément de supplément soit possible et nécessaire

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L'opération mimétique s'apparente à celle du "pharmakon" grec, ce remède-poison

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Deux répétitions se substituent, s'ajoutent et se rapportent l'une à l'autre sans se dominer : le même et l'excès

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L'archive est hypomnésique : c'est une répétition, un supplément accumulé en ce lieu extérieur où la mémoire, reproduite et consignée, défaille structurellement

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[Derrida, le pharmakon]

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Il n'y a pas de règle à la déconstruction, mais une "quasi-règle" : chaque fois un ajout, une conjonction (un "et"), opère comme menace, disjonction

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Pour renverser le pouvoir, l'ironie socratique précipite un "pharmakon" au contact d'un autre ou retourne sa surface

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L'écriture et le supplément ne peuvent se penser qu'au-delà du bien et du mal, en annulant la qualification éthique

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La différance supplémentaire est dangereuse, car liée à la mort

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Il y a toujours plus d'un spectre

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Dans la pharmacie, les pharmaka sont tenus en réserve pour la production de la différance

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Un tant qu'écriture, le "pharmakon" est un excès, une sortie hors de la série des oppositions; mais il est aussi l'étrange différence qui rend possible la sérialité

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Le pharmakon est un "bouc émissaire" nourri par la cité, puis sacrifié pour la purifier d'une infection après une crise

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Une scène de famille met sans cesse en question la maîtrise des pharmaka qu'on devrait se transmettre de père légitime en fils bien né

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Une oeuvre (ergon) est un "pharmakon" dont aucun père ne répond - comme l'écriture

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En grec, "pharmakon" signifie la peinture dans le sens de couleur, teinte artificielle

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La duplicité interne de la mimesis la divise vers deux points de fuite : soit la reproduction fidèle, soit le supplément qui fait exister un non-être

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L'inversion du pharmakon est à l'origine de l'épistémé, du logos et de la soumission à la loi

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L'effacement de la présence lexicale de l'être en Occident témoigne d'un procès de chute, de destruction ou de perte dont il ne reste que le supplément de copule : "est"

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On peut répondre à l'effraction du supplément soit en le réparant (Rousseau), soit en le répétant (Mallarmé)

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La différance s'arrête quand le jeu ambivalent qui produit des pharmaka semble se fixer en des termes opposés

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La forme la plus générale du "supplément de copule" est la phrase nominale où la fonction "être" est assurée par un arrêt de la voix, le blanc d'un espacement

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La logique de la souveraineté tend vers un débordement phallique insatiable, l'érection d'un supplément absolu qui excède toute limite, jusqu'à la perte du sens

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On promet toujours trop - et ce "trop" est l'essentiel de la promesse

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La quatrième surface appartient, comme le surnombre, au milieu qu'elle excède, donnant à voir sans être vue

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L'auto-affection du moi est comparable à l'onanisme : altérer la présence en restituant une autre présence qui n'est que représentation, supplément, altération

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L'identification est, comme l'attribution, de structure supplémentaire ou parergonale

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- Et au commencement, il y a le "et"

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Il y a plus d'Un, c'est-à-dire au moins deux, ce qui implique une alliance à plus de deux : n + Un

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Si j'avais à risquer une seule définition de la déconstruction, je dirais sans phrase : "plus d'une langue"

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La figure de la métaphore dans le texte philosophique ne peut pas être conçue philosophiquement, car elle vient toujours en plus - ou en trop

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La notion de virtualité assure une cohésion et une soudure entre deux ordres [la nature, la société], dont les rapports sont réglés par un mouvement de supplémentarité

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L'economimesis est une économie générale où la voix (la parole, la poésie ou l'art) donne sans recevoir d'autre salaire qu'une surabondance infinie

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Une oeuvre se donne et se rend au-delà de l'échange, en supplément, par-dessus le marché, comme on rend la justice

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Le subjectile, fond sans fond, se retire à l'infini derrière les figures, mais jamais complètement : il y a toujours plus de fond, de la figure vient en plus

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En tant que parergon (ornement), le cadre d'une oeuvre d'art est appelé comme un supplément depuis le manque de cela même qu'il vient encadrer

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Le trait maintient ensemble le dessin en une quasi-complétude que la couleur, qui vient en plus, transgresse avec violence

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Au-delà de ce que l'on croit circonscrire comme oeuvre (son orbe), surgit une trace, un supplément dangereux (exorbitant), qui ouvre le sens et le langage

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La peinture expose l'autre scène qui vient en plus, par-dessus le marché, à l'envers du texte et de l'image

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La mère, comme lieu de la langue, est l'unique irremplaçable - qu'il faut remplacer car l'insuppléable est la folie même, toujours à l'oeuvre

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Toutes les langues héritières de la métaphysique occidentale ont sur le "pharmakon" un effet d'analyse qui le détruit violemment

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Tous les concepts qui déterminent une non-supplémentarité (nature, animal, primitif, enfant, ...) n'ont aucune valeur de vérité

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Dans l'écriture universelle de la science (algèbre), le supplément est à la source, il n'est précédé par aucune présence ni aucune voix

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Le souverain, cette "prothétatique" monstrueuse qui supplée la nature en y ajoutant un organe artificiel, objective le vivant dans une machine de mort

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Dans la société logoarchique, l'analogie est la règle qui soumet le jugement à une loi de supplémentarité

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Ce qui est beau, c'est la dissémination : une coupure pure, sans négativité, un pur parergon supplémentaire sans thème, ni texte, ni représentation, ni signification

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L'être n'étant rien, on ne peut en parler que "quasi"-métaphoriquement, avec la surcharge d'un trait supplémentaire, d'un "re-trait"

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Pour Rousseau, le signe, comme l'écriture, est un supplément, une négativité, un mal qui supplée à la nature innocente et bonne

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Dans la fiction rousseauiste, la nature sort de soi par un point d'inversion, imprévisible, d'extériorité / supplémentarité, où les virtualités déjà présentes font irruption

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Pour Rousseau, la pitié comme loi naturelle, originelle, inexorable, dont toute institution est le supplément et la suppléance, est portée par la voix

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Circoncision, je n'ai jamais parlé que de ça : limites, marges, marques, clôture, anneau, alliance, don, sacrifice, écriture du corps, pharmakos, coupure, ...

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Une surenchère hyperbolique gouverne le rapport du Juif non communautaire au judaïsme : "Moins tu es juif, plus tu l'es"

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"Je pourrais, pour moi, penser un autre Abraham" - ou plus d'un Abraham

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Qu'il y ait encore un autre Abraham, voilà la pensée la plus ultimement juive : plus juive, plus que juive, autrement juive, voire autre que juive

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Dans le "Ceci est mon corps" de la Cène christique, ce qui se mange et se consume, ce supplément incalculable qui "est" "comme" rien, c'est l'esprit

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