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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, l'inouï                     Derrida, l'inouï
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 12 novembre 2005 Derrida, performativité inouïe

[Derrida, l'inouï]

Derrida, performativité inouïe Autres renvois :
   

Derrida, l'audition

   

Derrida, l'innommable

   
Dans toute oeuvre, un discord inouï Dans toute oeuvre, un discord inouï
                 
                       

1. L'autre de la philosophie.

Pour définir l'inouï derridien, on peut, en première approche, évoquer une altérité ou une extériorité qui irait au-delà des couples d'opposition reconnus. Si les distinctions classiques ou courantes comme, par exemple, masculin / féminin, âme / corps, audible / inaudible, nommable / innommable, ou encore le même / l'autre, se brouillent, s'effacent, disparaissent devant "autre chose", une chose si autre que ce qu'on peut en dire ou en entendre dans le langage courant cède la place à d'autres articulations à venir, non encore énonçables, alors il peut être question d'inouï. On peut nommer cela altérité, extériorité, mais aussi production d'œuvre.

«PRODUCTION veut dire, et allie, tout comme invention, deux choses hétérogènes: trouver, faire apparaître, mettre en lumière ou en avant, découvrir la vérité de ce qui se trouvait déjà là (faire à cet égard ce qui était possible, programmable et calculable) mais au cours ou plutôt à l'instant d'un événement inouï dont la chance est et restera incalculable, comme la possibilité de l'im-possible. C'est ce que j'appelle l'invention de l'autre» (Tourner les mots, au bord d'un film, p118).

En tant qu'autre de la philosophie, l'inouï surprend la raison, il la perturbe, la transforme (non sans violence), au-delà du savoir, au-delà des signes – au-delà même de la pensée. Il faudrait renoncer à entendre, à comprendre, à s'approprier l'extérieur, à distinguer entre le dehors et le dedans. Cet autre-là est difficilement supportable. Il casse les oreilles, il crève le tympan ou transforme la surface du discours en tympan crevé. Pour employer le langage de Derrida, il la tympanise. Voici des extraits de ce qu'il en dit dans le premier texte de Marges de la philosophie, Tympan, présenté en double colonne et séparé des autres textes par la numérotation des pages:

CITATIONS : "Peut-on crever le tympan d'un philosophe et continuer à se faire entendre de lui?" (Marges pIII) (...) Il s'agirait, selon un mouvement d'elle inouï, d'un autre qui ne serait plus son autre (pV) (...) Cela ne peut s'écrire que selon une déformation du tympan philosophique (pVI) (...) Ceci est - un autre tympan (pXIII) (...) Tant qu'on n'aura pas détruit ce tympan (...), ce qui ne peut se faire d'un geste simplement discursif ou théorique (...), tant qu'on n'aura pas détruit jusqu'au concept philosophique de maîtrise, toutes les libertés qu'on dira prendre avec l'ordre philosophique resteront agitées a tergo par des machines philosophiques méconnues (pXVIII) (...) Comment mettre la main au tympan et comment le tympan échapperait-il aux mains du philosophe pour faire au phallogocentrisme une impression qu'il ne reconnaisse pas, où il ne se retrouve plus (pXXI) (...) Mais ce qui ne peut sans doute pas se présenter dans l'espace de cette vérité, ce qui ne peut s'y donner à entendre ou à lire, ou à voir, fût-ce dans le "triangle lumineux" ou l'oculus du tympan, c'est que cela, un tympan, se crève ou se greffe" (pXXIV).

 

2. Ce qui arrive.

Pour désigner le lieu de l'inouï, Jacques Derrida utilise aussi le mot: entre. Au-delà de la présence, dans la différance, une dérive affecte les signes eux-mêmes entre l'étant et l'être, entre l'apparaissant et l'apparaître, entre les unités de la voix et le corps de l'inscription, entre le sensible et l'intelligible, etc. Cette différence-là, intraduisible, ne se dit dans aucune langue, et pourtant elle ne nous est pas inconnue. Chaque fois qu'on fait advenir l'autre, qu'on promet, qu'on pardonne, qu'on témoigne, qu'on se parjure, qu'on ment, à chaque invention de l'autre, y compris dans le quotidien, s'annonce l'unicité d'une langue inouïe, à venir (Le monolinguisme de l'autre, p126). C'est un acte aussi courant qu'exceptionnel. Exemples (en vrac) : les artefacts, le bio-pouvoir, le surgissement de la poésie ou de l'art. Ce n'est pas leur nouveauté qui rend ces actes inouïs, c'est la combinaison de l'événement (incalculable) et du machinique (calculable). La rencontre arrive, mais on ne peut pas la penser dans le langage courant. Seule une forme conceptuelle elle-même inouïe, une autre pensée qui change jusqu'au nom et à l'essence de la pensée, pourrait le penser. Mais cette pensée-là, d'où viendrait-elle? D'un performatif monstrueux, inépuisable, peut-être d'un don génial, irréductible à l'ordre de la preuve.

Jacques Derrida analyse de nombreux cas où le surgissement d'une œuvre rencontre celui de l'impensé, de l'inaudible, de l'inouï : la chose juive, les fragments d'Héraclite, Freud (par l'expérience d'un savoir qui n'est pas fondé sur la vérité du concept), Lévinas (par son "éthique" de dépossession radicale à l'égard de la voix rassurante du logos), Heidegger qui, comme Hölderlin ou d'autres poètes, fait entendre l'inouï du discord ou du polemos originel. Avec les trois "Gewalten" créatrices du Dasein historial (la poésie, la pensée, les hommes d'Etat), Heidegger aurait proposé des stratégies d'écoute de ce combat originel, inaudible (comme les pulsions de mort freudiennes), qui n'est précédé par rien. Il aurait, et peut-être lui seul, à la fois entendu et sacrifié la voix discordante - celle de l'ami-ennemi que chacun écoute ou aura écouté, près de lui ou chez lui, à travers son oreille. Mais plus généralement, la transmutation d'aujourd'hui, celle du "peut-être", ébranlerait la croyance en l'opposition des valeurs, interromprait l'ordre des choses en mettant en suspens le crédible, le fiable.

 

3. L'inouï, toujours autre.

On ne peut se défaire ni de la langue courante, ni du concept vulgaire du temps - qui repose lui-même sur le privilège d'un "droit inouï" à produire le sens, la raison, la vérité. Il faut penser, déconstruire ce droit.

Et quand le brouillage des frontières et des limites va jusqu'à la perte de la figure comme telle (ami ou ennemi), alors c'est la violence qui se fait inouïe, le mal radical qui fait irruption.

 

 

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Propositions

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L'altérité ou l'extériorité sont des concepts qui à eux seuls ne débordent pas la philosophie : il faudrait pour cela le mouvement inouï d'un autre qui ne serait pas son autre à elle

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Ce qui arrive peut-être, avec Nietzsche et la transmutation d'aujourd'hui, c'est le peut-être même, l'expérience inouïe, toute nouvelle, du peut-être

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En tant qu'espacement, l'archi-écriture ne peut pas se donner comme telle, elle marque le temps mort à l'oeuvre dans la présence du présent vivant

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La trace pure, inouïe, est la différance; entre l'apparaissant et l'apparaître, c'est la condition de toutes les autres différences

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Un combat originaire avant lequel il n'y a rien, pas même les combattants, projette et développe ce qu'on n'entend pas encore, l'inouï

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Le concept vulgaire du temps, toujours répété d'Aristote à Hegel, repose sur le privilège du présent, un "droit inouï" supposé produire le sens, la raison, la vérité

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La philosophie a la structure d'un tympan : il faut la crever pour l'empêcher de prêter ses catégories au logos de l'autre

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Il faut casser les oreilles de la philosophie, la tympaniser!

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L'oreille de Heidegger est celle qui entend et sacrifie la voix discordante, inouïe, celle de l'inimitié originaire que le Dasein aura portée chez lui, "avant" le rassemblement du logos

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Dans l'imprévisible surgissement poétique de l'art, de l'artifice ou de la liberté, se produit un événement inouï, impossible : l'invention de l'autre

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La situation du génie est celle d'un don performatif, indécidable, monstrueusement inouï, inépuisable, inappropriable et irréductible à l'ordre de la preuve

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Chaque fois que j'ouvre la bouche, je promets : et cette promesse annonce l'unicité d'une langue inouïe, à venir

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Pour penser ensemble l'événement et la machine, il faudrait une forme conceptuelle inouïe, une autre pensée qui change jusqu'au nom et à l'essence de la pensée

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[A travers la création d'oeuvres et d'événements historiques, se fait entendre la discordance originaire, inouïe]

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Quand on ne peut plus identifier la figure de l'ennemi comme telle, alors vient la violence inouïe, le mal radical sans mesure et sans fond

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Au-delà du savoir absolu, une question inouïe s'ouvre et réclame des pensées à travers de vieux signes

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Les pulsions de mort, toujours déjà à l'oeuvre, s'écrivent en silence, elles se laissent entendre comme inaudibles

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Il y a dans le bio-pouvoir d'aujourd'hui des nouveautés inouïes, et pourtant ce concept de "bio-pouvoir" ne peut pas servir de critère pour définir une époque dite "moderne"

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[Freud inaugure la possibilité inouïe d'une science fondée non pas sur la vérité du concept, mais sur l'archive]

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La pensée de Lévinas nous fait rêver d'une dépossession inouïe : disloquer le logos grec et libérer la métaphysique en faisant appel à l'éthique

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Appartenir au judaïsme est incroyable, inouï et ineffaçable

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