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Sur des films                     Sur des films
             
Ozzy Gorgo - "L'écranophile", Ed : Galgal, 1988-2007, Page créée le 19 novembre 2005

 

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L'immoralité paie, si elle est soutenue par le hasard (Match point, film de Woody Allen, 2005)

   
   
   
                 
                       

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Non sans une certaine insistance, le film commence avec le hasard et se termine sur le hasard : la balle de tennis qui flotte au-dessus du filet, l'alliance de la vieille femme assassinée qui roule au bord de la Tamise. Hasard et destin, thème banal. Tout aurait pu basculer dans l'autre direction. Nola aurait pu ne pas être tuée, Chris aurait pu finir sa vie en prison. Mais justement, ce n'est pas ce qui a été choisi par le réalisateur : Nola mourra, et Chris poursuivra sa carrière. Peu nous importe, d'ailleurs, cette carrière (si conventionnelle qu'elle n'en a presque pas d'existence), ce qui importe est la morale de l'histoire : l'immoralité paie, si elle est soutenue par le hasard. Chris a procréé deux enfants : l'un, dans la lignée de son histoire d'enfant pauvre, est emporté dans le néant, tandis que le second naitra une cuiller dans la bouche. Il aurait pu en être autrement. Ils auraient pu vivre tous les deux, se rencontrer, entrer en rivalité comme deux demi-frères ou deux demi-soeurs. Mais non. Le choix du réalisateur est clair : Chris assassine son propre passé. Il obtient ainsi la garantie que sa vie future ne sera pas une vie, mais une mort prolongée. Il n'échappe pas à Nola, car il se transforme, lui aussi, en cadavre. Il renonce pour toujours au désir. L'enfant qui n'a pas eu droit à la vie, c'est lui-même.

 

 

On peut donc annuler sa propre naissance : belle découverte. En ce sens ce film est très contemporain. Absorbé dans sa famille d'accueil, Chris n'aura plus jamais ni passé, ni futur. C'est l'idéal de la finance. Rien d'autre ne compte que le taux de profit de l'année en cours.

Woody Allen, probablement sans le savoir, démontre une conception lévinassienne du monde. Sans morale, il ne peut plus y avoir de désir, car le désir est exigence morale.

 

 

 


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2005.AL.GHE

zm.Allen.2004

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