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Sources (*) : L'espace de dissémination               L'espace de dissémination
Nimos Kefa - "Déambulations dans l'espace vocal", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 12 août 1994

 

Jeunes femmes dansant au son de la radio (Annees 1920) -

Dissemences et dissémination

La voix s'est disséminée

Dissemences et dissémination
   
   
   
                 
                       

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Il y a ceci : La radio inaugure l’ère de la dissémination. Je parle ici de l’essence de la radio, pas du phénomène historique qui va de son invention (vers 1895) à sa généralisation (vers 1920). L’essence de la radio anticipe largement sa découverte. Tout le 19ème siècle y concourt. Mais quelle est cette essence? C’est cela : les voix sont dispersées. Et si chaque voix légifère à sa façon, si chaque voix ne s’autorise que d’elle-même, alors la cacophonie menace le monde. Peut-être, un jour lointain, à une certaine époque, il n’y aurait eu qu’une loi. Peut-être... mais désormais les lois sont multiples. Il n’y a plus une seule communauté à laquelle les rapporter, mais au moins quelques’unes, voire beaucoup, voire (plus probablement) un nombre indéterminé. Si le nombre de lois (c’est-à-dire de logiques susceptibles de fonder des lois) est indéterminé, alors peut-il en être autrement du nombre de voix? Eh non, et le nombre de voix est aussi devenu indéterminé, entre zéro et l’infini, ce qui laisse grand ouvert le nombre Un, celui de la voix unique. On se trouve en pleine confusion. Le nombre de voix n’est plus en rapport avec le nombre d’âmes, et ça, c’est une tragédie. Il y a parfois plus de voix que d’âmes (en comptant celles de la radio), et parfois moins (certaines âmes partagent la même voix : celle de la radio, justement, ou celle de la télévision, ce qui ne vaut guère mieux). Il n’y a pas qu’une puissance légiférante, il y en a des ribambelles, et aucune n’est disposée à céder du terrain! Alors, les voix prolifèrent, et La voix tente d’en profiter pour se réserver un chemin trouble. Voilà qui nous mène loin!

Un certain inventeur génial appelé de Forrest (qui a découvert la triode, cet objet qui sert d’amplificateur et aurait été le point de départ de l’électronique) a trouvé le terme adéquat pour désigner l’effet dont je parle : broadcast. C’est ce qu’on traduit en français par radiodiffuser. Mais en anglais, originellement, broadcast, c’est : semer à la volée. Cette précieuse semence qu’est la voix, au lieu de l’utiliser précautionneusement conformément aux règles séculaires de l’humanité, cette semence vocale, on la sème à tout vent. N’importe quel souffle peut s’en emparer. Ça ne se passe plus entre quelqu’un et quelqu’un; ça se passe un peu partout, entre quelqu’un et tout le monde, voire, et c’est bien pire, entre tout le monde et tout le monde. Voilà qui semble superficiel; mais chacun d’entre nous en est intimement bouleversé. Chacun est écartelé entre ces multiples semences stériles ou fécondes indépendamment de toute volonté. Chacun perd sa voix et récupère un nombre indéterminé de voix, un échange dont le bilan global n’est ni positif ni négatif, mais bousculant, comme on bouscule une jeune fille.

Jeunes femmes dansant la polka au son de la radio (photographe anonyme, Années 1920).

 

 

L’origine du phénomène remonte à la nuit du savoir. Déjà, les sirènes promettaient l’acquisition d’un savoir cosmique. C’était une bande de nymphes (une sorte de Big Band musical) qui chantait en groupe avec une harmonie parfaite. Cette harmonie les rendait séduisantes et donnait aux marins de passage l’envie de se joindre à elles. Nul ne leur résistait, mais nul n’ignorait leur dangerosité. On pouvait les éviter ou s’attacher aux mâts. Leur concert se dévoilait explicitement comme concert dans des conditions de temps et de lieu prévisibles à l’avance, ce qui permettait de prendre les précautions adéquates. Aujourd’hui, on sait qu’il n’y a pas de savoir ultime; et par conséquent, si aucun savoir n’est le dernier, s’il y a toujours un savoir après l’autre, alors aucune voix n’est originelle. La communauté des sirènes s’est effondrée sous ce coup de butoir. Elles se sont dispersées dans la nature, dans la culture et dans la ville. Il y en a dans tous les coins. Elles ne prennent même plus la peine de se déguiser en nymphes ni d’harmoniser leur chant. A quoi bon? Chaque savoir en recouvre un autre, et tous les savoirs sont valides. Elles chantent sur le modèle du réseau Internet, mais l’univers entier est leur réseau. Elles arrivent sans prévenir. On peut les toucher de partout. Leur séduction n’a pas de limite, elles vous agrippent. Il y en a pour tous les goûts et couleurs, tous les déguisements sont acceptables et toutes les ruses sont permises. Ulysse aurait-il résisté à une telle dissémination?

Cette dissémination, je l’appelle aleph. Elle donne à la lettre un autre statut, qu'on peut observer dans la peinture.

Le fondement se dissémine au risque de ne plus être perçu comme fondement.

 

 

 


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