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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le dessin                     Derrida, le dessin
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 4 août 2006 Hypothèse de la vue : la restituer

[Derrida, le dessin]

Hypothèse de la vue : la restituer Autres renvois :
   

Derrida, le trait et son retrait

   

Derrida, la peinture

   

Derrida, la vue, la vision

Il faut à l'oeuvre un sacrifice, un retrait Il faut à l'oeuvre un sacrifice, un retrait

Derrida, l'image

                 
                       

Dans deux de ses textes sur le dessin (Mémoires d'aveugle (1990) et +R (1975, publié dans le recueil La vérité en peinture), Derrida l'associe au mouvement d'une supplémentation. On retrouve cette idée dans les autres propos qu'il tient sur l'art, qu'il s'agisse, entre autres, de poésie ou de photographie. Pour qu'il y ait dessin, il faut qu'il y ait d'abord eu aveuglement, exposition à l'invisible. Commencer à dessiner, tracer un trait sur le papier, implique de cesser de voir, ne serait-ce que le temps d'un clin d'oeil. Une logique de la substitution n'est possible que parce qu'il y a eu préalablement retrait de la vue. La substitution ne peut entrer dans l'économie mimétique que parce qu'il y a d'abord eu mise à mort du modèle, du paradigme dont le dessin est le reste.

Telle est son hypothèse de base : le dessin se substitue à la vue en la rendant. C'est un don, une bénédiction qu'il procure avec surabondance, au-delà même de la vision, par l'audition ou le toucher. A l'origine, sa logique est celle de l'invisible.

Il y a dans le dessin une double dimension qu'on trouve aussi dans la peinture. D'une part, ce qu'il laisse (le dessin achevé, complet) est l'objet du discours, voire de la loi. Mais d'autre part, le mouvement qu'il implique est hétérogène au langage. Le dessin tue le père (la chose dessinée). Il est hors-langue, jamais complètement né, empêtré dans le subjectile, comme Artaud, dont chaque dessin porte un coup au destinataire.

Le dessin est un simulacre qui fait croire en un modèle. Cela (la chose, le modèle, le référent), Derrida l'appelle paradigme, car lui aussi est produit par le dessin.

Un dessin est toujours une interrogation sur sa propre possibilité. C'est le cas de l'autoportrait, qui n'est reconnu comme tel que sur la base d'un indice, d'un titre ou d'un appel à la mémoire (il ne se suffit pas à lui-même) - par le spectateur auquel est assignée la place de l'interprétant. Le portrait qu'Adami a fait de lui ne procède pas autrement. Le narratif, l'allégorique et d'autre types d'écriture s'y croisent.

Aujourd'hui, entre la main et la machine, la signification et la possibilité même du dessin sont à penser. Comme la musique ou l'écriture, c'est une expérience qui résiste à la visibilité de l'espace public et au concept grec du politique.

 

 

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Propositions

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Dans l'acte de tracer, le trait du dessin s'éclipse, se retire; dans ce qu'il sépare ou différencie, rien ne lui appartient, pas même sa propre trace

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Dans le battement d'un clin d'oeil se trace le trait du dessin, entre la vision et son retrait

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En se retirant, le trait du dessin laisse une parole, une rhétorique qui articule un ordre du discours

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[Hypothèse de la vue : dans le dessin ou la peinture, il s'agit de restituer la vue par suppléance, supplémentation ou substitution]

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Il y a, à l'origine du dessin, deux logiques de l'aveuglement : transcendantale (sa condition de possibilité) et sacrificielle (son économie)

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Tout dessinateur est aveugle, ou sinon c'est l'opération du dessin ou le dessin lui-même qui compose avec l'invisible

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Le dessin met en scène un travail et une jouissance quant au reste

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Dans le dessin d'art, un "clin d'oeil" entretient le battement de la différance

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Dans le dessin, il y va de l'expérience du trait et de l'espacement : une expérience "autre" de la différence, irréductible à la logique binaire ou à la visibilité diurne

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Le dessinateur raconte l'histoire du "modèle" comme celle d'un paradigme qui nous hante parce que nous le croyons "premier"

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Le dessin est ce qui reste d'une mise à plat, une mise à mort d'un paradigme

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Dans un dessin ou une peinture, une lettre - trait ou forme - se donne à voir hors langue

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Chaque dessin d'Artaud porte un coup, s'attaque à son destinataire en installant violemment la chose même dans son oeil

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Le trait maintient ensemble le dessin en une quasi-complétude que la couleur, qui vient en plus, transgresse avec violence

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[Les impouvoirs de l'oeil donnent au dessin sa ressource, quasi-transcendantale - que nomment aussi les discours de la théologie négative (retrait du dieu invisible)]

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"Cela" (le modèle ou paradigme du dessinateur) qui reste sans exemple, s'est tiré (retiré) pour laisser place à la lignée des dessins

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Jacques Derrida, allégorie du dessin

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Il n'y a pas d'autoportrait; s'il y en avait, il assignerait d'abord sa place au spectateur

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La lecture, comme le dessin, écoute en regardant

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A l'origine du graphein (écriture ou dessin), il s'agit d'observer la loi, d'ordonner par une archive, par la grâce du trait, la vérité à la dette

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L'aveugle, comme le dessinateur, se sert des mains pour échapper à l'obscurité, tandis que les prisonniers de la caverne platonicienne font appel aux idées et à la voix

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Aujourd'hui, dans une configuration historique sans précédent, entre la main et la machine, la possibilité et la signification du dessin restent à penser

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Dans tout dessin digne de ce nom, un mouvement reste absolument secret, séparé, en retrait de l'espace public, et résiste au politique

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Pour avoir enseveli les morts, Tobit reçoit en surabondance une bénédiction dont il doit se faire le scribe

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Il y a dans tout dessin d'aveugle un autoportrait du dessin dans son origine, qui spécule sur sa propre possibilité

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L'autoportrait, comme n'importe quel dessin, paraît toujours dans la réverbération d'une autre voix ou de plusieurs voix, qui en appellent à la mémoire

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La lettre, dans le dessin, fait événement : elle troue l'espace du tableau, l'articulation du discours et aussi le langage

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Adami fait appel, dans le dessin, à d'autres types d'écriture : littéraire, politique, historique

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Artaud utilise trois fois le mot "subjectile" pour parler de ses dessins

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