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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, auto - immunité                     Derrida, auto - immunité
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 25 octobre 2006 L'oeuvre intacte, et contaminée

[Derrida, auto-immunité]

L'oeuvre intacte, et contaminée Autres renvois :
   

Derrida, le propre, exappropriation

   

Derrida, auto-affection

   

Derrida, dédoublement, duplicité

Derrida, l'indemne

                 
                       

1. Une loi indépassable.

Même si le mot est emprunté à la médecine, c'est un concept typiquement derridien. Il ne s'entend pas sans la différance, car pour autant qu'il faille s'immuniser, c'est contre cet autre hétérogène et inassimilable. Il y a auto-immunité quand ce qui est menacé (par exemple le moi, la société) est lui-même infecté par l'élément étranger. Pour se protéger, il multiplie les défenses (encadrements, arrêts, conjurations, refoulements) qui contribuent à le conduire soit à la mort, soit à aggraver le danger. Selon Jacques Derrida, ce double mouvement vaut pour toutes sortes de processus, pour la vie et pour l'existence en général. C'est une loi "irréductible, invincible et indépassable". En s'accumulant au lieu de se décharger, les forces impliquées tentent de différer indéfiniment l'arrivée au but - comme dans la pulsion de mort freudienne.

La réaction immunitaire n'est pas un événement soudain, nouveau ou imprévu. Elle se déclenche parce que, dès l'origine, il y a infection. Quelque chose d'autre, une citation, un pharmakon, a provoqué une allergie. La chose, qui se vit comme propre, est menacée. Ce surgissement a toujours été là; la chose ou l'être apparemment indemne était déjà impropre. Il faut le/la sacrifier.

 

2. L'indemne, le sacré.

Le schème d'auto-immunité domine la pensée et la philosophie occidentales depuis Platon, qui s'en est servi dans son analyse de l'écriture. Non sans abus étymologique, on peut l'associer au double sens du sacré dans les langues indo-européennes (Benveniste). Selon Derrida, la religion, la raison et les technosciences sont impliquées dans la même logique paradoxale, celle de l'auto-immunité de l'indemne. Une source unique (le lieu de la croyance, de la fiabilité, de la fidélité et de la foi) se divise en s'opposant à elle-même. Tout ce qui semble familier ou rassurant comme la famille, l'identité, l'idiome est affecté par ce mouvement d'exappropriation où l'appartenance et le déracinement sont inséparables. On peut analyser des événements comme le retour du religieux ou le 11 septembre 2001 sur la base de cette logique, et aussi des phénomènes qui juxtaposent l'autorité et la révolte, comme le droit de regard.

 

3. Le travail de l'Un.

Ce mécanisme opère à chaque fois que de l'Un s'affirme et s'institue. Sa violence travaille toute communauté. Menacée par un intrus, elle décide de se purifier en désignant un bouc émissaire. De même qu'Athènes nourrissait des étrangers pour les sacrifier, la technoscience actuelle s'en prend, parfois cruellement, au corps et au sexe pour se venger contre la machine. On ne peut combattre les effets pervers de la télé-technologie qu'en s'appuyant sur eux, en se servant de la technique comme d'un objet magique (apparemment indemne), mais qui contribue à défaire toute identité.

La loi est fondée et conservée par le même mécanisme : instaurée par la force, elle est constamment menacée par un nouveau retour de violence (ou par une autre décision exceptionnelle) qui, pour employer une image de Walter Benjamin, pourrirait le droit.

L'auto-immunité intervient dans les pires crimes, dont aucune institution ne sort indemne (ainsi la Shoah).

 

4. Déconstruction, oeuvre.

Et la déconstruction elle aussi, en tant qu'elle introduit partout un principe de contamination, est prise dans ce processus. Il n'est pas facile de s'en tenir à l'écart. Ainsi Jacques Derrida lui-même n'échappe pas aux effets d'hyperbole ou de surenchère - par exemple dans son rapport au judaïsme.

Fabriquer une oeuvre, c'est tenter de la finaliser tout en préservant son mouvement, autre forme d'auto-immunité.

 

 

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Propositions

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La loi d'auto-immunité, qui diffère indéfiniment l'arrivée au but, est irréductible, invincible et indépassable

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Un schème domine la philosophe occidentale : une bonne écriture (naturelle) opposée à une mauvaise (artificieuse) ne peut être désignée que dans la métaphore de la mauvaise

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Un mouvement quasi-machinique d'exappropriation attache et arrache, selon une logique d'auto-immunité, à la religion, la famille, l'identité, l'ethos, le lieu, l'idiome, etc...

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La différance est l'accueil de l'autre en-dedans

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Le moi vivant est auto-immune : il accueille l'autre en-dedans et dirige, pour lui-même, ses défenses contre lui-même

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[Derrida, le pharmakon]

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Le pharmakon est un "bouc émissaire" nourri par la cité, puis sacrifié pour la purifier d'une infection après une crise

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L'écriture infecte la parole vive

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Ecrire veut dire greffer : incisions violentes de citations dans le texte, qui en contaminent le contenu

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Il y a, dans la déconstruction, une figure auto-interprétative [auto-affection] qui n'impose sa nécessité qu'en accumulant les forces qui tentent de la refouler [auto-immunité]

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Toute communauté est une "commune auto-immunité" : témoignant de l'héritage pour lequel elle se sacrifie, elle est travaillée en silence par la pulsion de mort

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La déconstruction, qui va toujours "avec" quelque chose d'autre, introduit dans tous les champs un principe de contamination, de transfert ou de traduction

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L'indemne, c'est l'être dans sa propriété

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L'indemne, le propre, n'est-ce pas la chose même de la religion?

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Pour que la chose s'affecte elle-même, il faut qu'elle se vive propre, non souillée, devant l'infection qui menace

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Il y a quelque chose de pourri au coeur du droit : une contamination différantielle qui ruine les oppositions, une déconstruction à l'oeuvre

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En indo-européen, la notion de "sacré" exige deux signes : positif (chargé de présence divine) [sanctus] / négatif (interdit au contact des hommes) [sacer]

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Le sacré est double : intact, intègre, digne de vénération quand il concerne les dieux; chargé d'une souillure ineffaçable, suscitant l'horreur quand il est maudit

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Dans sa duplicité, son ellipse originaire, la religion exige et exclut le sacrifice et la prière

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L'actuel retour du religieux, original et sans précédent, est aussi porteur d'une destruction radicale du religieux

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[Science et religion sont indissociablement liées, dans une logique d'auto-immunité de l'indemne]

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La religion et la raison ont la même source qui se divise en s'opposant à elle-même : le lieu de la croyance, de la fiabilité, de la fidélité, du fiduciaire et de la foi

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La religion croise deux veines irréductibles l'une à l'autre : croyance en un tout-autre auquel on peut accorder foi, crédit; expérience de l'indemne, du sacré ou du saint

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L'Un ne peut s'affirmer et s'instituer que dans la répétition où, pour se garder de l'autre, il se fait violence

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Le "droit de regard" est ambigu : c'est une autorité abusive; et c'est aussi la révolte contre cette autorité

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Une nouvelle cruauté allie la calculabilité technoscientifique la plus avancée à la sauvagerie la plus archaïque

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Devant le mal d'abstraction d'aujourd'hui, il n'y a ni salut, ni chemin, ni issue - car l'acte de foi y a toujours partie liée avec son opposition

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La singularité de notre temps, c'est que la nouvelle alliance ou Internationale ne peut se développer que sur les réseaux télé-technologiques qu'elle combat

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La technoscience, qui arrache à toute identité et filiation propres, favorise un usage magique, archaïque, de la machine et des artefacts

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Pour qu'il y ait oeuvre, il faut l'idée ou le désir d'une oeuvre légitime, achevée, signée, et aussi le procès d'écriture qui ne laisse pas intacte cette idée

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Quand le refoulé fait retour, il surgit de celui qui l'a chassé : le refoulant

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De la Shoah, aucune institution religieuse au monde ne sortit indemne, immune, saine et sauve

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Le 11 septembre est un symptôme d'auto-immunité suicidaire

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Une surenchère hyperbolique gouverne le rapport du Juif non communautaire au judaïsme : "Moins tu es juif, plus tu l'es"

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