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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, l'événement                     Derrida, l'événement
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 4 novembre 2006 Un ajointement inouï, l'événement dans l'oeuvre

[Derrida, l'événement]

Un ajointement inouï, l'événement dans l'oeuvre Autres renvois :
   

Derrida, une fois, une seule

   

Derrida, l'invention, l'avènement

   

Derrida, singularités

Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels Derrida, inconditionnalités, principes inconditionnels
                 
                       

1. L'événement digne de ce nom.

On peut entendre le mot "événement" sous au moins deux modes. Soit c'est un "événement" cadré, prévisible, programmé, qu'on peut produire en suivant certaines procédures définies à l'avance. Alors, tout se passe "comme si" un événement arrivait, mais c'est un faux événement, un semblant, un simulacre d'événement. Certes, ce pseudo-événement est unique, il peut éventuellement être daté et signé, mais il dépend de la réitération d'une formule-type, de la répétition d'une convention. S'il est répétable ou reproduisible à la manière des énoncés performatifs classiques, on ne peut pas le qualifier d'événement digne de ce nom. Il faut pour cela que survienne un autre type d'événement, daté lui aussi mais irrépétable, dont la force singulière est irréductible au simple pouvoir d'un performatif. Un tel événement résiste à la pensée. Il est, lui aussi, performatif, mais au-delà du performatif. Aucune condition de possibilité ne permet d'anticiper son émergence. C'est pourquoi on emploie parfois des mots excessifs pour le nommer, comme prodige, miracle ou génie.

Certains événements peuvent être rattachés à des cycles, comme la mort ou la naissance d'un enfant, d'autres font irruption en-dehors de tout horizon pré-établi, et d'autres encore sont le lieu d'un compromis singulier ou d'un paradoxe irrésolu entre ces deux types. On ne peut pas toujours distinguer entre ces catégories d'événements.

 

2. La déconstruction, oeuvre et événement.

Peut-être la déconstruction elle-même aura-t-elle été un tel événement. Avant d'être une pensée ou une philosophie, c'est une oeuvre (datée et signée). D'un côté, elle a lieu en ce lieu-là. Ce qu'il nous en reste enregistre la trace de l'événement. Mais d'un autre côté, en arrivant, elle a déconstruit le lieu même où elle s'inscrivait (la philosophie). Elle a affecté, désarticulé, l'expérience même du lieu, d'une façon qui n'est pas sans rapport avec les technologies d'aujourd'hui (ni localisation ni territoire assignable). Mais la déconstruction se dit à l'avenir plutôt qu'au passé. Les autres événements qu'elle appelle n'ont pas encore de nom.

 

3. Avoir-lieu.

Comme il n'est ni anticipable, ni prévisible, ni calculable, on ne voit pas l'événement venir. Les yeux qui se guident sur un horizon n'ont pas prise sur lui. Il ne répond à aucune demande préalable, n'obéit à aucun impératif. Il arrive comme une surprise, un décramponnement, une révolution qui bouleverse le droit, la politique et même l'éthique. Ainsi en est-il, par exemple, avec le véritable pardon (le pardon inconditionnel), cette folie, ou avec ce qu'on appelle un chef d'oeuvre, faute de mieux.

Et même quand l'événement n'est pas encore là, quand il est seulement possible, il hante déjà les énoncés. Dans son "peut-être", il nous affecte déjà, ici et maintenant. Et même s'il arrive dans un autre temps, après coup, quand une transformation ultérieure affectera son archive ou quand un récit mythique, poétique (par exemple celui du psychanalyste), lui donnera lieu, même alors, et même s'il n'a jamais été, il peut nous bouleverser, nous transformer.

Un événement n'a lieu qu'une fois, une seule. Même si sa date est prévue à l'avance - par exemple dans un rituel réglé comme la circoncision -, s'il appelle un déchiffrement, si sa blessure, illisible, fait passer du côté de l'autre, il inscrit sa marque à même le corps. Entre le secret comme tel, qu'il préserve intact, et son apparaître (son émergence surprenante ou stupéfiante dans le monde, sa génialité), la limite qu'il instaure est à la fois nécessaire et indécidable.

Pour toute oeuvre, on présuppose l'arrivée d'un événement singulier, mais l'idiome de l'oeuvre ne le révèle pas, il n'arrive qu'en s'effaçant, en devenant cendre. De cet événement qui aura rendu l'oeuvre possible, il ne reste qu'une trace qui aura eu lieu, mais qui n'a plus de lieu.

 

4. Une éthique de l'événement, celle d'aujourd'hui, le temps du "peut-être".

Ce qui arrive, aujourd'hui (ou depuis l'aube du 20ème siècle avec Nietzsche), c'est l'expérience inouïe, toute nouvelle, d'un peut-être qui ébranle les croyances, qui promet une autre pensée, dangereuse, messianique, une pensée de l'événement capable de faire venir, à terme, ce qui survient (téléiopoèse). Aucune réponse, aucune responsabilité ne peut abolir ce "peut-être" qui se présente comme un centre, mais hors de contrôle, incohérent, déporté hors de soi.

On pourrait peut-être, avec le "peut-être", annoncer une éthique (ou quasi-éthique à venir). Nous aurions pour tâche de laisser venir l'événement. Ce ne serait pas une posture de retrait ni de non-acte à la manière zen, ce serait un lourd travail, celui qui prend acte d'un don sans retour, la déconstruction, gigantesque labeur qui, sans nous déterminer, ne nous laisse jamais en repos. Ce serait aussi une obligation, une injonction (comme celle d'Artaud, qui exige chaque fois un autre "coup" singulier), une question sans destinataire préalable. Nous ne serions pas en attente d'un événement précis, mais de l'événement en général, celui qui, peut-être, va venir ou nous être donné comme l'effet de rien, toujours autre, sans cause, ni condition, ni contenu propre, celui qui arriverait comme un spectre, sans prévenir, et dont aucun programme, aucune machine logique ni textuelle ne pourrait fermer la veine. Cette éthique serait indissociable d'une politique d'un nouveau genre, une politique qui elle aussi arriverait sans prévenir, à la manière de l'amour ou de l'amitié.

 

4. Penser l'événementiel avec le machinique.

cf : Nous sommes pris dans un chiasme entre une anticipation qui annule l'avenir, et l'événement qu'on ne voit pas venir, qu'on attend sans attendre ni horizon d'attente.

[Puis :]

cf : Pour penser ensemble l'événement et la machine, il faudrait une forme conceptuelle inouïe, une autre pensée qui change jusqu'au nom et à l'essence de la pensée.

Il faut dans le même temps, à la fois, que quelque chose arrive, et qu'il y ait des buts, des objectifs, des perspectives, des programmes.

Prenons l'exemple d'un poème. Dans l'acte de son événement, il fonde une poétique à laquelle il se mesure. Il en témoigne, il la promet, il l'invente, il s'y réfère, il la fait. Il la signe et la donne à lire au-delà de lui-même, dans son corps verbal et dans l'autre, dans le monde. Ce qui est extravagant, inouï dans cet acte, c'est qu'en faisant surgir l'événement, il appose son sceau. Le surgissement de l'imprévisible se fixe immédiatement et irréversiblement dans une forme visible. Cet effet de coupure, "comme si" un événement arrivait (mais l'événement est comme l'invention, il ne peut pas s'identifier lui-même, il faut qu'il soit reconnu par un autre, un héritier), est un coup de force.

On peut mentionner, avant même ces événements, un autre événement ou archi-événement : le sacrifice qu'opère toute oeuvre quand, instituant un nouvel ordre, elle laisse abandonné, en ruine, un autre monde, perdu.

 

5. Responsabilité, reconnaissance.

Quand un événement surgit, d'urgence, nous en sommes responsables. Par exemple, nous sommes responsables de Marx, même si nous n'acceptons qu'une partie de son héritage. Nous sommes responsables de la psychanalyse, de la photographie et du droit de regard qu'elles posent. Nous sommes responsables de la justice, de l'autre - et aussi de la déconstruction, car elle non plus ne se programme pas à l'avance, elle dépend de ce qui arrive, aujourd'hui, dans le monde. Nous sommes même responsables d'un dessin, s'il fait événement.

Et n'oublions pas la vérité. Quand elle arrive, ou plutôt quand ça arrive, le vrai, on ne peut ni le révéler, ni le dévoiler. Ça s'avoue tout seul en faisant oeuvre : alors ça transforme, ça travaille, ça change le monde. On est responsable de ça comme du reste. Mais même en après-coup, ça ne se dira jamais.

L'événement est ce qui vient, la différance inappropriable, l'autre hétérogène qui ouvre un espace messianique. Bien que sa venue soit toujours incalculable, on peut lui garder une place, comme on le fait, dans la tradition juive, pour le prophète Elie.

 

 

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Propositions

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Ce qui arrive peut-être, avec Nietzsche et la transmutation d'aujourd'hui, c'est le peut-être même, l'expérience inouïe, toute nouvelle, du peut-être

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Notre époque est celle où l'on commence à penser l'événement d'un centre déporté hors de soi

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La date est le nom propre de l'événement singulier, capable de survivre

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La première figure de l'arrivant absolu, de l'origine d'un monde, c'est la naissance d'un enfant

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La vérité de l'enfant se pense au-delà de tout héritage, elle ne s'invente ni comme dévoilement, ni comme création, mais comme événement, traduction et allégorie

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Une déconstruction conséquente est une pensée de la singularité, donc de l'événement

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Nous sommes pris dans un chiasme entre une anticipation qui annule l'avenir, et l'événement qu'on ne voit pas venir, qu'on attend sans attendre ni horizon d'attente

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La révolution future sera l'avènement de l'événement : victoire d'un contenu propre, qui ne soit pas la répétition d'une phraséologie passée

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L'autre éthique à-venir est "ce qui vient", "ce qui arrive", une hétéronomie où l'autre est ma loi

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Un événement ne s'identifie jamais avec lui-même : il s'ex-approprie, se perd dans la répétition où il se rend lisible

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La structure de l'invention est singulière : c'est un événement que n'annonce aucun horizon d'attente, mais qu'un autre, un héritier, doit reconnaître

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Là où il y a performatif, c'est "comme si" un événement arrivait - mais un événement digne de ce nom est "au-delà" du performatif

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Rien ne garantit la réussite des effets de signature, qui impliquent 1/ une forme itérable 2/ un événement unique, singulier 3/ la non-présence du signataire

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Pour penser ensemble l'événement et la machine, il faudrait une forme conceptuelle inouïe, une autre pensée qui change jusqu'au nom et à l'essence de la pensée

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Chaque fois qu'un spectre est présent, c'est l'événement même, tout autre

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La singularité de l'événement, voilà la chose de la différance

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Si la déconstruction, c'est "ce qui arrive", on ne peut déconstruire qu'à partir de ce qui arrive, aujourd'hui, dans le monde

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Il faut penser l'événement à partir du "Viens" qui se dit à l'autre et qui ouvre un espace messianique

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Le "messianique", c'est laisser venir l'autre, s'exposer à la surprise absolue de sa décision, sans rien en attendre

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Pour toute oeuvre, un événement singulier est présupposé : une trace qui n'advient qu'en s'effaçant, n'arrive irréductiblement, dans son idiome, qu'à devenir cendre

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L'"avoir-lieu" de la déconstruction, c'est l'enregistrement de cette "chose", la trace qui trace, où l'événement affecte l'expérience même du lieu

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En impliquant d'avance le destinataire sur le mode du peut-être, certaines phrases "auto-téléiopoétiques", qui ne disent rien, font venir à terme ce qui survient

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Même si l'on parle pour ne rien dire, même si le discours est négatif, s'il n'a ni sens ni référent, s'il est sans lieu : il a lieu, il est la trace d'un événement qui l'aura rendu possible

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La structure anasémique appelle un récit mythique, poétique : celui d'un événement pré-originaire qui, sans avoir été, aurait eu lieu

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Une logique téléiopoétique, quasi-messianique, hante tous les énoncés : il suffit qu'un événement soit possible pour que, peut-être, il soit déjà arrivé

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La justice puise sa source dans ce qui doit se rendre à la singularité de l'autre : antérieure à tout présent, plus ancienne que la mémoire même, elle vient comme l'avenir

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L'arrivance messianique est un concept impossible mais urgent, car il y va de la justice

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Le pardon inconditionnel est fou : c'est une surprise, une révolution, un événement hétérogène à la politique et au droit, une éthique au-delà de l'éthique

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On peut lire la "stricture" comme un cramponnement, que seul un événement idiomatique, illisible, pourrait décramponner

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L'amitié n'est pas réductible à ses conditions de possibilité : elle a lieu, c'est un événement

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Comme tout ce qui n'a lieu qu'une fois, la date résiste à la pensée

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Aucune réponse, aucune responsabilité, n'abolira jamais le "peut-être" qui ouvre à jamais le questionnement

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La force d'un événement est irréductible au pouvoir d'un performatif

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La fonction des yeux est de voir venir ce qui vient en face, du fond d'un horizon; ils n'ont pas prise sur l'événement qui arrive

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A même le concept de la décision, de l'événement et de la responsabilité, s'inscrit leur loi structurelle : l'urgence absolue

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Une oeuvre est un événement sacrificiel, apocalyptique, qui ruine ce qu'il met en ordre et implore la résurrection de qu'il ruine

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Une oeuvre peut être vue comme événement d'auto-affection de la scène primitive

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En disant "comme si", nous faisons une chose troublante qui ressemble à un simulacre; nous supposons qu'un événement a lieu

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La génialité consiste à donner naissance à l'oeuvre comme événement, en coupant avec toute généalogie, genèse et genre

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La génialité est l'événement absolu qui assigne une limite indécidable entre le secret comme tel, et son apparaître phénoménal

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Par ses effets de coupure, une oeuvre fait surgir l'événement sur lequel elle appose son sceau

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Il y a vérité quand ça arrive, quand ça fait oeuvre, ça transforme, ça travaille, ça doit être avoué : alors la pulsion de vérité fait advenir et changer le monde

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Un poème promet, dans l'acte de son événement, la fondation d'une poétique

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La circoncision est une blessure à déchiffrer, comme le poème

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Intituler un texte est un événement, un coup de force qui lui donne sa loi et en fait une institution

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Aucun programme, aucune machine logique ou textuelle ne fermera la veine qui laisse sa chance à l'événement

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Les télétechnologies transforment de fond en comble la structure du contenu archivable, dans ses événements et dans son rapport à l'avenir

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Marx est l'événement unique d'un messianisme de type nouveau, qui a imprimé sa marque inaugurale dans l'histoire

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S'il y a de l'époque, du champ historique, alors psychanalyse et photographie forment un seul événement et posent la même question, celle du droit de regard

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La voix d'Artaud nous enjoint d'exiger le "coup" singulier, l'événement, contre la reproduction technique, génétique ou généalogique

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La circoncision n'a lieu qu'une fois

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Elie est le prophète dont la venue est imprévisible, incalculable - mais pour lequel une place doit être gardée

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Jacques-Elie Derrida est celui qui annonce la téléiopoèse, cette structure messianique

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La lettre, dans le dessin, fait événement : elle troue l'espace du tableau, l'articulation du discours et aussi le langage

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L'événement du Ich - ce "je" que, à travers Adami, Derrida expose comme un autre -, c'est que le sans-voix troue son écriture

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