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Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le livre                     Derrida, le livre
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 7 mars 2007 Du "hors livre" au "livre à venir"

[Derrida, le livre]

Du "hors livre" au "livre à venir" Autres renvois :
   

Derrida, l'archive

   

Derrida, écriture et archi-écriture

   

Derrida, le texte

Derrida, le texte quatrième, le hors-livre

                 
                       

1. L'organisation et l'autorité du livre.

Le livre-codex, tel que nous le connaissons, se présente comme un ensemble fermé, une totalité naturelle organisée en lignes, pages et chapitres. Cette structure unidimensionnelle peut être rapprochée de la conception classique du temps ou de l'organisation hiérarchique de l'économie et de l'espace dominante dans la tradition occidentale : la civilisation du livre.

Dans son fonctionnement classique, le livre se présente comme le substitut d'un dialogue vivant ou d'une conversation. Son autorité tient à la parole supposée d'un auteur ou d'un scribe qui appelle une réponse en termes de vérité. Tout se passe comme si le sens dont le livre est porteur lui préexistait, dans son idéalité, indépendamment de sa forme - comme si la conversation originelle pouvait et devait perdurer dans une présence éternelle. Mais il en est du livre comme de toute écriture, de toute trace : il est pris dans une structure d'itérabilité. Ce qui est transmis n'est pas un sens, mais une marque coupée de son origine, orpheline, un reste radicalement séparé de toute conscience ou intention initiale.

Qu'est-ce qui donne le droit d'appeler "livre" un certain objet - dont la forme a varié historiquement, du papyrus au rouleau, de la tablette d'argile au codex? Pour Derrida, le critère n'est pas technique, mais juridique. Il n'est lié ni à un contenu, ni à une forme, mais à un statut, une position juridique et politique, une visée. Un livre rassemble en un lieu stable, institutionnel, des textes qui sont supposés s'inscrire dans une figure d'unité et de totalité, un horizon.

 

2. L'archi-écriture, dans le livre et hors du livre.

Pour qu'une telle organisation vienne à l'être, il a fallu oublier ou rendre illisible une autre écriture dont le mouvement opère dans le livre comme dans tout écrit. C'est cette autre écriture qui fait retour aujourd'hui dans de nombreux domaines : cybernétique, mathématiques, biologie, cinéma ou danse. Porteuse d'une énergie disséminatrice, aphoristique, qui excéde la parole et efface les limites traditionnelles du langage, cette écriture brise le sujet, elle se soustrait à la parole vive. On n'y invoque plus la voix présente à soi ou identique à soi d'un interlocuteur, mais une marque.

 

3. Préface, hors-livre.

La question de la préface se pose pour n'importe quel livre. Faut-il l'introduire par une prescription, un avertissement, un avant-propos, un exergue, ou quelque autre élément venant avant le texte lui-même? Et quelle serait la fonction de cette introduction? Si elle se réduisait à la présentation du texte, elle ferait double emploi avec lui, ne servirait à rien, s'effacerait elle-même, se détruirait. Or on écrit des préfaces, des introductions. Dans le champ philosophique, Hegel lui-même, malgré toutes ses réserves, en a écrit pour introduire à sa Science de la Logique ou à sa Phénoménologie de l'Esprit. S'il l'a fait, c'est parce qu'il ne fallait pas commencer par le texte lui-même, mais par une doublure. Il fallait ajouter quelque chose de plus. Pourquoi le texte ne suffit-il pas? Pourquoi faut-il obéir à cette loi de la dissémination?

C'est que la préface n'est pas là simplement pour expliquer le texte. En plus de sa fonction traditionnelle (l'anticipation d'un sens), il y a autre chose, un reste, un déchet qui ne se montre pas, ne s'exhibe pas. Ce reste est irréductible. Il dédouble la préface, la divise : d'un côté elle est dans le livre; d'un autre côté, elle est dehors, elle s'y greffe obliquement. C'est un texte hybride, biface, le lieu d'un écart, d'un espacement. Sa place est celle du limes, du liminaire, ce lieu limite, marginal, où des marques mettent le texte en mouvement, en marche, à partir d'éléments extérieurs, indiciels (ses conditions empiriques de production, le "je" du signataire, etc...).

Jacques Derrida appelle hors-livre un texte quatrième, invisible, tout autre, exclu, qui vient en supplément par rapport au discours, qui introduit dans le texte une autre loi, une différence séminale, un reste ou un germe inéliminable. En général cette semence est déniée, mise entre parenthèses. Soit elle se perd (elle reste au fils sans être réappropriée par le père, c'est la loi interne de l'écriture); soit le père, dans sa sublimité, la retient, la maîtrise, la récupère (retour au narcissisme du père, à la sémantique du livre).

Le hors-livre n'est rien, mais il précède le texte, le met en marche. A l'écart de toute connaissance, de toute explication, de toute saturation sémantique, il fait perdre la tête. C'est pourquoi on tend à l'oublier et, aujourd'hui, à supprimer carrément les préfaces, les abandonner. Dans ce cas, les marques ne se trouvent plus aux marges du texte, mais dans le texte.

Jacques Derrida, lui, a écrit des prologues, des avertissements, des exergues, et même des préfaces. Ses trois livres princeps publiés en 1967 peuvent être considérés, à eux trois, comme une quasi-préface de son oeuvre - ou plutôt, comme il l'a écrit, comme une quasi-préface d'un texte à venir où s'écrirait le commencement de l'écriture (pas moins). Un tel texte, comme il l'a écrit dans d'autres préfaces, laisserait venir un livre dont les limites ne laisseraient intacts aucun des critères actuels de légitimité du livre.

 

4. Des menaces sur le vieux livre.

Tant que l'écriture linéaire pouvait s'appuyer sur la forme-livre, les résistances à la linéarisation étaient refoulées. Mais les nouvelles pratiques d'archivage, d'information et de communication réduisent massivement la part de la parole, de l'écriture phonétique et du livre. Celui-ci ne se présente plus comme unité ou totalité; il est dé-limité, enfermé dans sa clôture. On peut dire que cette clôture est sa fin (l'époque de la phonè touche à ses limites), mais pas sa mort (il y a toujours des livres). On peut dire aussi que cette clôture n'est pas sa fin : c'est l'épuisement d'une parole (celle de l'archonte) qui assurait son privilège. Même si l'objet-livre perdure, le bouleversement des rapports entre art, technique, économie, littérature, fait entrevoir la mort de la civilisation sur laquelle il reposait.

Quand les nouveaux modes d'inscription se démocratisent, se sécularisent, on tend à sacraliser les anciens, à réinterpréter de manière quasi religieuse leurs rythmes, leurs instances de décision et sa production. C'est ce qui arrive aujourd'hui avec le livre-papier. Plus il recule, et plus ses modes de légitimation sont fétichisés.

 

5. L'autre livre.

Quand les normes du vieux livre sont mises en péril, on espère que d'autres formes prolongeront autrement la fonction traditionnelle du livre-codex (l'unité d'un texte rassemblée linéairement, dans sa totalité, en un lieu unique). Mais ce qui émerge semble inacceptable, monstrueux, hors-la-loi. La transformation est visible et spectaculaire. On espère qu'un "autre livre" viendra sauver ou transfigurer les productions actuelles. Des auteurs comme Novalis, Mallarmé, Jabès, Lautréamont, Genet ou Artaud n'ont-ils pas anticipé ces transformations? Mais non, ce n'était pas une anticipation, c'était une marche vers l'inconnu. Ce qui arrive tend à prolonger les vieux fantasmes, et en même temps les détruit irréversiblement. Issu du vieux livre, l'"autre livre" en sort obliquement par la tranche plutôt que par la face. Le Livre de la Nature n'ayant plus lieu d'être, ce qui vient à la place est un simulacre, une fiction, une exception. Ce livre-là (si c'est encore un livre) ne complète pas le texte, il le précède. Il ne confronte pas son identité à celle des autres textes, il s'y consume. S'il procure du plaisir, ce n'est pas en affirmant sa cohérence, c'est en se démultipliant au-delà du tout.

C'est là que la philosophie retrouve une scène où s'inscrire. Ce n'est plus celle de la nature ou du savoir (la scène de l'être), c'est celle de l'excès, de la conjonction et de la mimesis (la scène de la dissémination). Cette autre philosophie est, elle aussi, héritée de la tradition. Elle ne s'improvise pas. L'agencement formel y est aussi rigoureux que sur la scène classique. Mais le livre n'y est plus un élément du tout. S'il faut encore un livre, un autre livre, alors, même s'il prétend apporter au livre classique son salut, c'est aussi un autre nom du hors-livre, une marque du tout-autre.

 

6. Derrida, ses livres.

Dans sa pratique d'écriture, Jacques Derrida ne cesse de faire signe au hors-livre. Chacun de ses textes est à la fois un élément du système (logocentrique), et un élément de l'autre système, celui qui, faisant signe vers un autre texte, n'a pas de nom. D'un côté, il écrit des livres, et d'un autre côté, il faut que ce qu'il écrit ne revienne pas au livre. Cela implique deux obligations : (1) Produire sans cesse de nouveaux suppléments; (2) faire en sorte que, jamais, la lettre ne soit indivisible. Il prend appui sur la turbulence générale qui affecte, aujourd'hui, la forme-livre, pour expérimenter des pratiques singulières qui déchirent l'unité du livre.

Une des voies pour entretenir la divisibilité de la lettre est une utilisation extensive des renvois et citations, sous une forme spécifique, débordante : la citation contaminatrice. Ainsi l'opération textuelle s'ouvre-t-elle au jeu, à l'indécidable et au blanc. L'écriture peut se consumer dans la lecture d'autres textes, tout en se déclinant elle-même.

 

7. Le livre à venir.

L'analyse d'un mode d'écriture encore inconnu, d'un "livre à venir", suppose la prise en compte d'un double fantasme dont il est difficile de se déprendre : soit la fin du livre (sa dispersion, sa dislocation irrémédiables); soit la croyance dans le Grand Livre mondial des réseaux qui viendrait prendre la place du savoir absolu. Ce double fantasme est nécessaire, c'est lui qui fait lire et écrire. Mais si l'on veut s'ouvrir aux nouveaux modes opératoires, il faut renoncer à tout regret, toute évaluation, toute téléologie. Il faut privilégier l'analyse neutre, ni optimiste ni pessimiste, ni réactionnaire ni progressiste, ni romantique ni désespérée. Ce n'est pas seulement le livre qui se transforme, c'est le rapport du vivant à soi : entre les corps, les mains, les visages, les cerveaux, de nouvelles relations vont s'instaurer. Entre le "hors livre" et le "livre à venir", ce qui arrive n'est pas calculable.

Dans la tradition biblique, les Tables ont été brisées dès le premier jour. Elles n'appartenaient à aucun livre. Elles n'ouvraient pas une époque de certitude, mais d'errance. Ecrivant aux marges du livre, Jacques Derrida poursuit cette errance. Il voudrait transformer chacun de ses textes en auto-chirurgie, en auto-circoncision, cet acte rituel qui, mis en oeuvre, inscrit l'autre à même le corps, hors langage.

 

 

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Propositions

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Jusqu'à Mallarmé, le livre est un substitut de dialogue vivant

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Toute oeuvre écrite ne prend pas la forme d'un livre - même les bibliothèques, bientôt, seront dominées par des processus textuels qui ne répondront plus à cette forme

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Un livre est comme une bibliothèque : il rassemble en une unité, un lieu stable et institutionnel, des textes auxquels il confère un statut légitime, une position juridique et politique

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La question du "livre à venir" n'est ni celle de l'écriture, ni celle du support, ni même celle de l'oeuvre : c'est celle du droit à appeler "livre" une certaine totalité

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L'idée du livre, qui renvoie à une totalité signifiée/signifiante, est profondément étrangère à l'énergie aphoristique et destructrice de l'écriture

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Une "préface écrite" est double : d'une part elle redouble le sens du texte, et d'autre part elle se fait toute autre, texte quatrième, hors livre

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Une préface ne se réduit pas à la présentation d'un texte : il en reste quelque chose, hors-livre, un déchet, une tombée qui chute comme une écorce vide

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La préface, qui n'est ni dans le texte, ni hors-texte, pose la question du hors-livre, du liminaire : une démarcation qui met le texte en marche (ce qui se lit de la dissémination)

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Une préface est un texte hybride ou biface : elle se décolle d'elle-même, se divise, elle greffe et dissémine au-delà de ce qu'elle veut dire

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On peut considérer la préface d'un livre selon le chiasme : rester comme différance séminale / se laisser réapproprier dans la sublimité du père

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Dans une conception moderne du texte et de l'écriture, il n'y a ni préface, ni programme, ni rien qui précède le texte

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Aujourd'hui la préface semble désuète, archaïque, académique, car l'écriture disqualifie la rhétorique et le formalisme

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Mettre entre parenthèses le reste textuel (Hegel) ou l'anatomie (phallocentrisme de Freud ou Lacan), c'est la même dénégation

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Le leurre dont a vécu le premier livre est un centre où disparaît la parole vive, qu'on peut invoquer mais non répéter

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Le livre est la dissimulation d'une écriture illisible encore plus vieille que le livre, porteuse d'une interrogation radicale : la différance

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Ce qui se donne aujourd'hui à penser - une méditation de l'écriture qui passe l'homme, la raison, la science - ne peut s'écrire selon la ligne et le livre

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La forme du livre est désormais soumise à une turbulence générale : en l'interrogeant pratiquement, le procès d'écriture doit aussi la démonter

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En ne renvoyant qu'à sa propre écriture tout en se consumant dans la lecture d'autres textes, l'opération textuelle derridienne met en question l'unité du livre

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Avec Jacques Derrida, l'écriture ne revient pas au livre

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[La configuration des livres de Jacques Derrida est régie par un commandement : "Tu feras signe au Hors livre"]

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Manifeste derridien : il faut un livre qui marque le tout autre, au-delà de tout, dans et hors le tout, à l'exception de tout

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[La pratique citationnelle de Jacques Derrida est diverse et hétérogène : de la plus classique à la plus contaminatrice / disséminatrice]

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Ecrire un livre est une auto-circoncision, une auto-chirurgie

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A chaque mutation des techniques d'inscription et d'archivage, la démocratisation / sécularisation de l'écrit doit être légitimée par une nouvelle sacralisation

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Bien que la parole et l'écriture phonétique soient massivement restreintes par les nouvelles pratiques formelles, le livre ne meurt pas, il est enfermé dans sa clôture

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Avec le livre, on a refoulé tout ce qui résistait à la linéarisation; en désédimentant son unité, on bouleverse le lien entre art, technique, économie, littérature, théorie

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Avec la mort de la civilisation du livre, ce qui s'annonce est une nouvelle situation de la parole : sa subordination dans une structure dont elle ne sera plus l'archonte

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La fin de l'écriture linéaire est bien la fin du livre

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Sachant que la saturation sémantique est impossible, nous laissons aujourd'hui la dissémination nous faire perdre la tête

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La consumation du livre, comme celle de l'hymen, ne commence ni ne finit jamais

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[Derrida, le quatre, le texte quatrième]

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Entre la clôture du livre et l'ouverture du texte, un mouvement d'errance répète l'époque du livre et donne à penser son retour

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Le sujet se brise en se représentant dans le mouvement par lequel le livre, articulé par la voix du poète, se plie et se relie à soi

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Le projet d'un livre qui s'ajoute au tout, à la jonction du programme et de son reste, se tient sur la tranche du livre fermé

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L'oeuvre photographique est photographie de photographie, mise en abyme, livre sans mot, sans énoncé, et même sans image

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Dans la coupe multiple où se produit la dissémination, au-delà du tout, le plaisir littéraire a lieu

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[Le "hors livre" derridien annonce le "livre à venir"]

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Devant la catastrophe qui menace le livre, on peut attendre ou espérer qu'un "autre livre" le sauve ou le transfigure - mais un tel livre ne pourrait être que hors-la-loi, monstrueux

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On ne peut parler sérieusement du livre à venir qu'en renonçant à toute téléologie eschatologique, à toute évaluation

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La forme du livre à venir s'annonce dans la tension entre deux figures extrêmes, fantasmatiques : une dispersion irréversible du codex total; un projet de livre mondial, absolu et infini

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Le livre a son origine hors de lui (la restance du hors-livre), et aussi son modèle (la création par le Verbe ou le logos, le Livre de la Nature)

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Avec la mutation du livre, ce qui se transforme est un rapport du vivant à soi : entre corps, mains, visage, yeux, bouche, cerveau, temps, station debout et distribution du discours

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Les trois livres de Jacques Derrida parus en 1967 opèrent comme une quasi-préface d'un texte à venir où s'écrirait, hors livre, le commencement de l'écriture

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Il fallait écrire les trois quasi-préfaces "Fin du livre", "Hors livre", "Livre à venir" pour que deviennent concevables d'autres limites au livre, ou les limites de l'autre livre

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L'interrogation de Dieu n'appartiendra jamais à aucun livre

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