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Derrida, ses livres                     Derrida, ses livres
Sources (*) :              
Jacques Derrida - "Mal d'archive", Ed : Galilée, 1995,

Mal d'archive, une impression freudienne (Jacques Derrida, 1995) [MADA]

   
   
   
                 
                       

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sur le livre

 

Table

Conférence prononcée le 5 juin 1994 à Londres lors d'un colloque international intitulé : Memory : The Question of Archives. Le texte est daté du 22-28 mai 1994.

 

TABLE :

Prière d'insérer.

(p11 : Liminaire).

p19 : Exergue.

p45 : Préambule.

p55 : Avant-Propos.

p129 : Thèses.

p149 : Post-scriptum.

 

Ce texte cumule un Prière d'insérer, un liminaire (commencement non titré), un exergue, un préambule, un avant-propos, soit 128 pages sur 155, avant d'arriver à des "thèses" qui sont toutes présentées comme des surenchères [comme si l'on passait directement, sans s'arrêter au contenu, d'un en-deça à un au-delà] et précèdent un post-scriptum (thèse supplémentaire, qui surenchérit encore sur les surenchères) de 6 pages. Curieux pour un philosophe qui a consacré de longues pages 20 ans plus tôt (dans La Dissémination) à contester qu'il puisse seulement exister des préfaces. Humour, certes, auto-dérision, jeu, et aussi déclaration sur ce qu'il en est de l'archive, car cette "table des matières" [pour employer un syntagme que Jacques Derrida n'utilise jamais] répète une autre "table des matières" d'un autre livre intitulé Le Moïse de Freud, Judaïsme terminable et interminable et signé Yosef Hayim Yerushalmi, dont Derrida explique (p66) que le texte n'est qu'une longue préface à sa cinquième partie, Monologue avec Freud [où Yerushalmi prend la voix du père de Freud, Jakob, pour interpréter les rapports entre psychanalyse et judaïsme, lesquels pourraient être considérés comme une longue préface au livre de Freud L'homme Moïse et la religion monothéiste, qui serait lui-même un effet d'après-coup des rapports de Sigmund avec son père], lequel monologue surenchérit, d'une certaine façon, en s'adressant directement au père de Freud, sur le propos de l'homme Moïse. Tout semble fait, dans cet ensemble, pour interdire une lecture linéaire, pour briser les temps.

Le titre de la conférence (ou du texte) a changé après-coup. Au départ, c'était : Le concept d'archive. Une impression freudienne - et finalement le livre s'appelle Mal d'archive, une impression freudienne. Pourquoi le concept a-t-il, dans le titre, été remplacé par le mal? Si la science inaugurée par Freud n'est plus fondée sur la vérité du concept, mais sur l'archive, et si ce bouleversement affecte aujourd'hui toute science (ou tout ce qui se présente comme science), alors le mal d'archive entraîne avec lui l'inadéquation générale du concept. Mais qu'est-ce que ce mal d'archive et quel rapport a-t-il avec Freud? Il a voulu, avec la psychanalyse, ressusciter la trace originelle, unique. Il croyait qu'en la faisant revivre (anamnèse), il guérirait ses patients. Mais ce qui revient, l'archive, n'est qu'une reconstitution, une restitution opérée après-coup par l'archonte. La trace elle-même, comme elle était à la date de son impression, est scellée pour toujours. On ne la retrouvera jamais, pas plus celle qui est refoulée par le patient que celle qui aurait été oubliée ou réprimée par la tradition juive (le meurtre de Moïse selon Freud). Le mal d'archive, c'est que la trace originelle a disparu du document archivé. Quand les spectres ne répondent plus, la déconstruction est inséparable de la restitution. En voulant garder, protéger l'archive, Freud s'est mis dans une position ambiguë. Sa place (celle de l'archonte), est celle d'un lieu d'autorité; mais pour accéder à la première archive, il faut mettre à mort l'archonte et tout ce qui porte la loi. En rappelant ce qu'on croit être l'archive perdue, on met en oeuvre la pulsion de mort; archive et "anarchive" sont liés. Cette position intenable se retrouve dans les concepts de Freud, tous fendus et contradictoires. Et si tout cela vous déstabilise, si tout cela vous semble obscur, n'en soyez pas surpris, car le concept d'archive, après la marque que Freud a laissée sur lui, se laisse difficilement archiver. L'archive garde en elle un poids d'impensé que le patriarche le plus obéissant ne peut lire qu'en l'interprétant, c'est-à-dire en l'inscrivant dans l'avenir.

Trois thèmes se croisent dans ce texte : psychanalyse, judaïsme, archive. L'ambiguité de l'archive se trouve déjà dans le mot grec arkhè : commencement et commandement. Si on met l'archive en ordre (commandement), c'est parce qu'elle s'oublie (commencement) à l'instant même où on l'archive (hypomnésie). Sous cet angle, l'archivage peut être comparé à une circoncision. C'est une alliance, mais dissymétrique. Le petit garçon n'a pas le choix, il ne peut qu'acquiescer. Si l'héritage se réduit à la répétition ou la pulsion de mort, son avenir se fermera, il y a un risque de mal radical. Mais ce n'est pas ainsi qu'opère la tradition juive telle que Freud ou Yerushalmi en ont hérité. Sa promesse inconditionnelle, ineffaçable, son essence minimale, c'est l'ouverture de l'avenir. En la dégageant de tout savoir, théorie ou horizon d'attente, en pensant un autre concept d'archive, on peut entrouvrir la porte d'un "messianique" d'un type nouveau - radicalement indéterminé. Les télétechnologies d'aujourd'hui, qui transforment de fond en comble les techniques et le contenu archivable, laissent ouverte cette possibilité.

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Mais revenons aux trois thèses plus une qui sont présentées dans le chapitre "Thèses" - trois plus une formulations qui surenchérissent sur le mal d'archive freudien :

- 1. D'une part, Freud pense l'archive psychique dans une topique : ni mémoire, ni anamnèse; mais d'autre part, il ne croit pouvoir trouver la vérité que dans cette mémoire vive et cette anamnèse;

- 2. d'une part, l'archive est rendue possible par la destruction du contenu originaire (pulsion de mort) dont il ne reste que des spectres; mais d'autre part, il ne faut surtout pas croire à cette spectralité, il faut chercher un sol plus sûr;

- 3. d'une part, le principe archontique est celui du père, on ne peut déconstruire son autorité que par parricide, d'autre part, il ne peut y avoir de civilisation, de raison, que par le droit patriarcal.

- 4. d'une part, Freud se veut archéologue, plus archéologue que l'archéologue; d'autre part, il veut exhumer une empreinte qui ne serait presque plus une archive car elle serait chaque fois singulière, unique. Cette empreinte est l'impression freudienne, une impression unique, secrète, qui diffère de toute autre impression. Ce serait l'archive du secret. Mais selon Derrida, il ne peut pas y avoir d'archive du secret, ou s'il y en a, c'est à même la cendre. Telle serait la surenchère ultime du mal d'archive.

 

 

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Formulations à partir de ce texte (les têtes de chapitre sont entre crochets) :

 

[Freud inaugure la possibilité inouïe d'une science fondée non pas sur la vérité du concept, mais sur l'archive]

Le mot "arkhè" nomme à la fois le commencement (l'originaire) et le commandement (l'autorité)

La condition de l'archive est la constitution d'une instance et d'un lieu d'autorité

L'archive est hypomnésique : c'est une répétition, un supplément accumulé en ce lieu extérieur où la mémoire, reproduite et consignée, défaille structurellement

Une inscription privée, secrète, marque intime d'une inscription extérieure, peut être analysée comme une circoncision - qui survient à même le corps propre

Nul n'a plus radicalement que Freud éclairé, déconstruit - mais aussi restauré - le principe archontique de l'archive

L'essence minimale du judaïsme, dont la judéité porte peut-être encore la promesse, est l'ouverture de l'avenir

Une affirmation inconditionnelle et ineffaçable, soustraite à toute discussion, rend la judéité absolument unique : "Être juif, c'est être ouvert à l'avenir"

Une messianicité spectrale travaille le concept d'archive, et le lie à une expérience singulière de la promesse

La pulsion de mort est "anarchivique" : elle travaille à détruire l'archive, y compris ses propres traces

Garder l'archive, c'est la mettre en ordre : institutionnaliser, consigner et idéaliser un corpus ou un système

L'archonte se veut le fils aîné, le premier à avoir obéi, après-coup, au patriarche

L'archive garde en elle un poids d'impensé qui engage l'histoire du concept, son ouverture à l'avenir, sa promesse messianique

La signature freudienne a laissé sa marque - son impression - sur sa propre archive, et aussi sur le concept d'archive en général

Effet d'archive : l'objet d'étude devient le sujet spectral, le destinataire ou l'interlocuteur virtuel de l'historien

On peut, aujourd'hui, penser un concept de l'archive autre que celui dont nous avons hérité : une archive où le virtuel ne s'oppose pas à l'actuel

Il y a trois portes à l'avenir - qui sont aussi celles de l'archive : promesse, indétermination, secret

La pulsion de mort n'est jamais présente : elle ne laisse en héritage que son simulacre érotique, son pseudonyme en peinture : la beauté du beau

La circoncision est une alliance dissymétrique, sans contrat, à laquelle le nouveau-né souscrit avant même qu'il ne parle

Le "commun" (appartenance communautaire) présuppose un "nous" qui inscrit l'autre dans une alliance à laquelle il ne peut qu'acquiescer

Le concept d'"archive" se laisse difficilement archiver, car il touche à la formation du concept en général

Un concept reste toujours inadéquat à ce qu'il devrait être, et cette disjonction est en rapport nécessaire avec la structure spectrale de l'archivation

En tentant de formaliser le mal d'archive qui l'affectait, Freud a développé des concepts qui sont tous fendus, divisés, contradictoires

L'Un ne peut s'affirmer et s'instituer que dans la répétition où, pour se garder de l'autre, il se fait violence

Freud, qui restait attaché au primat de la mémoire vive (anamnèse), a rendu possible une pensée de l'archive comme expérience du support ou de la prothèse (hypomnèse)

Freud voudrait ressusciter la trace originelle et unique, à l'instant même de son impression, à même le subjectile

L'impression laissée par Freud est un événement inoubliable, irrécusable et indéniable; pour tous ceux qui parlent de mémoire et d'archive, il est impossible et illégitime de l'effacer

La transformation des techniques d'archivation, impression, inscription, formalisation et chiffrage des marques affecte l'appareil psychique, et aussi l'avenir de la psychanalyse

Nous vivons aujourd'hui un "mal d'archive", un trouble qui brouille le voir et le savoir

Il n'y a pas de méta-archive; on ne peut éclairer, lire, interpréter un héritage qu'en l'inscrivant irréductiblement dans l'avenir

Promettre, c'est s'engager pour l'avenir à garder un secret

La garde de l'archive, qui ordonne la mémoire et anticipe l'à-venir, enjoint aussi de mettre à mort l'archonte et tout ce qui, dans la tradition, porte la loi

L'archonte fait parler un spectre qui ne répondra plus, mais fait la loi

Les télétechnologies transforment de fond en comble la structure du contenu archivable, dans ses événements et dans son rapport à l'avenir

Il ne saurait y avoir d'archivage sans titre

On ne peut retrouver la trace singulière, originaire, archivante, celle de l'autre en soi, car à l'instant de son impression, elle ne se distingue pas encore du support

A travers la rencontre des spectres, une semence de vérité indestructible, irréductible, revient par morceaux

On peut réinvestir le thème du mal radical dans une autre logique : le Diable ou le Juif dans l'idéal aryen

L'archive engage la menace infinie de la pulsion de mort : un mal radical qui emporte et ruine jusqu'à son principe

Le "messianique" est doublement indéterminé : (1) aucun savoir, théorie ou épistémé ne le guide (2) comme performatif à venir, il n'entre dans aucun horizon d'attente

Mal d'archive, une impression freudienne (Jacques Derrida, 1995) [MADA]

 

 

 


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Sources
DerridaBiblio

1995_MADAAA

YYA.1995.Derrida.JacquesGenre = -