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Soutine peint ce qu'il ne dit pas                     Soutine peint ce qu'il ne dit pas
             
Jean-Yves Davy - "Les angles de l'art", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 7 novembre 2007

 

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[Soutine montre par sa peinture ce qu'il ne peut pas dire]

   
   
   
                 
                       

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Haïm Soutine est né en 1893 à Smilovitchi, en Lituanie (ou Biélorussie), avant-dernier né d'une famille juive orthodoxe de onze enfants. Son ami d'enfance Kikoïne explique qu'il était, très jeune, attiré par le drame. Il aimait déjà les sujets morbides lorsqu'il a rencontré à l'Ecole des Beaux-Arts de Vilna un autre ami, Krémègne. Entre 1911 et 1913, ils se rejoignent tous trois à Paris. Dès 1922, à l'âge de 30 ans, Soutine sort de la misère quand le collectionneur américain Alfred Barnes, impressionné par le Petit Pâtissier, lui achète 52 tableaux. L'appel de ses tableaux a été entendu, mais il ne semble pas que l'aisance l'aie rendu heureux. Sans doute avait-il d'autres raisons de ne pas se sentir dans sa peau (malgré sa canne sculptée et ses précieuses chemises de luxe). Peut-être les ulcères gastriques dont il mourra n'étaient-ils pas uniquement dus à un virus. Peut-être sa tendance à peindre des viandes pourries provient-elle d'ailleurs.

D'où vient la peinture de Soutine? Ayant fait son apprentissage "sur le tas", après son arrivée à Paris, il adorait les musées, et aurait aimé réconcilier tous les peintres : Courbet, Cézanne, Rembrandt, Chardin, Goya, Van Gogh. Mais sa main n'était pas complètement libre. Elle était attirée par une vaste oreille qui ne le lâchera jamais. Son évitement de la ligne droite rappelle Chagall. Il semble avoir inventé tout seul l'expressionnisme. La charge de matière, les formes torturées et les couleurs massives sont l'expression d'une émotion vitale qui transfigure le lieu. Soutine ne pouvait pas peindre sans motif ou modèle, mais il gardait à leur égard une totale liberté. Il n'y a jamais de psychologie dans ses portraits, car il vise l'essence. Les personnages n'habitent pas ses paysages, ils y sont jetés sans ménagements, s'y confondent ou les surplombent comme des spectres. Lors de ses séjours dans le midi de la France, il en a certainement vu la lumière, mais il l'a ignorée, comme il ignorait les formes. S'il se posait en un lieu, c'était pour faire émerger les choses (comme Merleau-Ponty l'a dit de Cézanne), en faire sentir l'épaisseur comme on est forcé d'entendre un cri, avant d'en rejeter les décombres et de les détruire. Du monde qui l'entourait, il extrayait une chair vocale, dépourvue de surface, par laquelle le monde, les choses et lui-même communiquaient.

Peintre juif ou pas? Question lancinante à laquelle il est impossible d'échapper. Sa façon de détruire ses toiles en frottant son ventre sur elles (pour empêcher les curieux de voir), de les brûler ou de les lacérer en se déclarant insatisfait, montre qu'il n'était pas totalement indifférent à quelques interdits bibliques. L'absence de thème judaïque dans son iconographie ne démontre pas son rejet du judaïsme. Qu'on puisse expérimenter une judéité sans judaïsme et même sans Dieu, sans loi, sans rite et sans tora est un phénomène largement connu et documenté. Spinoza, Freud, Derrida et d'innombrables autres se sont réclamés d'une telle judéité. Pourquoi pas Soutine? Attaché à montrer cette différence originaire qui reste irreprésentable, il donne l'exemple de la persistance d'un art juif au-delà de toute iconographie judaïque. Que certains désirent le récupérer et en faire un peintre français, lui qui est mort en 1943 pourchassé par Vichy, malade clandestin qui a péri en voulant éviter les barrages policiers sur le chemin de l'hopital, exilé dans la pauvreté comme dans la prospérité, prouve seulement que sa place dans l'histoire de l'art est désormais assurée.

 

 

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Propositions

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Le principal motif de la peinture soutinienne est sa propre destruction

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La peinture montre la putréfaction du langage

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Ce que la peinture soutinienne propose se situe plus du côté de la vie que du côté de l'art : que l'émotion puisse s'exprimer sans entraves

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[La peinture veut crier, mais le cri ne sort pas]

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Le point de fuite de la peinture soutinienne est l'oreille

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Une vaste oreille rouge engloutit notre regard

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Par sa fascination pour le sang, Soutine maintient la plaie ouverte

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[Un courant de la peinture exprime à sa façon une judéité sans judaïsme]

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L'espace vocal est dépourvu de surface

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Le peintre ne montre pas des personnes, mais des essences humaines

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Nous sommes jetés dans des lieux instables où nous tentons d'habiter

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Il n'y a plus de paysage, il n'y a que des lieux

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Dans les paysages de notre temps, il y a quelque chose qui flotte, en-trop

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Chagall, Soutine, Lipchitz, arrivés à Paris peu avant 1914, ont voulu réconcilier la peinture moderniste avec la peinture pré-impressionniste

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Rien dans l'art de Soutine ne se rapporte au judaïsme, et pourtant son art est qualifié d'art juif

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"Soutine à Céret" (Catalogue de l'exposition du Musée d'Art Moderne de Céret, du 24/6/2000 au 15/10/2000) [CAT-SoutineAC]

 

 

 


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