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Sources (*) : Et tu seras performative, mon oeuvre               Et tu seras performative, mon oeuvre
Prigent Romulart - "L'acte rare", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 7 mars 2008 La performance, art des bords

Tino Sehgal tente de construire une oeuvre exclusivement événementielle, qui proscrit tout paratexte (ou parergon), mais cette interdiction est elle-même un paratexte

La performance, art des bords
   
   
   
                 
                       

Prenons une oeuvre de Tino Sehgal intitulée This objective of that object (2004) [mais on aurait pu en choisir une autre, par exemple This Progress]. Dans une pièce vide, cinq acteurs. Ils annoncent la règle du jeu : L'objectif de cette oeuvre est de devenir l'objet d'une discussion. Si aucun des spectateurs ne réagit, ils se couchent par terre et se mettent en sommeil. Si l'un des spectateurs entame une discussion, les acteurs discutent entre eux de ce spectateur.

Une fois interprétée, l'oeuvre ne consiste pas en un objet, mais en un événement. L'action est unique, mais répétable, car elle est gouvernée par un protocole que d'autres acteurs pourraient appliquer dans le futur. Il n'y a pas d'accessoires qui pourraient être transformés en reliques, comme dans la performance : ni document descriptif, ni photo, ni film, ni cartel, ni catalogue, ni publicité, ni communiqué de presse, ni affiche, ni inscription murale (ces éléments que Gérard Genette a appelé paratextes, et qui sont des parerga au sens de Derrida). Selon la volonté de l'auteur, le paratexte est purement oral, et intégré à l'oeuvre. Celle-ci ne se livre que dans l'ici et maintenant de son exécution, mais elle s'en distingue, puisqu'elle peut faire l'objet d'une cession séparée sous forme de protocole oral.

Une oeuvre d'art sans paratexte est-elle possible? J'ai eu accès à l'oeuvre de Tino Sehgal par l'intermédiaire de deux commentaires publiés dans le numéro 101 des Cahiers du MNAM, l'un de Michel Gauthier et l'autre de Marie Muracciole. On peut considérer ces commentaires comme des paratextes (ou parergons). Leur forme est écrite, mais ils sont aussi proches que possible de l'oralité.

Si j'avais pu assister ou participer moi-même à une oeuvre de Tino Sehgal, c'est que j'en aurais été informé, averti (autre forme de paratexte). Il suffit que je désigne l'événement, que je lui donne un nom, que je le commente, et il y a paratexte. En outre l'oeuvre a un titre, elle est mise en oeuvre en un lieu, dans un dispositif scénique, des instructions sont données aux acteurs, des observateurs qualifiés (critiques d'art), ici Michel Gauthier ou Marie Muracciole, sont présupposés, elle est proposée à la vente sur le marché, etc...

L'interdit porté sur le paratexte est contradictoire, car il fonctionne lui-même comme paratexte (c'est le cadre de l'oeuvre, sa limite).

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Prigent aurait voulu faire quelques expériences encore plus audacieuses que celles de Tino Sehgal, il aurait voulu jouer, dans le contexte du loft, le jeu d'une sorte de super-Sehgal. Comment imaginer une performance qui ne serait ni appropriable, ni conservable? Qui n'apparaîtrait même pas dans dans les registres des milieux culturels? Et comment faire pour que cette performance, malgré tout, ne soit pas réduite à la vie même, à la vie de n'importe qui?

 

 


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