Accueil
Projet
Derrida
Œuvrance
Sources
Scripteur
Mode d'emploi
 
         
           
Lire Derrida, L'Œuvre à venir, suivre sur Facebook L'activité du site, suivre le blog

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, ses livres                     Derrida, ses livres
Sources (*) :              
Jacques Derrida - "Béliers. Le dialogue ininterrompu : entre deux infinis, le poème", Ed : Galilée, 2004,

Béliers. Le dialogue ininterrompu : entre deux infinis, le poème (Jacques Derrida, 2003) [Beliers]

   
   
   
                 
                       

Pour l'acquérir, cliquez

sur le livre

 

Table

Texte de la conférence que Derrida a prononcée à Heidelberg, le 5 février 2003, à la mémoire de Hans-Georg Gadamer, après sa mort en 2002 à l'âge de 102 ans. Il lui rend hommage en commentant un poème de Paul Celan auquel Gadamer avait consacré un de ses livres. Mais curieusement, le texte évoque à peine Gadamer, et propose une autre interprétation, toute nouvelle, du poème en question.

Ce livre, y compris l'analyse du poème de Paul Celan et de sa dernière phrase, Die Welt is fort, ich muss dich tragen, peut être considéré comme :

- une introduction à Chaque fois unique, la fin du monde (un livre publié la même année, qui contient 16 hommages à des personnes disparues; Gadamer serait le 17è, si l'"interruption" de ses rapports avec Derrida n'était pas intervenue bien avant sa mort, dès 1981) - comme l'indique Derrida lui-même dans l'avant-propos à ce dernier texte.

- la suite d'un autre texte consacré à Paul Celan près de 20 ans plus tôt, Schibboleth, où il analyse notamment deux poèmes intitulés Tout en un et Schibboleth, et un discours prononcé par Celan en 1960, le Méridien.

On trouve encore deux autres textes consacrés à la poésie de Paul Celan dans le corpus publié de Jacques Derrida :

- Politique et poétique du témoignage (publié dans le Cahier de l'Herne 2004), où le poème Aschenglorie est analysé,

- les séances VIII et X du séminaire sur La bête et le souverain (Volume 1), où Derrida propose une autre interprétation de la conférence de Celan, Le Méridien.

---

On peut lire ce texte en partant de l'interprétation de la dernière strophe, Die Welt ist fort, ich muss dich tragen (Le monde est parti, je dois te porter) du poème de Paul Celan Grosse, Glühende Wölbung (Grande voûte incandescente), publié dans le recueil intitulé Renverse du Souffle (Atemwende) (voir ici une traduction). Dans le cinquième et dernier chapitre de Béliers, Jacques Derrida convoque quatre noms propres : Freud, Husserl, Gadamer, Heidegger, à partir desquels il interroge la question du "sans monde". Si un monde se retire, s'il disparaît, ou encore s'il n'a jamais été là, il faut que je te porte (dit le poème). Et pourquoi le faut-il? Et qui est ce "tu"? Tout en les prenant partiellement à son compte, Derrida récuse l'une après l'autre les problématiques de Freud, Husserl, Gadamer, Heidegger. S'il en choisit une, elle n'est pas citée. Il semble bien que ce soit celle de Lévinas : avant même l'apparition d'un monde, je suis en dette vis-à-vis de l'autre, je dois le porter. Le rapport à l'autre précède l'ontologie - ce qui permet d'expliquer le grand usage qui est fait, dans le poème, des pronoms personnels (je, tu, il).

Les mots "responsabilité", "solitude", ne figurent pas dans le poème, et pourtant ce sont eux qui viennent au premier plan de l'analyse. Un poème n'a plus de monde, il est sans monde - comme un mort. Il reste au lecteur ou à l'endeuillé la responsabilité de porter seul ce monde - ou cette absence ou fin d'un monde, non pas transitoire, mais définitive.

On peut aussi lire ce texte en partant de la définition de l'oeuvre qui est donnée dans le premier chapitre. Dans l'expérience de l'art, ce serait le "subjectum" de l'oeuvre [ce vocable qui est la source étymologique du mot "sujet", mais aussi du mot "subjectile"], qui serait l'autorité souveraine qui exige, ordonne, appelle responsabilité, transformation (p18). En disant "je", le poème affecte le sujet, tout en laissant indéterminée la transformation. La souveraineté du poème ne se traduit pas par une décision, mais par un salut, une bénédiction. Comme toute oeuvre digne de ce nom, le poème porte l'autre comme on porte un enfant, en lui faisant confiance, en lui accordant l'hospitalité. La bénédiction ne peut laisser à l'autre un espace que si elle est elle aussi porteuse d'incertitude. Il faut qu'elle soit donnée, mais il faut aussi qu'elle puisse être retirée, se dérober, se transformer en son contraire. On ne peut pas compter sur elle comme sur quelque chose d'acquis d'avance, et pourtant elle agit. `

Mais Derrida va encore plus loin que cette première analyse. C'est le monde, dans sa totalité, qui est repensé.

cf : [En portant le monde de l'autre, sans condition - comme on porte le deuil ou comme on porte un enfant - l'oeuvre conduit à repenser la pensée même du monde].

Une autre dimension du poème Grande voûte incandescente est son rapport à l'animalité. Un bélier surgit en plein milieu. C'est un bélier en colère, révolté, qui refuse qu'Abraham le sacrifie à la place d'Isaac, un bélier qui rejette la logique même du sacrifice. Ce bélier (au pluriel) est choisi par Derrida comme titre de son texte. Animal-symbole hérité de différentes traditions (le zodiaque, l'Ancien Testament), il réinvente ces traditions, se dissémine, s'impose comme la restance d'un événement impossible à restituer, une irruption qui se soustrait à toute interprétation globale. Peut-être le bélier représente-t-il les innombrables traces scellées dans le poème. Il les protège, il les garde. Il faut cette menace, cette violence, ce mouvement de sortie hors du récit canonique et du mythe, pour que la re-pensée du monde ne s'épuise pas.

 

 

  ----------------------------

Formulations à partir de ce texte (les têtes de chapitre sont entre crochets) :

 

[En portant le monde de l'autre, sans condition - comme on porte le deuil ou comme on porte un enfant - l'oeuvre conduit à repenser la pensée même du monde]

Une mort n'est pas que la fin d'un monde, c'est la fin "du" monde; il reste à l'endeuillé la responsabilité de porter seul et son monde, et le "sans monde" de l'autre

Pour être fidèle à l'autre disparu, je dois porter en moi son monde sans l'intérioriser ni l'idéaliser, en respectant son altérité singulière : c'est l'éthique même

Dans l'expérience de l'art, c'est l'oeuvre qui, par son "subjectum", est l'autorité souveraine qui exige, ordonne, appelle réponse, responsabilité, transformation

L'oeuvre du poète est une chambre d'échos : le poème réinvente ce dont il hérite, il bénit et dissémine ses semences

Autour d'une bouche parlante, le poème salue l'autre, il le bénit, il le porte

Le poème se produit en disant sa signature, son secret, son sceau, de façon auto-déictique ou performative

Le poème, qui survit dans la solitude, se confie à la garde d'un autre qu'aucun monde ne peut plus soutenir, un autre responsable mais lui aussi absolument solitaire

La "trace à l'oeuvre", ou la "trace comme oeuvre" : telle est la loi du poème qui entraîne toujours vers une toute autre lecture, une contre-lecture

Quand un monde disparaît, ou quand il se retire, ou avant même qu'il ne soit apparu - je dois m'engager envers toi, cet autre, te porter

Dans une oeuvre poétique, un reste ou un excédent irréductible se soustrait à tout rassemblement herméneutique

Jamais une bénédiction n'est acquise d'avance; on ne peut pas compter sur elle, elle reste toujours improbable, retenue

Béliers. Le dialogue ininterrompu : entre deux infinis, le poème (Jacques Derrida, 2003) [Beliers]

 

 

 


Recherche dans les pages indexées d'Idixa par Google
     
 
 
Follow @pdelayin

 

 

 

 

 

   
 
     
 
                               
Création : Qylal

 

 
Idixa

Marque déposée

INPI 07 3 547 007

 

Sources
DerridaBiblio

2004_BELIER

YYA.2003.Derrida.JacquesGenre = -