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Sources (*) : Peinture moderne, sujet dissocié               Peinture moderne, sujet dissocié
Michel Foucault - "Les mots et les choses - Une archéologie des sciences humaines", Ed : Gallimard, 1966, pp19s

 

Les Menines (Diego Velasquez, 1657) -

Musée du Prado - huile sur toile. 318 x 276 cm

Les "Ménines" de Velasquez font apparaître que l'essence de la représentation classique est la mise en abyme

   
   
   
                 
                       

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Ce tableau est un chef d'oeuvre de la mise en abyme. Ce qui est montré est un temps d'arrêt, celui pendant lequel le peintre regarde dans la direction du spectateur. Il s'est légèrement déplacé sur le côté afin de voir celui qui, à ce moment, le voit aussi. Dès qu'il se remettra à peindre, il se cachera derrière le tableau, et lui-même ne verra plus ce qu'il peint. Pour l'instant, son regard traverse le plan du tableau. Il nous atteint et nous lie immanquablement à la représentation. Mais cela cache une ambiguité, car nous sommes à la place de son motif. Hors du tableau, le regard du peintre s'adresse au vide.

Le peintre voit deux choses invisibles pour moi : l'image peinte au dos du chassis, et moi-même, qui suis à la place du couple royal qui se reflète au fond dans un miroir qui occupe une position centrale dans le tableau. Je vois le peintre, mais je ne sais pas ce qu'il voit (le motif), qui pourtant se trouve à ma place. Point aveugle de mon propre regard, je ne sais pas qui je suis. En revanche le couple peut se voir dans le miroir : c'est le seul élément de ressemblance du tableau, mais personne n'y fait attention, car tous les personnages sont tournés vers le modèle.

Dans l'ouverture de la porte par où la lumière pénètre dans la scène, un autre personnage se détache. Personne ne le regarde. Lui peut voir et la toile, et le modèle.

La petite fille à la robe blanche est l'infante Marguerite, fille de Philippe IV. Dans le tableau, elle semble être une spectatrice qui scrute, elle aussi, les modèles, mais on peut soutenir aussi qu'elle est le thème de la composition, même de la peinture. Une gouvernante à genoux tient ses mains et la regarde, ainsi qu'une autre servante.

Les souverains ne sont visibles que dans le pâle et vague reflet du miroir. Retirés dans leur invisibilité, ils ordonnent toute la représentation : c'est à eux qu'on fait face, c'est vers eux qu'on se tourne, et finalement les autres centres de la composition leur sont soumis. Ils sont un point idéal à l'extérieur du tableau, mais projeté à l'intérieur et diffracté dans les autres regards. Le roi n'apparaît au fond de la glace que dans la mesure où il n'apparaît pas dans le tableau.

Pour chaque personnage, le tableau montre ce qui lui manque : le modèle au peintre, le portrait au roi, la scène au spectateur, le souverain à tous les autres.

Ce tableau a fait l'objet d'innombrables commentaires. Selon Leo Steinberg, il est comme une oeuvre musicale qui prête à des interprétations multiples, dont aucune ne saurait être définitive. Nous reprenons dans cette page celle de Michel Foucault. On en lira ici une autre avec l'analyse d'Hubert Damisch.

 

 

Le tableau donne à voir l'essence de la représentation classique, mais il cumule les incertitudes. Le couple royal est-il vraiment le motif représenté? Le spectateur est-il à la place de ce motif, ou à côté? Les personnages dont la tradition donne les noms sont-ils vraiment ceux-là? Où se trouve le point de fuite? Il y a peu d'indices. On reste dans le doute. C'est à travers ces incertitudes qu'il représente la représentation, c'est-à-dire la disparition nécessaire de ce qui la fonde. Malgré les miroirs, les reflets et les lignes visuelles, l'invisibilité profonde de ce qu'on voit est solidaire de l'invisibilité de celui qui voit. Le rapport de la représentation à son modèle, son souverain, son auteur, est nécessairement interrompu.

 

 

 


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