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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, le phallus, phallocentrisme                     Derrida, le phallus, phallocentrisme
Sources (*) : Derrida, sa Cabale cachée               Derrida, sa Cabale cachée
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 12 mai 2008 Les mots de Jacques Derrida

[Derrida, le phallus]

Les mots de Jacques Derrida Autres renvois :
   

Logocentrisme, Phonocentrisme, Phallogocentrisme

   

Derrida, la colonne

   
Derrida / Lacan, cousinages Derrida / Lacan, cousinages
Lettre divisible ou indivisible?               Lettre divisible ou indivisible?    
                       

1. Supplément absolu, présence.

L'effet phallique est double.

a. L'érection n'est pas un phénomène spécifiquement humain. Elle intervient tout autant chez les animaux que chez les hommes; c'est une réaction mécanique, un réflexe, quelque chose d'incontrôlable, de spontané, d'autonome, indépendant de la volonté et même du désir. Le phallus en érection se coupe de l'homme. Il devient une prothèse, une marionnette qui se dresse par elle-même, dans sa rigidité et sa dureté. C'est la dimension fétichiste du phallus, sa dimension compulsive, impressionnante mais équivoque, passablement ridicule, toujours affectée par un certain degré de bêtise qui est son essence même.

b. Le phallus est le lieu de l'accroissement, du gonflement, du grossissement. Quand il se dresse de façon permanente (à la façon du dieu grec Priape, avec son membre ithyphallique), il est la marque de la supériorité du souverain. Il faut qu'il reste là, toujours présent, intact, indemne, sain et sauf. Son érection figure la loi du plus fort, du majestueux, dans sa dignité et sa grandeur. Il ne supporte ni chute, ni déchéance, ni détumescence. Il lui en faut toujours plus : plus de hauteur, plus de puissance, plus de pouvoir. Son débordement, insatiable, excède toute limite. Jacques Derrida le qualifie de supplément absolu.

 

2. On ne peut ni relever, ni spiritualiser, ni signifier la castration.

Du récit d'Edgar Poe sur la Lettre volée, Jacques Derrida tire une conclusion contraire à celle de Lacan. Pour Lacan, le contenu de la lettre volée n'a pas d'importance. Ce n'est pas son texte qui compte (ou son sens), mais sa place dans la structure : celle d'un signifié général, toujours le même. Une fois sa dette acquittée, le signifiant-phallus (ou signifiant transcendantal) revient vers son origine sans se détruire ni se diviser. Dans cette interprétation métaphysique de la circulation de la lettre, la figure privilégiée de la castration, définie à partir de la privation pénienne, est la femme. Lacan fait du phallus "le signifiant destiné à désigner dans leur ensemble les effets de signifié".

Pour Derrida, la lettre n'a pas de destination assurée. Elle est depuis le départ en dérive, en errance. Les personnages du récit de la Lettre volée n'occupent pas une position déterminée. Ils se dédoublent, occupent toutes les places dans un espace débordé, désorganisé, déhiérarchisé. S'il n'y a aucune place privilégiée pour un signifiant phallique, la chute qui menace l'érection ou la station debout peut être analysée comme un aveuglement, une désorientation, une défaillance qui, d'avance, était déjà là. La castration ne fait pas irruption, comme le pensait Freud, à un stade déterminé (oedipien), ni dans des circonstances déterminées (le meurtre du père). De la castration, il y en aura toujours déjà eu.

 

3. Circoncision, judaïsme.

Une des figures de la castration chez Derrida est celle de la lettre (i). Majuscule (émajusculée), elle est phallique. Le I dissémine d'avance (c'est-à-dire avant toute psychologie, y compris freudienne) l'unité du sens. Minuscule, c'est une castration simulée. Avec le point qui se coupe et se décolle du corps, le (i) est la lettre qui s'écarte de son propre, sans toutefois s'en retrancher. Derrida associe ce simulacre à la circoncision : se détacher sans vraiment se détacher (du corps), une décapitation non transcendantale.

C'est aussi ce mot de castration qui est privilégié dans la déconstruction du texte de Hegel, L'esprit du judaïsme. Si Hegel ressent une telle horreur, un tel dégoût devant le judaïsme, c'est parce que, dans sa problématique de la coupure, de la séparation, de la loi, la structure conceptuelle de la castration est déjà opérationnelle (sans quoi on ne pourrait expliquer son renvoi à la figure de la Gorgone). Une castration qui ne pourrait pas être "relevée" par l'amour, la famille, la réconciliation, c'est insupportable pour Hegel - mais irréductible selon Derrida. Exaltant l'amour, Hegel attribue aux Juifs, et à eux seuls, la coupure qu'il cherche à tout prix, à travers la dialectique spéculative, à surmonter. L'Abraham biblique symbolise cette coupure, lui qui se sépare de sa famille, de sa terre, de son pays, de sa religion, qui accepte d'immoler son fils chéri, et qui en outre pratique sur lui-même la circoncision.

  

4. Bander devant "rien".

Hegel, Genet, Lacan, comme Freud lui-même, perçoivent, eux aussi, ce "rien". Par clins d'oeil, ils évoquent ce qu'aucune métaphysique ne peut supporter : une castration absolument dépourvue de sens. Quand Hegel mentionne les colonnes phalliques de l'Inde, qui ne sont pas des signifiants, n'ont ni signification ni signifié et n'occupent aucune place déterminable, il évoque cette castration (sans le savoir).

Genet, qui exalte la beauté et glorifie le phallus, bande devant des fleurs tombales. La fleur chez lui, qui porte son nom, paraît transcendantale. Mais son écriture tourne en dérision tout ce qui se dit de la vérité et du phallus. Elle opère comme un poison qui inverse les valeurs. L'érection devant elle est postiche, sans socle, sans fondement, sans clé universelle. La fleur, soudain, ne signifie plus rien.

L'écriture en colonnes de Glas, "colossale" donc phallique, fait proliférer les marges qui rendent incertaines les délimitations, les coupures. Elle sonne ainsi le glas d'une reléve possible. Mais si d'une part, aucun au-delà de la castration n'est à attendre, d'autre part, il faut bien distinguer les textes et les signatures. Ce double bind ou double bande met en jeu deux désirs inconciliables ; linéariser (la castration) / délinéariser (éviter la castration).

 

5. Dissémination, perte du sens.

Jacques Derrida propose un "autre" concept du phallus (non lacanien). Comme la lettre et le signifiant, le phallus derridien est divisible. Dès le départ (qui n'est pas une origine), il commence par disséminer. Il divise, se divise, erre et multiplie les partitions. S'il est qualifié de "sème", ce n'est pas au sens de la sémantique mais de la semence, de la différence ou différance séminale qui opère au-delà de la présence. Il n'a ni lieu, ni trajet, ni signification. On peut le décrire comme une colonne vide, transparente et réfléchissante. Cette colonne (ou double colonne, comme dans Glas) est celle de la fleur phallique c'est-à-dire du glas de la signification, du sens, et aussi du signifiant.

Plutôt que d'utiliser le nom, "le" ou "un" "phallus", il faut parler de mouvement phallique. Comme dans l'écriture de Francis Ponge, érection et détumescence vont ensemble. Le mouvement est toujours double : il exhibe la présence - le fétiche prévisible et calculable - et il menace la signification, dans une course infiniment ouverte, disséminante et incalculable.

 

6. Le phallique et l'oeuvre.

L'apothéose de la scène "bander devant rien", c'est le chef d'oeuvre, cet habitat colossal où le nom, la signature, se détache du corps. Peut-être Derrida a-t-il cherché, par Glas et par l'ensemble de son oeuvre, une telle apothéose : c'est son érection, sa jouissance, et il ne le nie pas.

 

7. Phallogocentrisme

Pour Derrida, le concept de sujet dont nous héritons est dominé par ce qu'il appelle un phallocentrisme, phallogocentrisme ou carno-phallogocentrisme qui soumet la femme, l'animal et l'enfant à un possesseur de la nature supposé détenir aussi la parole vive. Cette chose-là (phallique) parle d'elle-même. Comme toute voix, elle s'entend parler, et se donne raison quand elle s'entend. C'est le lieu du propre, de l'ipséité, un lieu idéal où la vérité se dit. En se lieu, les éléments hétérogènes, extérieurs, les restes textuels ou anatomiques, les traces, doivent être déniés.

 

 

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Propositions

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Assumer ou dénier la castration, cela revient au même : c'est donner un sens au phallus, lequel n'a ni lieu, ni trajet, ni signification, ni aucune possibilité de relève

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Le phallus n'occupe aucun centre, aucun lieu naturel, il n'est qu'un des éléments d'une chaîne infiniment ouverte, d'une dissémination qui menace la signification

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Le phallique, dans sa différence, a une double valeur : sa pure et propre présence / son fantôme, son spectre, son fétiche

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Ponge obéit à une double injonction : 1/ (érection) instituer ou monumentaliser sa signature 2/ (détumescence) la laisser se décomposer dans le texte

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Le phallus, interprété métaphysiquement, est un signifiant transcendantal, le corrélat d'un signifié premier (par exemple la castration ou le désir de la mère)

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Un schème domine le concept de sujet : la virilité carnivore, avec son carno-phallogocentrisme

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Mettre entre parenthèses le reste textuel (Hegel) ou l'anatomie (phallocentrisme de Freud ou Lacan), c'est la même dénégation

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Originairement, le phallus est une marionnette, une érection automatique, prothétique en soi, coupée de l'homme

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L'érection phallique n'est propre ni à l'homme ni à l'animal, mais dans sa permanence ithyphallique, elle est un attribut spécifique du souverain

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Une bêtise essentielle caractérise le phallique comme tel et son érection permanente : le souverain

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La logique de la souveraineté tend vers un débordement phallique insatiable, l'érection d'un supplément absolu qui excède toute limite, jusqu'à la perte du sens

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Entre maison, sculpture et architecture, les colonnes phalliques de Hegel, lisses ou entaillées, occupent une place indéterminable, "avant" la famille ou l'Etat

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La double bande de Glas met en jeu deux désirs inconciliables : délinéariser ("J'érige pour que vous ne puissiez pas me châtrer") / linéariser ("Je me châtre moi-même")

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Comme un collier ou une toison, "Glas" fait proliférer les marges où se dissimulent coupure, domination, castration, au prix d'un "Je m'écarte", "Je m'écrase", qui est aussi castration

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Avec l'écriture colossale de "Glas"; il y va du glas de la signification, du sens et du signifiant

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Dans le texte de Genet, la toison pubienne (erion), érigée en tissu d'écriture, tourne en dérision tout ce qui se dit de la vérité ou du phallus

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Dans la "fleur" de Genet - qui, d'un coup de glas, ne signifie plus rien -, la déconstruction pratique de l'effet transcendantal est à l'oeuvre

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Les aveugles sont les êtres de la chute, la manifestation de cela même qui menace l'érection ou la station debout

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Le I (majuscule) dissémine d'avance l'unité du sens

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Le (i) est la lettre qui s'écarte de son propre

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La circoncision, castration simulée, coupe sans retrancher; du point sur le (i), elle fait un élément prononçable

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La femme, comme figure de la castration ou de la vérité, fait revenir, en sa demeure, le phallus ou le signifiant

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La gloire du chef d'oeuvre, son habitat colossal, c'est qu'il fait bander devant un cadavre décapité, devant des fleurs, devant sa propre signature, devant rien

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Le phallogocentrisme est une chose qui parle d'elle-même : elle a toujours raison quand elle s'entend

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La voix est le lieu idéal du phallus - sur sa présence s'édifie le "phallogocentrisme"

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L'effet phallique tient ensemble les deux sources de la religion : ce qui est intact, indemne, automatique (le machinique); ce qui se gonfle de présence vivante (la foi)

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Abraham est si attaché à la séparation qu'il impose la circoncision, ce signe ou ce simulacre de castration, à lui-même et à ses descendants

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La dissémination passe par une colonne transparente, réfléchissante - phallus vidé de lui-même ou tour de Babel - où se joue le déplacement des marges

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Dans la lecture hegelienne du judaïsme, sa loi et ses coupures, on peut lire la structure conceptuelle de la castration

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Selon Hegel, la tragédie juive est laide, abominable, elle ne peut éveiller que l'horreur ou le dégoût - qui sont ceux du même Hegel devant la castration

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Selon Hegel, le Juif circoncis est comme la tête de Méduse qui transforme en pierre tout ce qu'elle regarde ; une pure castration, sans relève possible

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