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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, jugement, décision                     Derrida, jugement, décision
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 28 mai 2008

[Derrida, jugement, décision]

Autres renvois :
   

Derrida, la loi, le droit

   

Derrida, responsabilité

   
                 
                       

1. Duplicité.

Il y a dans tout jugement, toute décision se référant à la loi ou à la justice une dimension aporétique :

- pour qu'il y ait décision libre et responsable, souveraine, il faut qu'elle ne soit soumise à aucun critère extérieur, qu'elle ne soit pas la simple application d'un savoir, d'une technique, d'un code ou d'un programme. Une décision digne de ce nom est exceptionnelle, hors-la-loi; elle est structurée par l'expérience ou l'épreuve de l'indécidable, de l'improgrammable, de l'incalculable.

- mais elle ne peut pas se désintéresser de la loi. Pour que la décision soit reconnue, il faut que le décideur applique un principe, une règle de droit. Il faut qu'il réponde devant une loi préexistante, qu'il rende compte des préjugés qui pourraient avoir un impact sur sa décision. Si sa décision est conforme à une règle générale, alors elle est aussi de l'ordre du calculable, du codé, du programmable. C'est une décision de l'autre, une décision passive - un scandale où la volonté ressemble à une non-volonté, la liberté à une non-liberté, le conscient à une in-conscience.

Toute décision (ou tout jugement) est donc double. D'une part, elle prend ses distance à l'égard de la loi; mais d'autre part, elle la réinvente, elle l'instaure. C'est un acte d'autorité, un événement performatif, un commencement absolu dont aucune théorie du sujet ne peut rendre compte.

On peut comparer ce double caractère du jugement au paradoxe de l'imagination chez Kant : à la fois libre et conforme à une loi. Dans le jugement de goût ou jugement esthétique, hétéro-affection et auto-affection cohabitent. Le "je" qui se prononce sur une préférence ne peut pas ignorer le consensus, le contexte ou les conventions qui entourent cette décision.

 

2. Un don de l'autre.

Il y a, dans le jugement, quelque chose de plus qu'une décision : un événement. Que la décision soit singulière et irremplaçable ne suffit pas. Il faut un déchirement, une rupture venue de l'autre, l'autre de moi, l'autre moi. La décision est un accident, une folie, un non-sens. Elle n'a lieu que si, avant elle, une vulnérabilité, une sensibilité, une passivité, avait déjà suspendu la volonté du sujet. La surprise le libère du savoir, l'ouvre à la responsabilité. Pour qu'il réponde en tremblant, dans un battement de coeur, il faut qu'il ait été exposé au risque de la fausse décision, du calcul apparemment logique qui l'aurait privé de sa liberté, qui aurait anéanti la possibilité même d'une décision (le mal radical).

Dans une communauté, toute décision exceptionnelle (par exemple : "Qui est l'ennemi?") produit un envahissement du politique, sans qu'on sache de qui est venue la décision.

 

3. Décider, aujourd'hui.

Ce qui se passe à notre époque - qu'on pourrait, à la suite de Jean-François Lyotard, qualifier de post-moderne - est paradoxal, voire kafkaïen. Nous reconnaissons que la loi n'est pas fondée, mais néanmoins nous l'appliquons. Pour juger une oeuvre ou l'évaluer, nous reconnaissons qu'il n'existe aucun critère extérieur qui puisse s'appliquer - seul serait applicable un critère qui serait produit par l'oeuvre même -, et pourtant nous jugeons. Ces paradoxes contribuent à la crise qui caractérise le projet philosophique : on ne peut décider qu'à partir d'une autocritique qui met en doute la possibilité même de la décision.

Dans toute société fondée sur le logos (logoarchie), le jugement est soumis à une règle de supplémentarité. Le pouvoir hiérarchique doit instaurer des règles; mais il ne peut le faire que par analogie avec l'ordre légal, esthétique et moral existant. Ce qui vient en plus doit être à la fois calculable (fondé sur des régles connues) et incalculable (car décidé par le souverain). Face à cette violence, la déconstruction rompt avec les règles établies. Une décision politique fondée sur une exigence de justice ouvrirait, d'urgence, une ère nouvelle, par une autre violence (que Benjamin qualifiait de divine), indécidable, inconnaissable.

 

4. Messianicité.

Qu'arrive-t-il si l'on s'expose à la surprise absolue de l'autre, si on le laisse venir? Il peut accorder sa bénédiction - mais comme la malédiction, la bénédiction n'est jamais acquise d'avance. On ne peut pas compter sur elle. Ce qui arrive est imprévisible, messianique.

 

 

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Propositions

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A la question "Comment juger?", l'absence de critères est la loi, car s'il y avait des critères, il n'y aurait pas jugement mais savoir, technique, code ou simulacre de décision

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A aucun moment on ne peut dire qu'une décision est purement juste, légale ou légitime - car pour qu'il y ait décision, il faut chaque fois réinventer la loi

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Sans la possibilité du mal radical, du parjure et du crime absolu, aucune responsabilité, aucune liberté, aucune décision

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Nous sommes, a priori, tenus de répondre devant la loi des préjugés que nous sommes

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Il n'y a pas de justice sans expérience de l'aporie - car toute décision singulière est l'application d'une règle de droit, tandis que la justice est incalculable

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Toute décision est structurée par l'expérience de l'indécidable - sans l'épreuve de l'hétérogène et de l'incalculable, aucune décision responsable ne pourrait advenir

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Une décision ne peut être juste que si elle fait l'"épreuve de l'indécidable" - dont il reste, à jamais, une trace vivante, un fantôme qui déconstruit de l'intérieur toute certitude

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Structurellement, toute décision signifie l'autre en moi, c'est un commencement absolu qui fait exception de moi; aucune théorie du sujet ne peut en rendre compte

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Pour qu'une décision soit responsable, il faut qu'elle soit libérée du savoir, qu'elle soit donnée au nom de l'autre - c'est ce qu'on appelle la liberté

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La loi est fondée sur un événement performatif, une décision de l'autre dans l'indécidable, qui ne peut appartenir à ce qu'elle institue

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A condition de s'ouvrir en tremblant au battement de coeur du "peut-être", l'aimance peut se produire comme décision hétéronome, don de l'autre

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Dans la société logoarchique, l'analogie est la règle qui soumet le jugement à une loi de supplémentarité

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Il suffit que soit présupposée une décision relative à la question "Qui est l'ennemi?" pour que le politique envahisse et surdétermine toutes les strates de la communauté

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Pour distinguer un récit fictif d'une "réalité", il n'y a pas d'autre critère que le consensus ou le jugement qui garantit la signature d'un "auteur"

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A même le concept de la décision, de l'événement et de la responsabilité, s'inscrit leur loi structurelle : l'urgence absolue

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Il n'y a pas de "bon critère" d'évaluation d'une oeuvre; le seul qui serait légitime serait celui qu'elle produirait elle-même

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Dans le jugement esthétique, l'hétéro-affection la plus irréductible habite l'auto-affection la plus close

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Le paradoxe du post-moderne, c'est que, bien que le jugement n'ait ni fondement ni critères, nous ne pouvons pas nous en débarrasser

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Une décision déterminée par un savoir ou une théorie, même précédée de toute la science ou la conscience possibles, se transformerait en application irresponsable d'un programme

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La philosophie se répète comme projet à travers le langage de sa crise - qui appartient à une logique de l'opposition, de la décidabilité

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Jamais une bénédiction n'est acquise d'avance; on ne peut pas compter sur elle, elle reste toujours improbable, retenue

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La violence divine, la plus juste, est indécidable, inconnaissable - et pourtant la seule qui pourrait faire l'objet d'une décision politique, révolutionnaire, ouvrant une ère nouvelle

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