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de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la mémoire                     Derrida, la mémoire
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 20 juin 2009

[Derrida, mémoire, remémoration]

Autres renvois :
   

Derrida, le deuil

   

Derrida, la garde

   

Derrida, l'archive

Derrida, la trace

                 
                       

En tant qu'elle n'est pas une propriété du psychisme parmi d'autres, mais l'essence même du psychisme, la mémoire n'est pas présente à la conscience. C'est une machine qui procède à la façon du bloc magique freudien : par frayages, effractions, écarts différentiels - qui n'ont lieu qu'une fois. Les traces et archives qui en résultent ne peuvent pas faire retour. Elles sont réinterprétées après-coup. Se remémorer, c'est transcrire, modifier, réinscrire les inscriptions précédentes. Jamais l'"inscription primitive" n'est répétée. Jacques Derrida se dissocie de l'anamnèse freudienne : il n'y a pas de mémoire sans aide-mémoire, technique extérieure (hypomnèse).

La remémoration n'est pas une résurrection du passé, mais une ouverture de la différence, qui engage l'avenir. "En mémoire de", les traces inscrivent des mots, des fictions, des allégories qui promettent un futur. Ainsi la mémoire devient-elle pensante. Elle résiste à toute appropriation. S'engager à la garder, c'est instaurer une alliance scellée par un "Oui" qui ne fait pas revivre l'autre, mais le fait venir.

La mémoire tient à un double mouvement. D'une part, elle est endeuillée par essence (son objet est définitivement perdu); d'autre part, le deuil est impossible car la trace de l'autre est irréductiblement externe, on ne peut pas l'intérioriser [elle ne vient jamais à la conscience]. Comme les phrases apprises par coeur, elle résiste au sens, en-dehors de nous. Elle a quelque chose de mécanique. Nous y sommes voués.

A travers la mémoire, une loi parle. Elle n'a ni contenu, ni signification, mais j'y suis lié par un engagement secret. C'est ainsi que l'autre se manifeste, irréductiblement. Il faut que je l'intériorise, sans pouvoir y toucher. La magie en oeuvre est celle du nom propre qui désigne, dès le départ, autre chose que la chose nommée dont il garde la mémoire.

Dans la langue française, le mot mémoire a plusieurs sens. Il diffère selon le genre (un mémoire, une mémoire) ou le nombre (des mémoires). L'unité du sens de ce mot étant questionnable, Jacques Derrida a intitulé son livre sur Paul de Man : Mémoires (au pluriel). Toute mémoire est au moins double. Comme l'archive hypomnésique, elle est répétition, reproduction, accumulation en un lieu extérieur, mais aussi oubli, défaillance. Elle dépend du contexte. Citer (un auteur) n'est jamais suffisant. Il faut croiser la citation avec d'autres mémoires et d'autres traces.

A notre époque, la mémoire est le lieu d'une mutation prodigieuse dans laquelle les mémoires intérieure (psychisme) et extérieure (archives, documents, images) ne se distinguent plus.

La mémoire vient toujours réparer quelque déséquilibre ou quelque défaut. Elle se garde par des récits (la voix), mais aussi par des choses qu'on touche comme le talith, ou des traces sans contenu. Elle engage notre responsabilité, se transforme avec la pensée.

 

 

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Propositions

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La mémoire n'est pas une propriété du psychisme parmi d'autres, elle est l'essence même du psychisme

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La mémoire, comme l'acte de remémoration, ne dévoile pas l'inscription primitive : elle transcrit, à partir du présent, des traces et fragments qui modifient l'inscription précédente

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La mémoire est l'ouverture de la différence, sa révélation dans la présence même du présent, projetée vers le futur

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La pensée, comme mémoire pensante, défie toute appropriation; préoccupée par un autre irréductible, elle pense à la limite de l'intériorité

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Pour que l'autre reste l'autre en moi, il faut que le deuil soit impossible : ni incorporation, ni introjection

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La mémoire est endeuillée par essence

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Il ne saurait y avoir de vrai deuil, car la trace de l'autre est déjà irréductiblement en nous

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L'archive est hypomnésique : c'est une répétition, un supplément accumulé en ce lieu extérieur où la mémoire, reproduite et consignée, défaille structurellement

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Dès lors que l'autre résiste, qu'il apparaît comme autre en-dehors de nous et en nous, nous sommes voués à la mémoire

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Le talith tient au corps comme mémoire de la circoncision

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Freud, qui restait attaché au primat de la mémoire vive (anamnèse), a rendu possible une pensée de l'archive comme expérience du support ou de la prothèse (hypomnèse)

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L'image a une force de spectralité anamnésique qui excède infiniment ce que pourrait dire une parole, un discours - ou même un métalangage

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Une alliance est scellée par un "Oui, oui" qui garde, en secret, une mémoire endeuillée où vient l'autre

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Une pensée de la loi - comme intimation qui parle à travers la mémoire - est irréductible à la pensée de l'être

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On ne peut séparer le nom et la mémoire, car le nom est toujours "en mémoire de", il survit d'avance à ce dont il garde la mémoire

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La promesse est déjà là, dans le langage, comme une étrange mémoire dont on ne se rappelle aucun souvenir

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Il n'est d'appel au juste, à la mémoire - que pour réparer quelque mal, quelque accident dans la loi, quelque déséquilibre ou quelque défaut dans la généalogie

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La responsabilité de la déconstruction est double : 1/ devant la mémoire; 2/ devant le concept de justice

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On doit à la fidélité de citer et à la mémoire de ne pas se contenter de citer

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Le "bloc magique" de Freud est une machine d'écriture, une métaphore du fonctionnement de l'appareil psychique comme texte

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La prodigieuse mutation d'aujourd'hui oblige à repenser la mémoire, pas seulement quantitativement, mais dans ses rapports au psychisme, à la vérité et au simulacre

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