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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

                     
                     
Le texte talith                     Le texte talith
Sources (*) : Derrida, le talith               Derrida, le talith
Mireille Calle-Gruber - "Jacques Derrida, la distance généreuse", Ed : La Différence, 2009, p55

 

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Derrida, le judaïsme

[Par son oeuvre, Jacques Derrida déclare : "Voici mon talith", "Me voici l'homme au talith"; il fait du texte signé de son nom un talith]

Derrida, le judaïsme
   
   
   
Derrida, texte, hors - texte Derrida, texte, hors - texte
Derrida, retrait, effacement               Derrida, retrait, effacement    
Le secret de Derrida, indéchiffrable                     Le secret de Derrida, indéchiffrable    

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1. Tissu.

Jacques Derrida a écrit en novembre-décembre 1995 un texte intitulé, Un ver à soie - Points de vue piqués sur l'autre voile. Ce texte est encadré par deux souvenirs d'enfance :

- il entendait les femmes de sa famille, qui tricotaient, parler de diminution [un geste qui ne consiste pas à défaire le tricot, mais à travailler ses bords].

- vers l'âge de 12 ans, il a élevé des vers à soie dans une boîte à chaussures.

Dans les deux cas, c'est un fil d'origine animale (la laine, la soie) qui est travaillé pour en faire un tissu (une trame, un cocon). Entre ces deux souvenirs, Jacques Derrida évoque un autre tissu qui lui vient du passé : son talith, châle de prière juif. Son grand-père lui avait donné un talith blanc qu'il avait l'habitude de caresser, de toucher. Mireille Calle-Gruber avance une hypothèse : quand Jacques Derrida nous fait don de son texte, le texte qu'il signe de son nom, il nous fait don d'un talith. Ce don est comme le don d'une langue, une langue en plus. Me voici l'homme au talith dit-il, se pensant comme un autre Abraham qui répond, lui aussi, à l'appel de l'autre.

 

2. Ecriture.

En quoi son écriture est-elle "comme" un talith, voire un talith elle-même? Ce n'est pas une écriture de la vérité. C'est un tissu qui enveloppe le corps, le touche, le dédouble avec ses pliures et ses noeuds. Cette seconde peau n'est pas un vêtement, mais le lieu unique, impartageable, où le vivant se replie sur soi. Là sont marquées et signées les blessures, réitérées les cicatrices. Parler de signature à son propos n'est pas une métaphore : en bordure, à la fois dehors et dedans, le talith soutient l'unicité. C'est une empreinte plus personnelle encore qu'un signe d'écriture. Il le faut pour le culte, pour prier, pour bénir, pour se protéger, pour rappeler la loi et les sacrifices.

Le tissu-texte-ouvrage-talith est fait de tissus animaux, comme le cocon du ver à soie. Il faut pour le produire une secrétion immaîtrisée, secrète. L'animal ne sait rien des mécanismes dse production de ce fil qui vient de l'intérieur, s'extrait de son corps et, par auto-affection, s'invente au fur et à mesure. Il engage la vie de l'oeuvrant (qu'on l'appelle chenille, ver, auteur), sa biographie, mais sans jamais en révéler les secrets. Une écriture de ce genre ne dévoile rien, elle ouvre, elle donne, elle est donnante. Sur la scène de la langue, elle est une production de l'autre, une réponse de l'autre. De même que la soie vient du ver, "la voix vient de l'écho, la langue vient de l'autre" (Mireille Calle-Gruber, La distance généreuse, p47). L'animal secrète la soie comme le parlant secrète la langue.

Et voici qu'arrive le papillon qui perce l'écorce, résultat imprévisible pour l'enfant-Derrida et aussi pour le signataire de ce qui devient un texte (sans auteur, sans intention). Le texte-cocon-talith a surgi dans un temps d'effacement, de diminution, sans défaire la langue, comme naguère les tricoteuses qui diminuaient, mais ne défaisaient pas le tricot. Mais ce texte est déjà virtuellement abandonné, laissé à lui-même.

cf : Ce qui vaut "plus que la vie même", c'est tisser le mourant-vivant du même fil, c'est faire à l'autre l'avance d'une vie, d'une oeuvre.

 

3. Parokhet : petit complément au texte de Mireille Calle-Gruber.

On peut rapprocher ce texte-talith du texte-parokhet auquel nous introduit Marc-Alain Ouaknin. La parokhet est le rideau qui, dans le temple, séparait le Saint du Saint des Saints. Au début du Ver à soie, Derrida l'évoque, s'appuyant sur plusieurs traductions du texte biblique. La parokhet est une oeuvre double. D'un côté [vers le secret], elle est faite par un artiste; de l'autre [vers la visibilité], elle est fabriquée par un artisan. De même, le texte de Jacques Derrida est double. Son écriture est un corps à corps, un tatouage, un vêtement qui le saisit au vif, comme un animal. Il parle, il tisse avec les peaux. Le texte, revêtu de la signature, est un point de croix qui coud le propre et le non-propre, l'intime et l'hétérogène. L'écriture traverse, unit, déchire et répare. Elle pique, elle blesse. Elle est une liturgie. On la porte comme on porte un châle sacré.

Selon Ouaknin, la parokhet, lieu central du temple de Jérusalem, donne à voir l'invisible [paradoxe apparent : le voile se voit comme le peuple hébreu voyait les voix]. Cette tension entre visible et invisible est celle du texte. Quand on interprète, le caché ne se révèle pas. Le texte, retiré, reste inaccessible. Il se manifeste pudiquement, derrière le rideau, comme deux seins de femme se dessinant sous un voile. On ne peut jamais se l'approprier, mais seulement le caresser. On retrouve ici le talith de Jacques Derrida.

 

 

Citation : "Il convient d'analyser l'exposé en ses modalités et enjeux, dont le tallith fait l'objet : non plus ecce homo mais voici mon tallith, c'est-à-dire me voici l'homme au tallith. Où l'on en viendra à comprendre - c'est ma lecture ci-après - que l'opération d'écriture poétique consiste, à certains égards, à faire du texte signé "Derrida" un tallith" (Mireille Calle-Gruber, Jacques Derrida, la distance généreuse, p55).

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Propositions

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Le talith est comme le vivant : c'est la possibilité de l'auto-affection

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Le talith enveloppe un seul corps, unique, pour la prière, la bénédiction et aussi pour la mort

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Le talith tient au corps comme mémoire de la circoncision

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Le talith ne cache rien, ne montre rien : il se touche, se caresse et rappelle à chacun, singulièrement, la loi

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L'autobiographie derridienne, c'est ce qui aura fait qu'elle n'aura pu être faite : un retrait du "biographique", ce lieu introuvable, cette mère, ce réceptacle

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En composant-exposant son oeuvre-talith, Derrida travaille à revêtir, au lieu même de la blessure, le texte de sa signature

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Le fil de soie de l'écriture derridienne, c'est de laisser secréter par l'autre, en secret, ses lois d'écriture

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Ce qui vaut "plus que la vie même", c'est tisser le mourant-vivant du même fil, c'est faire à l'autre l'avance d'une vie, d'une oeuvre

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La parokhet (voile qui séparait le "Saint" du "Saint des Saints") est une oeuvre double : vers le seuil, elle est faite par un artisan; vers le secret, elle est inventée par un artiste

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Le voile qui, dans le temple, cachait le Saint des Saints où se trouvait l'Arche sainte - et donnait à voir le visible/invisible : c'est le texte

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En oeuvrant, Jacques Derrida ouvre la scène d'une langue, il donne le don des langues, il fait don du don

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Il faut s'attendre au messie comme à l'imminence d'un verdict qui ne dévoile rien qui tienne, ne déchire aucun voile, mais invite à la diminution, au retrait, au départ, à la relève de l'autre

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Un souvenir d'enfance de Jacques Derrida : le ver à soie s'auto-affecte jusqu'au moment de "véraison" unique, imprévisible, où se perce l'écorce

 

 

 


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