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                            NIVEAUX DE SENS :

                 
 
                     
                   
Sources (*) :              
Marc-Alain Ouaknin - "Lire aux éclats, Eloge de la caresse", Ed : Quai Voltaire, 1989, pp74-5

Elicha ben Abouya illustre la problématique même du talmud : entre le texte et le monde, il y a cassure; le monde ne réalise pas l'Ecriture, et l'Ecriture ne réalise pas le monde

   
   
   
                 
                       

Selon une histoire célèbre, Elicha ben Abouya aurait été l'un des quatre rabbins à entrer au paradis. Il en est sorti vivant, mais il a rompu avec le judaïsme. Il est devenu Aher, l'autre. Pourtant les rabbins ne lui ont pas retiré leur admiration. R. Meïr, l'un des principaux rédacteurs de la Michna, a été son élève. D'ailleurs sa rupture avec le judaïsme avait commencé bien avant, un jour où il a vu un homme et son fils passer devant un nid d'oiseau. Le fils a respecté la prescription biblique. Il a renvoyé la mère et pris les oisillons. Mais une branche s'est cassée, et le fils est mort. Dans cette version de l'histoire, Elicha s'écrie alors : "Est-ce là la tora? Est-ce là sa récompense? Il semble bien qu'il n'y ait ni rémunération ni résurrection!". Elicha constate la cassure. Il y a le monde et il y a le texte; ils ne correspondent pas. Ce qui est écrit n'est pas ce qui existe dans le monde. Il y a distance, tension. Elicha doit renoncer à l'illusion que le texte et le monde existent en parallèle. Le rapport entre la loi du monde et la loi du livre pose question. Il conduit à s'interroger, à rechercher l'origine de l'écart : c'est le drach, le troisième niveau d'interprétation de la tradition, celui qu'on attribue traditionnellement à Elicha lui-même (malgré sa défection).

Avec le talmud émerge l'écart entre la tora écrite (C'est écrit) et la tora orale (ça parle autrement). L'écrit n'est pas un destin (mektoub, comme en arabe), c'est un texte (Ma chékatouv) qui peut être interprété. Le monde est le lieu de la question. La loi est toujours seconde, toujours déjà commentée. Moïse l'a enseigné en brisant les tables de la loi. Entre le texte et le monde, il ne peut pas y avoir de synthèse.

Pour Elicha, ceux qui prétendent posséder la réponse se trompent. C'est tout l'enjeu de la mahloqet : on n'en sort pas indemne.

[Image d'oisillon]

 

PRESCRIPTION DE LA TORA (Dt 22,7) : "Si par un hasard de rencontre, un nid d'oiseau, devant toi en chemin; dans tout arbre ou sur la terre, des oisillons, ou des oeufs et la mère sur les enfants. Renvoie, tu renverras la mère, et les enfants tu les prendras. Afin qu'il te soit fait du bien, et tu prolongeras les jours".

Ce précepte est de la forme : "Si tu fais... alors". A part "Tu honoreras ton père et ta mère", c'est le seul précepte de la tora qui soit accompagné d'une récompense. Les autres sont uniquement prescriptifs, sans "rémunération" quelconque.

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