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Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, la métaphore                     Derrida, la métaphore
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 11 juin 2010

[Derrida, la métaphore]

   
   
   
                 
                       

On peut présenter la métaphore en quatre "moments", concomitants et inséparables.

1. Elle s'inscrit dans une syntaxe et une sémantique. Une métaphore ne naît pas au hasard. Elle dépend de réseaux associatifs qui véhiculent des passions, des affects, des lexiques privilégiés. Il s'agit de vouloir dire la vérité. La "bonne" métaphore avance un autre sens, mais qui reste commandé par le "sens propre" - ce sens idéal supposé, depuis Aristote, donner la vérité essentielle de la chose même. On attend d'elle qu'elle clarifie ou enrichisse le discours. Ce n'est pas un élément externe, superficiel, c'est un élément central qui contribue à définir une signification que l'on suppose, a priori, stable.

2. Elle dissémine, elle déborde, elle dérive. La duplicité de la métaphore, c'est qu'en voulant contribuer à fixer une signification, elle s'en écarte. Le sens se disperse selon des lignes de gain et de perte qui ne se laissent pas intérioriser. Certes nous la suivons volontiers. Nous nous laissons transporter, déplacer, car elle procure une prime de plaisir qui joue sur l'écart entre la chose signifiée et la figure. Mais dans le même processus, elle réitère, recouvre et reproduit un mouvement immaîtrisable. En ouvrant l'errance du sémantique, elle ne donne aucune assurance de vérité.

3. Dans sa fonction de relance, elle est ambiguë. Quand un système - par exemple une construction philosophique - a tendance à se figer dans des figures usées dont le sens est presque oublié, on le relance par la métaphore. On essaie de le réactiver de l'extérieur, mais la multiplication des figures de substitution, des détours, des tropes, des déplacements et des exemples entre en contradiction avec la logique du système. A la limite le logos ou la Raison qu'on prétend relancer se réduisent à une fable qui s'effacerait sans le renouvellement constant de la métaphore. Cette nouvelle et mauvaise écriture est inéluctable. Elle vient en trop. Comme la catachrèse, elle porte en elle la destruction ou la mort de la "bonne" écriture (la parole vive, le discours de savoir, la philosophie).

4. Aujourd'hui, son retrait. La modernité littéraire tend à s'échapper de la tyrannie du sens propre. En marquant la spécificité de l'écrit, elle vit en-dehors d'elle-même (Mallarmé, Lautréamont, Kafka). Elle invente des modèles ou des machines d'écriture (Freud) qui ne l'assujettissent ni à la logique, ni à l'écriture phonétique, ni à la parole vive. Bien qu'elle continue à se déployer dans la multiplicité des figures du discours, bien qu'elle soit toujours plus envahissante et proliférante et surabondante, bien qu'elle déborde toute limite, la métaphore se replie sur elle-même, elle s'invagine, elle se retire. Ce qui est nouveau, c'est qu'elle ne puisse plus servir pour nommer l'être. Elle n'est plus métaphorique mais "quasi"-métaphorique, elle dit le rien.

 

 

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Propositions

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La métaphore est double : 1/ elle s'inscrit dans une syntaxe et un système sémantique; 2/ elle dissémine selon les lignes du texte

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L'espace métaphorique nous transporte, nous déplace, nous y habitons sans pouvoir en arrêter ni maîtriser le mouvement

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En marquant l'aventure du sens, détaché de la chose et de la vérité qui l'accorde à son référent, la métaphore ouvre l'errance du sémantique

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Qu'en est-il de la voix et du temps? Tous deux reproduisent l'auto-affection pure, ce pur mouvement qui n'est engendré par rien, et dont on ne peut parler que par métaphore

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La production philosophique repose sur la catachrèse, cette métaphore forcée, abusive, qui par un coup de force et contre l'usage, impose à un signe un autre sens

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L'idéal aristotélicien, auquel la philosophie n'a jamais renoncé, est de maîtriser le langage en limitant à un seul le sens des mots - ce qui rejette la dissémination hors du langage

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L'histoire de la philosophie se confond avec l'usure ou l'effacement de ses concepts, dont l'énergie doit être réactivée par la métaphore

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Comme une fleur séchée dans un livre, la métaphore porte la mort en elle, et cette mort est celle de la philosophie

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La figure de la métaphore dans le texte philosophique ne peut pas être conçue philosophiquement, car elle vient toujours en plus - ou en trop

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Un schème domine la philosophe occidentale : une bonne écriture (naturelle) opposée à une mauvaise (artificieuse) ne peut être désignée que dans la métaphore de la mauvaise

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[Aujourd'hui, au moment de son extension la plus envahissante, la métaphore se retire]

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L'être n'étant rien, on ne peut en parler que "quasi"-métaphoriquement, avec la surcharge d'un trait supplémentaire, d'un "re-trait"

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La modernité littéraire tend à s'émanciper de la métaphore ou de la figure en marquant la spécificité de l'écrit

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Freud invente une machine d'écriture (graphie métaphorique) qui n'est assujettie ni à l'écriture phonétique, ni à la parole vive

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Le texte sur la tour de Babel n'est pas un récit comme un autre : c'est le mythe de l'origine du mythe, qui dit la nécessité de suppléer par des tropes à l'impossible système

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