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TABLE des MATIERES :

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Courbet se montre vivant                     Courbet se montre vivant
Sources (*) : Gustave Courbet               Gustave Courbet
Michael Fried - "Le réalisme de Courbet, Esthétique et origines de la peinture moderne, tome 2", Ed : Gallimard, 1993, p181

 

La Baigneuse ˆ la source (Courbet, 1868) -

Courbet, autoportraits

[Les toiles de Courbet sont des représentations déplacées et métaphoriques de l'effort mental et physique qu'exige l'acte de peindre]

Courbet, autoportraits
   
   
   
Courbet, art féminin? Courbet, art féminin?
L'antithéatralité française               L'antithéatralité française    
                       

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La scène de La Baigneuse à la source semble se passer dans la forêt, avec ses arbres, ses rochers et ses chutes d'eau. Mais si l'on examine de près la position de la jeune femme, on peut trouver des rapprochements inattendus avec d'autres oeuvres de Gustave Courbet.

- elle se présente de dos, montrant ses fesses comme la beauté cachée d'un autre tableau de Baigneuses, dans une posture sans doute analogue à celle de Courbet en train de peindre, comme si son corps répétait celui du peintre.

- la position oblique de ses mains peut se comparer avec celle qui tient la palette (la main gauche) et celle qui tient la brosse (la main droite), un genre de posture qu'on trouve également dans Les Amants Heureux (1844), L'homme à la ceinture de cuir (1845), L'homme blessé (1844-54), L'Atelier du peintre (1855), Les Cribleuses de blé (1854), etc... Dans un dessin autoportrait de 1847, ce dispositif se combine avec une inversion spéculaire de l'image.

- le tableau est en continuité directe avec l'espace du spectateur. Ici, l'eau semble s'écouler vers nous (comme dans Le sculpteur, 1844), tandis que dans d'autres tableaux (La truite, 1873), c'est la ligne du pêcheur qui s'étire vers l'extérieur, c'est la table où le personnage s'appuie qui dépasse vers nous (Petit portrait de l'artiste au chien noir, 1842), etc...

- la masse charnelle du corps absorbée dans sa chaude passivité semble vivante, palpitante, présente, comme les nombreux personnages endormis de Courbet (Sieste champêtre, 1840-44), ceux qui sont montrés de très près, nous touchant presque (Autoportrait à la pipe, 1849, Le désespéré, 1843). On peut rapprocher cet attrait pour l'"authenticité" du corps humain vivant de celles d'autres auteurs de l'époque, même si Courbet ne les a pas connus, comme par exemple Karl Marx.

- la signature rouge, en bas à droite, peu visible sur la reproduction mais presque proéminente quand on voit le tableau lui-même, semble souligner que ce corps féminin représente celui de Courbet, comme celui des Casseurs de pierre (1849)

- la construction, apparemment réaliste, multiplie les arabesques et les lignes parallèles, comme dans Une après-dînée à Ornans (1848-49) ou L'Enterrement à Ornans (1849), formant des sinuosités qui résonnent avec le corps du peintre.

 

 

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Propositions

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Les "Casseurs de pierre" peuvent être interprétés comme une "psychomachie" de Gustave Courbet : où son nom propre, sa signature et ses mains se redoublent

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Gustave Courbet instaure, entre le peintre-spectateur et sa peinture, une relation radicalement oblique - jusqu'à en devenir impossible

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Chez Courbet, les mains font sentir l'intense conviction qu'a le peintre de sa propre incarnation

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Courbet montre, dans ses autoportraits, son corps tel qu'il est vécu de l'intérieur

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La représentation d'un personnage essentiellement de dos renforce le sentiment d'une totale immersion de ce personnage dans le monde de la représentation

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Dans "Les Baigneuses" de Courbet, tout se passe comme si le peintre-spectateur voyait la toile de l'autre côté, tandis que nous n'en voyons que l'envers

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La question du rapport entre l'auteur et sa peinture est au coeur de l'entreprise de Gustave Courbet

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C'est une erreur de croire que la peinture dite "réaliste" est déterminée par le réel : elle tient à la place que le peintre occupe par rapport au tableau

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Gustave Courbet opère la fusion quasi corporelle du peintre et de sa peinture dans l'acte même de peindre

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Les autoportraits de Courbet expriment en peinture son intense absorbement dans son être corporel vivant

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L'inclination qu'a Courbet à représenter des états de sommeil ou semi-sommeil tient à son désir de montrer le corps comme animé d'une "présence primordiale"

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Karl Marx (1818-1883) et Gustave Courbet (1819-1877) peuvent être rapprochés par leur commune référence au corps humain vivant

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En jouant sur la proximité entre la représentation et la surface du tableau, Courbet attire le spectateur dans l'image

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L'objectif majeur - quoiqu'impossible - de l'entreprise anti-théâtrale de Courbet est l'incorporation du peintre-spectateur au sein de la toile

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L'"effet de réel" des tableaux de Courbet masque une solide construction, où circulent les rythmes et les parallèles

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L'"Enterrement à Ornans" entraîne le spectateur dans le mouvement sinueux d'une procession en résonance avec son propre corps

 

 

 


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