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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Oeuvre, différance, pulsion de mort                     Oeuvre, différance, pulsion de mort
Sources (*) : L'oeuvre derridienne e(s)t ce qu'elle cite               L'oeuvre derridienne e(s)t ce qu'elle cite
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2016, Page créée le 21 mai 2011 L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire

[L'oeuvre est le lieu où les pulsions de mort sont indissociables d'une graphique de la différance]

L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire
   
   
   
Du mal radical aux inconditionnalités Du mal radical aux inconditionnalités
Le tout autre du principe de plaisir               Le tout autre du principe de plaisir    
                       

1. Hymen originel : le Fort:Da derridien.

1a. L'étonnant succès de cette observation faite par Freud sur son petit-fils Ernst mérite qu'on s'y arrête, ne serait-ce que par la place centrale qu'elle occupe dans l'histoire et la généalogie du mouvement analytique. Freud, dans cette histoire, est à la fois observateur, narrateur, père, grand-père, fondateur de la psychanalyse et analyste lui-même. Il remarque que, dans ce qu'il appelle un jeu, le moment du plus grand plaisir est celui de la disparition de l'objet (Fort), et non pas celui de sa réapparition (Da). L'important pour l'enfant serait moins de récupérer la bobine (supposée par Freud représenter la mère) que de maîtriser sa disparition (le plaisir d'avoir réussi, la pulsion d'emprise). La dimension économique du principe de plaisir gouverne cette interprétation.

1b. Dans son premier séminaire (1953-54), Lacan explique que pour se rendre maître de la Chose, l'enfant doit la nommer, la vocaliser, et qu'en la vocalisant, il la détruit. Par ce meurtre originel, il entre dans le monde du symbole. Pour Lacan, ce n'est pas le tout autre qui est à l'oeuvre dans le masochisme primordial, c'est l'ordre du principe de plaisir lui-même. Mais l'opération symbolique laisse un reste : la Chose détruite, innommée. Sur ce point, les développements lacaniens ne sont peut-être pas étrangers à ceux de Derrida.

1c. Derrida fait remarquer que Freud reprend à son compte le jeu du Fort/Da, en s'identifiant à son petit-fils. Lui aussi jette un objet, le principe de plaisir lui-même, pour mieux maîtriser son retour dans sa famille (le lieu de la scène), sa pensée (sa spéculation théorique) et aussi dans l'institution analytique qu'il a fondée et qui doit se réitérer après lui.

1d. Si, au lieu de considérer comme successif le double mouvement de rapprochement et d'éloignement du Fort/Da, on le considère dans son unité ou sa duplicité, alors l'opération du Fort/Da associe la dissociation et la conjonction, la séparation et la dissémination. Derrida la rapproche de la structure de l'hymen, l'écrit Fort:Da, et la qualifie de messianique. Par le "jeu", la structure s'auto-institue, elle s'éloigne en se rapprochant.

1e. Hypothèse : le "jeu" du Fort:Da peut être interprété comme un paradigme de l'oeuvre en général. Derrida le lit comme un paradigme de l'oeuvre de Freud; nous pouvons le lire comme un paradigme de l'oeuvre de Derrida et généraliser cette lecture à toute oeuvre.

 

2. Graphique de la différance et stricture de l'oeuvre.

Si les pulsions de mort sont silencieuses, si elles ne se laissent entendre que comme inaudibles, comment se fait-il qu'on puisse en dire quelque chose, comment se fait-il qu'on puisse écrire à leur sujet? La réponse derridienne est liée à un autre mot, celui de stricture, sur lequel on peut s'arrêter. cf sur ce point : [Derrida, la stricture].

On peut associer la stricture à un autre mot qui n'est jamais avancé par Derrida comme concept, mais loin d'être absent du texte derridien : création. Que se passe-t-il en effet dans le mouvement de stricture inarrêtable où plaisir, réalité et mort produisent quelque chose? A ces trois élements s'éjoute un quatrième. On connaît la place privilégiée de ce que Derrida appelle la logique du quatre : une mise en abyme du dédoublement, qui dédouble la dyade et met radicalement en question l'horizon ternaire qui prévaut dans la philosophie ou la psychanalyse. Le quatrième côté, tel qu'il est décrit dans La Dissémination, est invisible, indéchiffrable. C'est une ouverture, un trou dépourvu de tout point d'arrêt. En démontant le vieux théatre représentatif, il oblige à rester dans l'incertitude.

Dans le "1, 2, 3 en un" qui, chez Freud, diffère sans cesse l'arrêt de mort, le quatrième terme n'est pas nommé. Ce que "ça donne", ce processus, ce qu'"il y a", ce à quoi ça aboutit et qui n'est même pas présent, effectif, c'est une transaction, un compromis qui finit, quoiqu'il arrive, par aboutir à la mort. Derrida appelle cela une graphique : une altérité irréductible, spéculative, ininscriptible comme telle, mais qui s'inscrit quand même à même le principe de plaisir. Cette altérité est un autre absolu, un tout autre.

"Parce que le principe de plaisir (...) ne passe de contrat qu'avec lui-même, ne compte et ne spécule qu'avec lui-même ou avec sa propre métastase, parce qu'il s'envoie tout ce qu'il veut et ne rencontre en somme aucune opposition, il déchaîne en lui l'autre absolu" (La Carte postale, p302).

"Le principe de plaisir revient toujours à lui-même, se modifie, se délègue, se représente sans jamais se quitter. Sans doute dans ce retour à soi la hantise d'un tout autre se laisse-t-elle, nous l'avons démontré, strictement impliquer" (La Carte postale, p314).

Dès qu'une oeuvre est lâchée, donnée, elle commence sa dispersion. Morte et oubliée, l'instance donatrice (auteur ou tout autre qui aurait cette place) est remplacée par une signature, une date, une légende. Plus jamais l'oeuvre ne reviendra à son point de départ. Tout ce qui l'encadrait et l'encerclait part en fumée, en cendres. C'est là, dans la dissémination destructrice de la mort à l'oeuvre, que l'héritage de la pulsion de mort prend sa forme énigmatique. On peut choisir le mot de création pour la nommer, celui d'oeuvrance, ou encore un autre mot.

cf : La pulsion de mort n'est jamais présente : elle ne laisse en héritage que son simulacre érotique, son pseudonyme en peinture : la beauté du beau.

 

3. L'oeuvrance au-delà de l'héritage.

Confronté au pire deuil qu'on puisse imaginer, la perte d'un enfant, Freud commence par pleurer, puis il se plonge dans son travail, dans son oeuvre. Il s'écarte ainsi de ce qu'il appelait lui-même le travail du deuil et fait autre chose, au-delà du deuil.

Les voies de l'héritage sont imprévisibles. En se posant comme l'héritier de son petit-fils, Freud faisait "comme si" celui-ci était déjà mort. Mais c'était une façon de le garder en vie, à sa manière (car tout héritier choisit ce dont il hérite). C'était aussi une façon d'oublier (ou de refouler) ce dont il ne pouvait pas hériter.

Pour écrire un texte comme pour réaliser un film, il faut jeter, exclure une part de soi-même, se retirer, s'endeuiller. Toute oeuvre est porteuse, comme tout sacrifice, d'une culpabilité et d'une dette. Elle fait le deuil d'une partie oubliée ou omise de ce qu'elle est. Mais l'oeuvre freudienne en fait plus, elle fait quelque chose de plus. Derrida fait remarquer que le texte de Freud, "Au-delà du principe de plaisir", compte sept chapitres, comme le récit biblique de la création. Dans le septième chapitre, Freud se retire. En agissant ainsi, selon son bon plaisir, il se détache de toute dette (comme dans le kol nidré), et il détache aussi son oeuvre de tout engagement vis-à-vis de lui. En retirant son nom, il renonce à toute domination, toute généalogie et aussi à la souveraineté du principe de plaisir. C'est ce moment-là, ce moment d'un retrait en plus, au-delà de l'héritage, qui intéresse Derrida. C'est ce moment-là que nous pouvons nommer oeuvrance. Comme la différance, l'oeuvrance n'est rien, rien d'autre que la déliaison du binden, une contre-bande sans substance.

 

 

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Propositions

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[Derrida, la mort]

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[Derrida, la stricture]

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[Dans le principe de plaisir qui, selon Freud, domine la vie psychique, est à l'oeuvre, en silence, le "tout autre"]

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La mort est cette fatalité par laquelle un don est destiné à ne pas revenir à l'instance donatrice

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Un texte est destiné à partir en cendre ou en fumée, il raconte une histoire de don, de dissémination absolue, qui lui fait déborder son cadre

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Les pulsions de mort, toujours déjà à l'oeuvre, s'écrivent en silence, elles se laissent entendre comme inaudibles

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Derrida nomme "écriture" la non-présence radicale du sujet, sa mort à l'oeuvre, et aussi la promesse de sa résurrection

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La mémoire est endeuillée par essence

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Dans le jeu du Fort/Da, le plus grand plaisir s'attache au retour de l'objet (Da), et pourtant l'enfant préfère la phase de disparition (Fort), qu'il maîtrise

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En jetant et faisant revenir la bobine, l'enfant du Fort/Da - ou Fort:Da - associe dans un hymen la dissociation et la conjonction, la séparation et la dissémination

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Le jeu du Fort/Da, c'est aussi celui de l'écriture freudienne qui s'auto-institue en donnant à lire la structure formelle de ce qu'elle fait : une proximité qui s'éloigne en abyme

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Nommer la Chose, c'est la détruire; c'est ouvrir la possibilité de la transcendance et en même temps la rendre prisonnière du langage

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Pour se rendre maître de la Chose, l'enfant la détruit par la voix

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Par le meurtre originel de la Chose, la voix participe du masochisme primordial

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Par le jeu du Fort/Da, Freud s'assure du retour du principe de plaisir dans sa maison (la psychanalyse), sa famille (son petit-fils), il reproduit sa marque dans l'institution

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Tout rapport à un tableau implique un mouvement double de rapprochement et d'éloignement, de marque et de marche (fort:da)

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La phrase messianique ou téléiopoétique est travaillée par un drame : dans le temps où elle fait venir (présence), elle éloigne la venue (absence)

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Freud spécule sur une "graphique de la différance" qui n'appartient ni à la science, ni à la philosophie, et qu'il ne peut interroger pour elle-même

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Le principe de plaisir revient toujours à lui-même, mais une hétérogénéité différantielle, une supplémentarité, un tout autre hantent ce retour à soi

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La structure (ou stricture) principe de plaisir / principe de réalité / pulsion de mort (1, 2, 3 en un) est celle de la différance : si elle s'interrompait, ce serait l'arrêt de mort

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Dans ce qui fait oeuvre, il y a ce dont on n'hérite pas et à qui rien ne revient (le narcissique, l'immortel) et ce dont on hérite (ce qui, condamné à mort, garde la vie au-delà de la mort)

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La pulsion de mort n'est jamais présente : elle ne laisse en héritage que son simulacre érotique, son pseudonyme en peinture : la beauté du beau

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Freud a connu la pire expérience : la mort d'un enfant, la perte irrémédiable d'une filiation, la crainte d'un avenir clos, sans alliance, et alors il a pleuré

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Le cinéma est un deuil magnifié où s'impressionnent les moments tragiques ou épiques de la mémoire

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Il y a dans le texte de Freud "Au-delà du principe de plaisir" sept chapitres - comme dans le récit biblique de la création

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