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TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 
   
Hubert Damisch                     Hubert Damisch
Sources (*) :                
Hubert Damisch - "Le Jugement de Pâris, Iconologie analytique I", Ed : Flammarion, 1992,

"Le jugement de Pâris" (Hubert Damisch, 1992) [LJDP]

   
   
   
                 
                       

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Table

p5 : PREMIERE PARTIE : Beauté mon beau souci

p7 : 1. Ce rien que la psychanalyse a pu avoir avoir à dire sur la beauté "Nothing? Nothing?"

p17 : 2. L'avenir d'une émotion, "Ce n'est pas l'oeil qui voit, c'est l'âme"

p37 : 3. Freud avec Kant? L'énigme du plaisir

p47 : 4. Cherchez la femme. La beauté dans le rapport des sexes

 

p51 : DEUXIEME PARTIE : Le jugement de Pâris.

p53 : 1. Une femme, donc. "Le déjeuner sur l'herbe"

p65 : 2. Raphaël invenit, L'intermède du chef d'oeuvre

p77 : 3. L'histoire sans le tableau, le travail du mythe

p99 : 4. Le thème du choix, "Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle"

p123 : 5. "Souviens-toi de Pâris", généralogie de l'Europe

p147 : 6. Le supplement, La peinture, corps et âme

p181 : 7. Tours, détours et retours, "Les trois déesses sont trop nues"

p221 : 8. Pâris jugé. L'envers du tableau.

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A partir du Jugement de Pâris, célèbre gravure de Marcantoni Raimondi qui aurait été inspirée, vers 1515, par un dessin de Raphaël, Hubert Damisch nous entraîne dans une sorte de voyage au long cours iconologique. D'un côté les sources antiques, de l'autre les reprises classiques, modernes ou contemporaines, de Watteau à Picasso, en passant par le Déjeûner sur l'herbe de Manet. Il ne s'agit pas seulement d'une agréable promenade autour d'un thème, mais d'un travail théorique autour du mythe, du beau, de l'art, de l'inconscient et du supplément. Car pour Damisch, qui sur ce point prolonge et complète les analyses de Jacques Derrida, une oeuvre d'art n'est pas seulement une représentation, elle en appelle à un supplément : prime de plaisir ou plus-de-jouir. Damisch propose une articulation de ces concepts et de quelques autres, en dessinant une configuration théorique où Kant, Freud et Lacan combinent leurs apports.

Tout part de la théorie freudienne du beau. Freud prétend n'avoir pas grand'chose à en dire, presque rien, mais il ouvre une piste essentielle. Quand les humains, passés à la station verticale, ont laissé voir leurs organes sexuels, il a fallu compenser ce surcroît d'excitation par une série de déplacements : des organes génitaux vers le visage, le discours et la forme. En affirmant le privilège de la vision, la beauté mettait la pulsion sexuelle au service de la civilisation. A ces parties génitales, qu'on ne trouve presque jamais belles, il fallait substituer une émotion esthétique aussi élevée que possible. Mais cette formidable promotion du regard, qui assurait le passage de l'excitation au désir, ne pouvait pas masquer le lien essentiel qui reliait toujours la beauté, le corps et la différence des sexes. Si la beauté en art est de l'ordre du supplément, c'est aussi parce qu'elle supplée à ce qu'elle ne montre pas : les organes génitaux de la femme [et ce qui va avec, la castration]. Pour revenir au vocabulaire freudien, l'oeil sert ainsi deux maîtres à la fois : les pulsions du moi et les pulsions sexuelles.

Si donc l'on revient, après ce préalable théorique, à l'atelier de Raphaël, on est conduit à s'interroger sur l'usage qui est fait d'un thème iconographique, le Jugement de Pâris. Hubert Damisch annonce la couleur : une iconologie qui s'interroge sur la beauté doit se poser les questions de l'inconscient et de la figurabilité. L'art doit réconcilier les principes de plaisir et de réalité, il doit créer les conditions pour que la jouissance esthétique trouve quelque satisfaction dans des contenus visibles. Si le motif du Jugement de Paris a connu une fortune si singulière dans la culture européenne, c'est parce que la légende, qui est le point de départ de la guerre de Troie, associait des thèmes fondamentaux dans cette culture : beauté, désir, plaisir sexuel, libre-arbitre, histoire humaine. Il ne s'agissait pas de détacher la beauté idéale de la sphère sexuelle, mais au contraire de les relier, ce que le berger Pâris était le plus apte à accomplir - simplement parce qu'il était un homme comme les autres. 15 siècles durant, ce motif a suivi son chemin, de déformation en déformation, de transformation en transformation, jusqu'à l'exposition insolente de la différence sexuelle à laquelle Manet s'est livré. Ainsi la question de la beauté était-elle posée sans détour, à la fois comme discours, comme le voulait Kant, et comme contenu mystérieux, irréductible à toute classification de l'histoire de l'art. Pour juger de la beauté, il fallait que Pâris voie les déesses entièrement nues; mais il prenait alors le risque d'être pétrifié par un regard de Gorgone qui ne lui laisserait aucune chance de préserver la paix parmi les mortels.

 

 

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Formulations à partir de ce texte (les têtes de chapitre sont entre crochets) :

 

[En plus de ce qu'elle représente, signifie ou figure, une oeuvre d'art en appelle à un supplément, elle promet une prime de plaisir, un plus-de-jouir]

[La beauté résulte d'une série de déplacements : organes sexuels, jouissance et dégoût vers visage, discours, forme et supplément]

[En affirmant le privilège de la pulsion scopique, la beauté met la pulsion sexuelle au service de la civilisation]

[Une iconologie qui s'interroge sur la beauté doit se poser les questions de l'inconscient et de la figurabilité]

[Dans son "Déjeuner sur l'herbe", Manet pose sans détour la question de ce qu'il en est de la beauté dans l'art]

[La fortune singulière du "Jugement de Pâris" dans la culture européenne tient aux thèmes associés dans la légende : beauté, désir, plaisir sexuel, libre-arbitre, histoire]

Le regard est une structure propre à l'être humain, qui assure le passage de l'excitation au désir

Il faut dissocier l'art, qui travaille à réconcilier les principes de plaisir et de réalité, de la jouissance esthétique (beauté), qui a partie liée avec l'inconscient

Le concept du "beau" désigne à l'origine ce qui est sexuellement stimulant : ces parties génitales, que paradoxalement on ne peut jamais trouver belles

Sur la beauté, il semble que Freud n'aie pas grand-chose à dire - à moins que ce mutisme ne soit qu'une ruse pour dire que la civilisation ne saurait s'en passer

La beauté, qui a partie liée avec le corps et la différence des sexes, est toujours, quelque part, nécessairement indécente

La beauté en art est de l'ordre du supplément

Montrer la beauté féminine, c'est suppléer à ce qui ne se montre pas : les organes génitaux de la femme

Dans ce qu'elle a de plus élevé, l'émotion esthétique fait écho à la surestimation de l'objet sexuel en tant que but du désir

Les motifs iconographiques subissent, à travers les siècles, des déplacements analogues à ceux de l'inconscient (cf le "Jugement de Pâris", sur 15 siècles)

Pour une iconologie faisant sienne l'hypothèse de l'inconscient, une pensée ne peut devenir visible, dans le rêve comme dans l'art, que sous condition de figurabilité

Dans le plaisir pur mis en jeu par le jugement de goût kantien, il ne s'agit que d'un discours sur le beau - de la discursivité même du beau

Dans toute oeuvre réside une part de mystère ou de beauté que jamais l'iconologie ne pourra résoudre

L'oeil sert deux maîtres à la fois : les pulsions du moi et les pulsions sexuelles

Ce qui compte est moins ce qu'une oeuvre représente ou manifeste que ce qu'elle transforme (bas-relief hellénistique du "Jugement de Pâris")

Le passage de l'homme à la station verticale, qui a rendu visibles les organes génitaux, est à l'origine de la beauté, de la pudeur, de la culture - et aussi de la prééminence de la vision

Pour comparer la beauté des déesses, il fallait que Pâris les voie nues - car la beauté est originairement liée au champ du visible

Dans l'atelier de Raphaël, la conception, l'invention, la copie, la reproduction, la répétition et la traduction des dessins, peintures et gravures étaient inséparables

Le "Déjeuner sur l'herbe" de Manet exhibe le jeu insolent de la différence des sexes

Le "Jugement de Pâris", de Marcantoni Raimondi, aurait été la première gravure produite et reproduite spécialement pour être diffusée (vers 1510-11)

Si le berger Pâris, désigné par les dieux, a choisi Aphrodite, c'est parce qu'on ne peut pas détacher la beauté idéale de la sphère sexuelle - dont seul un mortel peut juger

La Gorgone apparaît comme l'emblème de l'"absolument autre", auquel les Grecs ont su donner forme

La légende du "Jugement de Pâris" est le point de départ de la guerre de Troie, qui marque l'entrée de l'humanité européenne dans l'histoire

"Le jugement de Pâris" (Hubert Damisch, 1992) [LJDP]

 

 

 


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B1.992

YYA.1992.Damisch.Hubert

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