Accueil
Projet
Derrida
Œuvrance
Sources
Scripteur
Mode d'emploi
 
         
           
Lire Derrida, L'Œuvre à venir, suivre sur Facebook L'activité du site, suivre le blog

TABLE des MATIERES :

                            NIVEAUX DE SENS :

 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, l'impossible                     Derrida, l'impossible
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 13 juin 2012

[Derrida, l'impossible]

Autres renvois :
   

Derrida, l'aporie

   
   
                 
                       

A chaque fois qu'est tentée la déconstruction d'un mot, d'un thème ou d'un concept, ce mot (par exemple : don, pardon); ce thème (par exemple : invention, amour, mort), ce concept (par exemple : hospitalité, déconstruction, justice), à chaque fois apparaît une division entre le possible et l'impossible. Le possible est soumis à des conditions - qui dépendent des contextes et des circonstances, qui peuvent faire l'objet de calculs, de contrats ou de compromis -, tandis que l'impossible, unique, imprévisible, incalculable et inconditionnel, apparaît comme la seule possibilité digne de ce mot, de ce thème ou de ce concept. Le possible et l'impossible sont hétérogènes, incommensurables, mais en étroit rapport entre eux; l'impossible est la visée du possible, tandis que le possible n'est concevable que sans l'impossible. La déconstruction, donc, se présente comme possible, on peut la désirer, la tenter et même la pratiquer, la démontrer, mais cette pratique, dit Derrida, est une invention de l'impossible. Comme elle n'a ni règle, ni procédure pré-établie, elle ne peut s'expérimenter que comme autre, toute autre, c'est-à-dire insituable et intraduisible.

L'impossible n'est pas l'impensable : donner à entendre l'impossible, le nommer, c'est aussi le penser, même si cette pensée ne se donne pas dans l'unité d'un sens, et même si aucune théorie philosophique ne peut en rendre compte.

Aucun vivant ne peut se poser comme identique à lui-même. Qu'il s'entende parler, qu'il se touche ou qu'il se désigne en tant que "je", c'est toujours un autre qu'il entend, qu'il désigne ou qu'il touche (auto-affection). Cet autre est irréductible, on ne peut pas en faire son deuil. Il fait irruption avant même le commencement (qui est, lui aussi, irracontable et impossible). Chaque fois, se produit cet événement inanticipable (et donc impossible) : l'invention de l'autre. L'identité ne peut pas se fermer sur elle-même, elle est avec elle-même dans un rapport d'espacement.

Autre impossibilité : la présence à soi. Cela vaut pour un texte, irréductible à ses effets de sens, pour l'écriture, qui ne s'arrête sur aucun signifié, pour le temps et aussi pour la vie même, pourtant si désirable. Un mouvement énigmatique, impensable, désorganise les systèmes et entretient les écarts : celui de la différance. Il y a toujours des chaînes d'autres mots, d'autres tissages impossibles à arrêter. On peut multiplier les limites et les cadres, structurer des systèmes, fabriquer des oeuvres, le mouvement ne s'arrête pas. C'est pourquoi des oeuvres comme la série des chaussures de Van Gogh (et tant d'autres), continuent à faire marcher; et c'est pourquoi, aussi, le Contemporain est inconcevable. The time is out of joint, dit Hamlet. A l'extrême, on trouve la jouissance ou le dégoût, qui sont inencadrables.

Nul ne peut dire (ou écrire) : "Moi, ici, je signe".

Il est impossible d'apprendre à vivre - car vivre ne s'apprend pas - et pourtant c'est l'éthique même, dit Derrida. Quoiqu'irréalisable en pratique, cette éthique impossible est la seule qui soit digne de ce nom. Ainsi le pur pardon sans limite, ni norme, ni finalité; le don, qui suppose une effraction dans le cercle fermé du temps ou de l'économie; ou l'hospitalité inconditionnelle, incompatible avec quelque statut que ce soit. Elle invite à la seule responsabilité qui vaille (elle aussi impossible) : répondre pour l'autre en répondant pour soi. Aucune injonction ne peut nous y obliger. On ne peut exiger de pardonner l'impardonnable, de donner sans retour ou d'offrir à l'étranger une hospitalité sans borne. Ce ne sont que des concepts purs, dont la mise en oeuvre serait une folie; et pourtant c'est nécessaire, urgent. Il y va d'une promesse, d'une visée messianique.

Souvent dans l'oeuvre de Derrida revient le schème selon lequel ce qu'il faut faire, c'est justement l'impossible. Traduire est impossible, la traduction ne peut qu'échouer, et pourtant il faut traduire. Le texte biblique sur la tour de Babel dit cette nécessité. Les langues sont distinctes et doivent le rester, mais un nom propre, Babel, appartient à plus d'une langue et même à toute les langues : Dieu clame ce nom qui instaure une logique intenable, la loi de la traduction.

 

 

--------------

Propositions

--------------

-

La déconstruction, qui se donne pour tâche l'expérience de l'autre comme invention de l'impossible, ne désire pas le possible, mais l'impossible

-

"La déconstruction est la justice" - partout où la déconstruction est possible comme expérience de l'impossible, il y a la justice

-

Point énigmatique, impensable de la différance : elle est à la fois détour économique dans l'élément du même et rapport au tout-autre, à l'impossibilité de la présence

-

Prise dans un réseau, un travail de tissage impossible à arrêter, la différance produit des chaînes d'autres mots : gramme, réserve, trace, espacement, supplément, etc...

-

Il faut penser l'exception, même si une théorie philosophique, juridique ou politique - voire un concept - de l'exception est impossible

-

Pour que l'autre reste l'autre en moi, il faut que le deuil soit impossible : ni incorporation, ni introjection

-

"Autre" n'est ni une forme de présence, ni un être : c'est l'inscription de ce qui ne peut pas être posé

-

Dans l'imprévisible surgissement poétique de l'art, de l'artifice ou de la liberté, se produit un événement inouï, impossible : l'invention de l'autre

-

L'espacement est l'impossibilité pour une identité de se fermer sur elle-même : c'est l'irréductibilité de l'autre

-

L'écriture est l'impossibilité pour une chaîne de s'arrêter sur un signifié

-

L'une des thèses inscrites dans la dissémination, c'est qu'une écriture résiste aux effets de sens, de contenu ou de thème auxquels on tend couramment à la réduire

-

Il est impossible de commencer

-

A l'origine de la loi, rien n'a lieu, rien de nouveau n'arrive, il est impossible de raconter l'événement qui inaugure l'interdit

-

Il est impossible de concevoir le contemporain car, à chaque génération, la formule d'Hamlet s'applique : "The time is out of joint" (le temps est hors de ses gonds)

-

Le temps est le nom d'une impossible possibilité : l'impossibilité pour un instant de coexister avec un autre, qui s'éprouve comme possibilité

-

Dans chaque déconstruction singulière, le mouvement d'une division fait apparaître l'impossible comme la seule possibilité digne de ce concept ou de ce thème

-

La dimension du "Il y a" s'ouvre dans l'écart entre l'impossible et le pensable

-

"Apprendre à vivre, enfin", n'est-ce pas, pour un vivant, l'impossible? C'est pourtant l'éthique même

-

Le pur pardon est sans limite, sans norme, sans modération ni finalité : il est exceptionnel et extraordinaire, à l'épreuve de l'impossible

-

Le pardon pardonne seulement l'impardonnable

-

L'hospitalité inconditionnelle lève l'immunité qui nous protège contre le tout autre; elle est impossible à vivre et incompatible avec quelque statut que ce soit

-

Le don, qui se donne à penser comme la figure même de l'impossible, est à la fois ce qui circule dans une économie et ce qui l'interrompt

-

Partout où domine le "temps comme cercle", le don est impossible - il ne peut y avoir don qu'à l'instant où une effraction a lieu dans le cercle

-

La responsabilité est indéniable car pour répondre de soi, il faut répondre pour l'autre; mais elle est impossible car ce qui lui donne une chance est indécidable

-

Le pari impossible des chaussures de Van Gogh, c'est que, même dépareillées et disparates, elles font marcher

-

Que peuvent dire les mots? Juste l'impossibilité de dire : "Moi, ici, je signe"

-

La traduction (deux fois une langue) ne peut qu'échouer, car elle efface l'étranger en soi (au moins deux langues)

-

La promesse est un acte impossible, mais le seul digne de son nom : on ne peut pas la tenir, mais on peut la renouveler

-

Le don, qui ne peut raisonnablement se donner "comme tel" qu'à condition de rester impossible, est contaminé par la folie

-

[Marx vise un impossible : la vie pleinement présente, aussi désirable que la justice]

-

L'arrivance messianique est un concept impossible mais urgent, car il y va de la justice

-

Le texte sur la tour de Babel n'est pas un récit comme un autre : c'est le mythe de l'origine du mythe, qui dit la nécessité de suppléer par des tropes à l'impossible système

-

La performance de Babel instaure, d'un coup de nom propre, la loi de la traduction : nécessaire et impossible, elle instaure une dette dont on ne peut plus s'acquitter

logo

 

 

 

 


Recherche dans les pages indexées d'Idixa par Google
 
   
   
Follow @pdelayin

 

 

 

 

 

   
 
     
 
                               
Création : Qylal

 

 
Idixa

Marque déposée

INPI 07 3 547 007

 

Derrida
DerridaImpossible

AA.BBB

DerridaCheminements

IM.POS

AP_DerridaImpossible

Rang = zQuoisDerridaImpossible
Genre = -