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Les collectes de l'Orloeuvre
   
     
Modernité, humain / non - humain                     Modernité, humain / non - humain
Sources (*) :              
Bruno Latour - "Nous n'avons jamais été modernes - Essai d'anthropologie symétrique", Ed : La Découverte, 1991, p158

 

Ex Libris -

On prend pour désenchantement du monde ce qui n'est qu'allongement des réseaux par prolifération des hybrides, multiplication et circulation des collectifs locaux

   
   
   
                 
                       

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Les Occidentaux se croient différents des autres. Ils vivent leur histoire comme un drame qui conduit à la mort de Dieu ou à celle de la civilisation, à la crise ou à l'anomie, à la déculturation ou au déracinement. Ils se croient supérieurs, et en même temps sont désespérés. Leur monde froid, scientifique, technicisé, complexe, réduit à des combinaisons de jeux de langages, n'a plus aucun sens. Mais ils se trompent. Ils n'ont jamais quitté "la vieille matrice anthropologique". Leur monde, comme tous les autres, mêle des éléments humains et non-humains. La seule différence tient à la taille de ces collectifs, bien plus considérable que dans les sociétés pré-modernes, et à leurs effets si spectaculaires et efficaces qu'on peut les attribuer à une sorte de miracle : la connaissance objective de la nature. Mais chaque laboratoire, chaque usine est une réalité chaude et fragile, humaine et controversée, "remplie de roseaux pensants et de sujets eux-mêmes peuplés de choses". C'est une humanité ordinaire qui produit la science, la technique, l'organisation, l'économie, l'abstraction et le formalisme, par une accumulation de petites causes dans des réseaux locaux. Ces réseaux (qu'il s'agisse du tout-à-l'égoût, de l'électricité ou de l'Internet) peuvent s'étendre indéfiniment dans l'espace, sans en couvrir la totalité. Ils sont à la fois locaux et globaux (ou ni locaux ni globaux). Il en est de même des idées, des savoirs et des faits. Par les chemins de fer, les téléphones ou les ordinateurs, ils parcourent de vastes espaces, mais ne sont pas universels. Ils se présentent moins comme des idées platoniciennes (rationnelles, valables en n'importe quel lieu) que comme des réseaux de pratiques, d'instruments et d'institutions (des quasi-objets) à l'extension gigantesque.

 

 

La bureaucratie sans âme ni agent est aussi mythique que les lois scientifiques universelles. Ce sont les modernes qui ont imposé une différence ontologique radicale entre le monde naturel, supposé soumis à des lois inaltérables, et le monde corruptible des humains. Mais des réseaux serrés de pratiques, d'instruments, de documents et de traductions (les hybrides ou quasi-objets) relient les deux mondes. Ces réseaux s'étendent au monde entier, mais ils sont faits de procédures locales, d'arrangements particuliers, de connections, de médiations, d'agrégats dispersés et souvent chaotiques - aucune "main invisible" ne vient y mettre de l'ordre.

 

 

 


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