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Sources (*) : Le Nu idéal               Le Nu idéal
Kenneth Clark - "Le Nu, tome 1", Ed : Hachette, 1969, p228

 

Les trois graces (Rubens, 1639) -

Dans ses Nus féminins, Rubens ne sacrifie jamais le tactile au visuel

   
   
   
                 
                       

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A notre époque, Rubens est souvent accusé de peindre des grosses femmes nues et plutôt vulgaires. En disant cela, on ne met pas nécessairement en cause son talent de peintre, ni son extraordinaire technicité, ni même ses convictions religieuses. Car ces femmes aux seins gonflés ont aussi des chevelures d'or, ces chairs ont la même exubérance que les gerbes de blé ou les piles de citrouilles, ces visages ont une vie intérieure. Leur joie est si pure, leurs expressions sont si innocentes, qu'elles ne peuvent pas être souillées. Elles s'intègrent dans une nature optimiste où même les désirs des satyres sont des dons de Dieu.

Il n'y a rien de mesquin chez Rubens, ni jalousie, ni perversion, ni frustration. Pour réussir ses Nus, il a étudié tous les maîtres et assimilé tous les types de perfection formelle. Il dessinait d'après nature mais n'hésitait pas à reprendre les couleurs du Titien ou les postures de Michel-Ange. Pour que ses Nus aient l'air réel, pour qu'ils soient solides et pesants, il a transformé le corps classique. Les contours s'imbriquent, le modelé interne s'appuie sur les accidents de la chair (les rides, les plis, la peau tendue ou relâchée) et les textures. Les draperies qui collent au corps produisent l'effet d'un mouvement continu. L'intérêt qu'il portait au grain de la peau montre la prévalence chez lui du toucher. L'important n'est pas de révéler la structure interne du Nu (apologie classique de l'illusion), mais de montrer la luminosité de la peau - tâche infiniment plus difficile (à part lui, seuls Renoir et le Titien en étaient capables).

Rubens a réussi à lui seul à fabriquer un type de femme : belle, heureuse de vivre, pleine de gratitude, aussi présente qu'indifférente.

Les trois grâces (Pierre-Paul Rubens, 1639).

 

 

Rubens avant déjà 62 ans quand il a peint ce tableau (un an avant sa mort, mais il s'était remarié dix ans plus tôt avec Hélène Fourment, dont il avait eu quatre enfants). Les chairs féminines n'avaient pas de secret pour lui. Mais quelle fraîcheur! Quel plaisir de voir, de flatter, de chanter les louanges de ces corps à peine voilés, si somptueusement imparfaits!

 

 

 


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