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L'inouï du "tube"                     L'inouï du "tube"
Sources (*) : Oeuvre, arrêt, différance               Oeuvre, arrêt, différance
Peter Szendy - "Tubes - La philosophie dans le juke-box", Ed : Minuit, 2008, p48

 

Je suis venu te dire que je m'en vais (Gainsbourg) -

Le propre des mélodies obsédantes, des "tubes", c'est leur force d'irruption réitérée, leur "réiterruption"

   
   
   
                 
                       

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sur le livre

 

Le psychanalyste Theodor Reik a publié en 1953 un livre sur son expérience des mélodies obsédantes dans la cure et aussi dans la vie : The Haunting Melody. Psychoanalytic Experiences in Life and Music. Pourquoi la mélodie obsédante, ou revenante comme dit Peter Szendy, nous hante-t-elle? D'où vient qu'elle soit capable de susciter un engouement, une émotion incomparables? D'où vient qu'une rengaine puisse interrompre le cours de notre vie? Reik, en psychanalyste, cherchait à traduire la mélodie en phrases, en paroles, en discours signifiant, comme si un texte caché était toujours greffé sur la musique. Mais il est possible de voir les choses autrement. Avec la musique, une force de surgissement envahirait la sphère mentale. Elle viendrait couper, interrompre les chaînes de pensées, introduire une différence dans le discours sans même dire quoi que ce soit. C'est ce que Peter Szendy appelle la "réiterruption" : le va-et-vient obsédant qui, sans s'annoncer, fait irruption et charge soudain d'affect ce qui pourrait n'être qu'un lieu commun. Comme dans On connaît la chanson d'Alain Resnais, la musique passe dans la vie. C'est une affaire de ventriloquie : une voix chante dans le corps d'un autre, des mots prennent possession de lui et font (performatif) quelque chose d'autre. Mais le phénomène est transitoire, limité dans le temps. La chanson disparaît, elle s'efface, pour en envoûter peut-être un autre.

Serge Gainsbourg en 1988, interprétant son "tube" : Je suis venu te dire que je m'en vais.

 

 

Quatre fois, la mélodie de la chanson de Gainsbourg Je suis venu te dire que je m'en vais est reprise dans le film d'Alain Resnais. Puis elle s'en va, elle se retire, comme si le refrain ne parlait que de la chanson elle-même, ou comme si c'était la chanson elle-même qui ventriloquait les acteurs. Elle arrive, elle repart, elle multiplie les visites, elle va et vient comme le font les associations d'idées. En hantant la vie de ceux qu'elle assaille, elle dit ce qu'elle fait : elle appelle, elle interrompt, elle est interrompue, elle promet d'appeler encore.

 

 

 


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