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Tjara Omshak - "Art = sexe, sang et mort", Ed : Galgal, 2007, Page créée le 2 septembre 2013

 

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Pour chaque jeune fille, se pose pour la première fois, à nouveaux frais et singulièrement, l'énigme de la sexualité ("Jeune et jolie", film de François Ozon, 2013)

   
   
   
                 
                       

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Si un "bon" film est un film qui pose une question sans y répondre, alors ce film-là occupe d'emblée une place enviable. Quelle question?

1. Pourquoi Isabelle se prostitue-t-elle? Il y a à la fois beaucoup de réponses et aucune. Elle n'est pas attirée par les jeunes garçons de son âge et préfère les hommes mûrs (thème de l'absence ou de l'insuffisance des pères); elle préfère brûler les étapes par une expérience sexuelle immédiate, directe; elle veut sortir de l'adolescence le plus vite possible et passer d'un coup à l'âge adulte; en se donnant de cette façon, elle évalue sa valeur (l'argent qu'elle compte mais ne dépense pas); avec un inconnu, elle peut se permettre une certaine sorte de plaisir difficilement qualifiable; le romantisme qu'elle ne peut pas obtenir dans la vie réelle, elle le trouve là; elle ne savait pas où diriger son désir, elle lui trouve un objet à la hauteur (par la transgression, par l'âge des hommes); ou encore, comme le dit un critique, "Elle se prostitue parce qu'elle se prostitue, point-barre".

2. Pourquoi Isabelle semble-t-elle si froide, indifférente, dépourvue d'émotion? Elle ne peut s'identifier ni à sa mère, ni à son père, ni à son beau-père, qui sont pour elle des étrangers; son père ne s'occupe pas d'elle, elle n'a jamais eu de contact charnel avec qui que ce soit; c'est l'impact des modèles sexuels d'aujourd'hui, de pure consommation, pour une génération née avec l'Internet; personnalité féminine narcissique bien connue des psychologues et des psychanalystes, plus particulièrement chez les belles femmes; elle a toujours eu tout ce qu'elle voulait, elle n'a rien à désirer, etc... Sur ce point aussi, beaucoup de réponses, et aucune.

L'intérêt du film, c'est que ce qui est opaque pour nous et le personnage de sa mère, l'est aussi pour elle. Il faut qu'elle trouve son chemin dans cette opacité. Certains stéréotypes peuvent l'aider (par exemple le stéréotype de la-jeune-femme-qui-se-prostitue-volontairement), mais personne ne le fera à sa place.

Isabelle, 17 ans, décide de perdre sa virginité le lendemain de son anniversaire. Elle choisit un garçon quelconque. Ce dépucelage est pour elle un acte purement mécanique, un devoir, comme s'il arrivait à une autre, dans une frigidité totale, une sorte de dédoublement. Puis vient l'occasion qui provoque l'événement : un inconnu lui propose un rendez-vous à la sortie du lycée Henri IV. Elle accepte, se prostitue une fois, puis une autre, puis une autre. L'argent, elle le met dans une enveloppe sans le dépenser. Puis arrive un second événement : un de ses clients meurt pendant l'amour. La police la retrouve, prévient sa mère. Le film se termine sur une scène où elle rencontre la femme du client décédé : complicité entre elles. Aucune explication, aucune justification, on ne comprend jamais pourquoi elle agit de cette façon-là.

 

 

Si aucune explication logique, aucune justification psychologique ou sociologique ne convient, c'est qu'il y a autre chose. Ce qui est en jeu, c'est la singularité d'Isabelle. En choisissant comme pseudonyme le prénom de sa grand'mère, Léa, elle reste inscrite dans sa généalogie, ce qui lui permet de prendre ses distances (voire de rompre) avec ses parents biologiques. Elle gagne ainsi sa liberté, et peut se confronter avec ce qui compte vraiment pour elle : quelque chose d'enfoui, une crypte dont elle ignore tout. Elle ne peut pas entrer en relation avec ce domaine cryptique par le raisonnement, mais seulement par l'acte. Elle agit donc, sans savoir ce qu'elle fait, et par son acte (performatif), elle peut commencer à se trouver une place. Rien dans ce processus n'est conscient, tout est gouverné par des mécanismes inconnus. L'enjeu est de se situer dans une identité sexuelle incertaine. On touche là à l'une des différences entre les rôles masculins et féminins. Alors que tous les garçons ont la même sexualité (phallique), chaque fille a une sexualité différente, encryptée, qu'elle doit découvrir. Il n'y a pour cela aucune recette, aucun critère défini à l'avance. Isabelle/Léa avance courageusement dans ce territoire dangereux, non balisé. On ne parlera pas ici nécessairement de sexualité féminine (ce continent noir), mais de sexualité "en général" (si ça existe), car elle découvre aussi la sexualité des hommes (cette découverte est pour elle une sorte de plaisir - même s'il faut après, quand elle rentre chez elle, qu'elle prenne une douche). Le résultat ne se dit pas par la parole, mais quelque chose est arrivé. On voit bien qu'elle pourra vivre - sans être tenue par les obligations de son âge ni de son milieu.

 

 

 


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zm.Ozon.2013

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Genre = MH - NP
                         
     
                     
                     
 

Le film de François Ozon « Jeune et jolie », qui sort ce mercredi en salles, était en compétition au Festival de Cannes en mai. Voilà ce qu’en disait à l’époque notre journaliste ciné, Olivier de Bruyn.

Elle est belle, s’appelle Isabelle et elle fête ses 17 ans avec ses parents un bel été ensoleillé au cours duquel elle rencontre également un beau garçon avec lequel elle perd sa virginité. La rentrée venue, de retour à Paris, l’héroïne retrouve ses condisciples au lycée Henri-IV. A priori, elle a toutes les raisons de poursuivre sagement ses études dans les beaux quartiers bourgeois – les seuls qu’elle connaisse.

Sauf que... sans raison apparente, Isabelle (la quasi-néophyte Marine Vacht) mène désormais une double vie et, sous un autre prénom, Léa, se livre à la prostitution dans les hôtels de luxe où elle retrouve des clients fortunés qu’elle a aguichés sur le Net au préalable.

BANDE-ANNONCE DE « JEUNE & JOLIE »

Dans « Jeune & jolie », présenté en compétition, le prolifique François Ozon, invisible à Cannes depuis 2003 et « Swimming Pool », suit à la trace son héroïne, une ravissante fille de « bonne famille » qui s’adonne à la prostitution sans en « avoir besoin », ni financièrement (l’argent, chez elle, coule à flot) ni érotiquement (le plaisir sexuel n’est pas de mise et la jeune fille ne fantasme pas sur les aventures tarifées).

L’époque et le mystère

Pourquoi cette addiction ? En quatre saisons, le cinéaste met en scène un parcours initiatique mystérieux et dérangeant, celui d’une fille de son temps qui, froidement lucide sur la loi de l’offre et de la demande, « profite » de ses atouts et de son pouvoir séducteur pour mettre à l’épreuve tous ceux qui rôdent autour d’elle : clients, parents, lycéens.

Le film, qui ne cède à aucune surenchère crapoteuse, plonge profondément dans les zones troubles de l’identité flageolante, obsession majeure du cinéaste. Avec une inspiration constante, il dresse le portrait fascinant et dérangeant d’une adolescente, certes jeune et jolie, mais surtout terriblement ambiguë.

Résultat : un film qui court-circuite les explications rassurantes (sociologiques comme psychologiques), dynamite les clichés et, « en passant », radiographie l’obsession mercantile de l’époque.

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C'était la polémique du dernier Festival de Cannes. Interviewé par le Hollywood Reporter au moment de la projection en sélection officielle de Jeune & Jolie, François Ozon, le réalisateur qui ne connaît pas la crise, se laissait aller à des propos malheureux:

«C’est un fantasme de beaucoup de femmes de se livrer à la prostitution.»

Avant de persister face à la réponse de son interlocutrice («Pourquoi en parlez-vous comme d’un désir? Je ne pense pas que ce soit le cas») en estimant «qu’être un objet sexuel est quelque chose de très évident, [...] être désiré, être utilisé. Il y a une sorte de passivité que les femmes recherchent».

Face à la polémique montante —jusqu'aux rangs du gouvernement: «Je ne suis pas persuadée qu’une réalisatrice, une femme, aurait tenu de tels propos», déclarait la ministre aux Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem—, le réalisateur fera marche arrière quelques heures plus tard sur Twitter:

«Propos maladroits et mal compris. Evidemment, je ne voulais pas parler des femmes en général, juste des personnages de mon film.»

Trois mois plus tard, Jeune & Jolie arrive sur les écrans ce mercredi 21 août encore teinté de ce scandale cannois. Et le film, dans tout ça? Depuis Dans la maison, l'an dernier, François Ozon a renoué avec la jeunesse. Comme dans son film précédent, et avec davantage d’émotion et de subtilité, Jeune & Jolie s’attaque à une certaine médiocrité de classe.

Ici, une famille un cran plus haut dans l’échelle sociale que les banlieusards de Dans la maison. Isabelle (Marine Vacth), la fille aînée, s’y trouve à l’étroit et préfèrerait elle sortir de la maison. Superbe personnage que cette adolescente de 17 ans qui a trop vécu pour faire (les choses de) son âge.

«J’ai revu le film de Buñuel pour préparer Jeune & Jolie. Sauf que Buñuel est dans le fantasme alors que moi, je serais plutôt dans la réalité. S’il y a une scène rêvée ou fantasmée dans Jeune & Jolie, c’est une scène sans sexualité —je pense au moment avec Charlotte Rampling. Marine Vacth, comme Catherine Deneuve, sont des espèces de pages blanches sur lesquelles on peut projeter ses fantasmes.»

«Le choix des chansons de François Hardy pour structurer le récit m’est venu assez naturellement. Pour moi, c’est celle qui a le mieux chanté la tristesse et la désillusion de l’adolescence.

Des spectateurs m’ont dit que le personnage qui intervient à la fin du film (ne dévoilons rien au spectateur) avait quelque chose de la Françoise Hardy d’aujourd’hui. Pourquoi pas? Mais ça reste involontaire de ma part.

Je ne crois pas que ça l’intéresse de faire l’actrice. En tout cas, ses chansons véhiculent une mélancolie qui correspond bien à mon cinéma. Quand je lui ai parlé de Jeune & Jolie, elle m’a découragé de prendre ses chansons des années 60. Elle les déteste: "Ne prenez pas L’Amour d’un garçon, c’est une chanson idiote", m’a-t-elle dit.

Ce genre de musique un peu niaise et démodée peut trouver une autre dimension au cinéma et devenir très émouvant. Tout dépend de comment on l’intègre à une histoire. Tout dépend de l’histoire.»