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de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
L'oeuvre, au - delà du souverain                     L'oeuvre, au - delà du souverain
Sources (*) : La scène de l'oeuvre               La scène de l'oeuvre
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2016, Page créée le 22 mars 2014 L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire

[Mettre en oeuvre, aujourd'hui, c'est penser l'au-delà du souverain]

L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire
   
   
   
                 
                       

1. Un concept de l'"au-delà du souverain", à élaborer.

cf : [On peut, à partir du "Méridien" de Paul Celan, penser l'au-delà du souverain]. §1, 2 et 5.

 

2. Le concept de l'oeuvre, entre "Schibboleth" (1984) et "La bête et le souverain" (2001-2002).

a et b. cf : [Paul Celan tente, par la signature unique d'un poème unique, par son art, de s'affranchir de l'art].

c. Il n'est d'oeuvre, aujourd'hui, qu'à penser l'au-delà du souverain.

Cette formulation généralise et radicalise l'interprétation que fait Jacques Derrida du texte de Paul Celan, Le Méridien, dans les huitième et dixième séances de son séminaire La bête et le souverain (2001-2002). Alors qu'en 1984, dans sa première analyse du même texte (in Schibboleth), il mettait l'accent sur le caractère unique du poème, sa singularité absolue, irrépétible, résistant au sens, à l'interprétation et même à la pensée, il se pose en 2002 d'autres questions. Pourquoi Paul Celan insiste-t-il sur le présent du poème, son présent unique, ponctuel, son immédiateté, sa proximité, son ici et maintenant (Méridien p77)? Et pourquoi reprend-il ce mot de majesté pour désigner le Vive le roi de Lucile, dans cette étrange formule synthétique, la majesté de l'absurde (Méridien p64)? Pourquoi multiplie-t-il les "peut-être"? Et pourquoi utilise-t-il à plusieurs reprises le mot unheimlich, dont on connaît la complexe ascendance freudienne et heideggerienne? A cet ensemble de questions (que nul avant lui n'avait posées), Jacques Derrida répond par une articulation qu'on peut tenter de clarifier en utilisant la méthode qu'il privilégie lui-même dans sa lecture de Celan :

"une lecture moins diachronique, plus systématique, qui s'attacherait, pour les besoins d'une démonstration, à faire apparaître une configuration de motifs, de mots et de thèmes, de figures qui habituellement n'apparaissent pas dans cet ordre" (La bête et le souverain, p300).

Plus loin (p349), il parle de "logique ou d'axiomatique discursive, qui sous-tend et scande son poème". Quelle est cette logique, cette axiomatique?

Par rapport à 1984, l'interprétation de 2002 est plus nettement politique - puisqu'il est question du souverain. Mais (pas plus que pour le "Vive le roi" de Lucille), il ne s'agit pas d'intervenir concrètement dans le champ politique. La "contre-parole" derridienne n'est ni militante, ni activiste, mais on peut la dire aussi plus radicalement politique encore que l'action révolutionnaire.

 

d. Un autre présent.

cf : [On peut, à partir du "Méridien" de Paul Celan, penser l'au-delà du souverain], §3.

 

e. Une sortie hors de l'humanité, hors de l'art.

cf : [On peut, à partir du "Méridien" de Paul Celan, penser l'au-delà du souverain], §6.

 

3. L'oeuvre au-delà du souverain, inconditionnalité et mal radical.

Comme les autres concepts dits "éthiques" de Derrida, l'au-delà du souverain ne peut pas être réalisé dans la vie concrète. C'est un principe, pas un devoir ni une loi. Sa "pureté" est liée à son caractère inconditionnel, c'est-à-dire à son impossibilité. "[Nous sommes reconduits vers] une pensée du possible comme im-possible, et des conditions de possibilité comme conditions d'im-possibilité", écrit-il à ce propos dans la dixième séance (p349), se référant au chemin impossible par lequel Paul Celan conclut son texte programmatique, le Méridien (p84 de ce texte), et reprenant un thème récurrent chez lui. Tout se passe comme si Derrida cherchait chez Celan une autre voie, à la fois politique et au-delà du politique, pour répondre à ce qui est sous-jacent aux poèmes célaniens comme à son propre commencement dans la philosophie, la loi du pire.

Avec le "tournant du souffle", on se retire dans le même mouvement, dans le même temps, des problématiques de l'art et de celles du souverain. Il faut une contre-parole, un contre-cri « Vive le roi ! », un « pas » supplémentaire qui opère comme signature, etc., il faut les trouver chez Büchner, Celan et les autres, mais il ne faut pas que ce soit dans les termes de la souveraineté ou de l'art qui invitent à l'élévation, la magnification, la spiritualisation. Mallarmé ou Celan nous rappellent que l'idéal, l'idéalisation, sont les gardiens de la loi.

 

 

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Propositions

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[On peut, à partir du "Méridien" de Paul Celan, penser l'"au-delà du souverain"]

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L'essence du poème est la date : soustrait à la répétition, il s'adresse à une autre date

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Comme tout ce qui n'a lieu qu'une fois, la date résiste à la pensée

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[L'art est politique sans le vouloir; dès qu'il se veut politique, il ne produit que de la propagande]

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- Laurent : Dans les manifestations officielles ou officieuses de l'art, les expositions, les rétrospectives, les Biennales, les galeries, la politique est omniprésente. Il faut critiquer, dénoncer, accuser, condamner, exhiber toutes les traces de violence ou d'injustice, il faut clamer, crier, hurler son indignation. Mais finalement, dit-on autre chose que ce qui est déjà dit? Provoque-t-on autre chose que l'ennui, l'impression que ces critiques ne font que répéter en les inversant les problématiques du pouvoir ou, pire encore, n'est-on pas soumis à une propagande qui ne dit pas son nom?

 

 


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