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Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Derrida, renvois, citations                     Derrida, renvois, citations
Sources (*) : Les mots de Jacques Derrida               Les mots de Jacques Derrida
Pierre Delain - "Les mots de Jacques Derrida", Ed : Guilgal, 2004-2016, Page créée le 31 mai 2014 L'oeuvre derridienne e(s)t ce qu'elle cite

[Derrida, renvois et citations]

L'oeuvre derridienne e(s)t ce qu'elle cite Autres renvois :
   

Derrida, le texte, le hors-texte

   

Derrida, acte de langage, performatif

   

Derrida, itérabilité, marque, re-marque

Derrida, le livre

                 
                       

Pour analyser, au plus près du texte, les effets de hantise dans l'oeuvre derridienne, on peut examiner la façon dont il procède pour citer. Il y a en effet chez lui une théorie de la citation – indissociable de sa théorie de l'écriture, et aussi une ou plusieurs pratiques, plus d'une modalité de la citation.

1. Commencements.

La formulation première (ou la citation première) pourrait être celle-ci : Tout commence dans le pli de la citation. Elle serait paradoxale, contradictoire, aporétique, car soit on commence, et on ne cite pas; soit on cite, et on ne commence pas. Et pourtant depuis toujours, depuis le commencement, le texte est citation. Le postulat derridien, son axiome, ce serait que l'un ne va pas sans l'autre, il faut les deux, c'est un double bind. Pour désigner cette étrange répétition qui ne suppose ni départ, ni commencement, ni origine (et pourtant les implique), Jacques Derrida parle d'itération. Toute parole, profération ou écrit peuvent être répétés sous toutes sortes de modes. On peut les mimer, les simuler, les promettre, etc... Ce sont des marques itérables, travaillées par une citationnalité générale. Ce qu'elles deviennent dépend de la façon dont elles sont lues, entendues ou interprétées. En citant une marque (re-marque), on peut en faire soit une simple copie, une phrase banale, soit un événement, un acte.

 

2. Citation, itération.

La citation est double. D'une part, c'est une reproduction, un emprunt, une copie; mais d'autre part le fragment répété n'est pas identique à lui-même. Il renvoie à l'autre, travaille au corps même du texte. Une citation qui devient productive, qui invente, qui fabrique de l'altérité, on peut l'appeler itération. Citer, c'est mettre en mouvement, c'est aussi greffer, traverser, faire naître, engendrer de nouveaux textes ou de nouvelles images. La greffe ne s'ajoute pas à un texte préexistant, elle l'ébranle, le transforme, le contamine. A la façon de la nymphe Echo, qui transforme des fragments de phrases en paroles nouvelles (ou en actes de langage), elle combine la mémoire et l'oubli.

Toute marque parlée ou écrite, tout signe quel qu'il soit, tout renvoi, ouvre la possibilité d'un prélèvement ou d'une greffe citationnelle. Elle peut proliférer, engendrer à l'infini de nouveaux sens, d'autres textes et aussi d'autres contextes. Dès qu'il y a renvoi à l'autre, il y a trace. Cette expérience, qui est aussi celle du vivant, est illimitée.

 

3. Textes et livres.

Quelle que soit la façon dont elle se présente (signes, lignes, rouleaux, livres, pages), l'écriture est discontinue. Elle procède par fragments, aphorismes, césures, sauts qui détruisent toute totalité, y compris celle du livre. Aucune justification, cohérence ou ordre des raisons ne peut venir à bout de cette discontinuité.

D'un côté, l'original est intouchable. Pour être lu, traduit ou interprété, il doit rester intact, pur, vierge, identique à soi. C'est un axiome. Sans ce noyau inépuisable, le texte ne pourrait pas survivre.

Mais d'un autre côté, aucun signifié ne peut mettre un terme au renvoi infini de signe à signe. Un texte exige la traduction. Il appelle les dérivés, il commande les citations qui mettent en question son unité.

 

4. Une "autre éthique" de la citation.

Laissant de côté les considérations académiques et juridiques (droit d'auteur), Jacques Derrida tend à privilégier ce qu'on pourrait appeler une autre éthique de la citation. On a toujours le droit de prélever une proposition dans un texte, de couper, de coller, de composer, en un mot : de citer. Mais il y a plus d'une façon de faire :

- Incorporer la citation dans son "propre" texte. C'est ce qui arrive quand on évacue le corps et le corpus du texte cité (ses mots, ses signifiants), quand on élimine des éléments apparemment inutiles ou superfétatoires. C'est une clôture, une fermeture. Ce type de citation, qu'on peut qualifier de "classique", ne génère pour le texte cité aucun autre avenir que celui qu'on lui impose.

- un autre type de citation peut être qualifié de "déconstructive". Comme la citation classique, elle prélève violemment un extrait dans le corps (corpus) de l'autre. Mais ce bout de texte n'est pas autonomisé, il laisse une plaie ouverte qu'aucune coagulation, aucune suture ne peut refermer. [Derrida parle de circoncision, terme à entendre ici comme inscription d'une blessure (mal) cautérisée dans le corps]. Le texte cité n'est pas neutralisé. Il produit, il prolifère, il déborde les limites conventionnellement représentées par des guillemets. (Toutes sortes de mots renvoient aujourd'hui à cette opération : montage, collage, remix, etc...).

En reprenant les concepts proposés par Nicolas Abraham et Maria Torok (largement cités par Derrida dans Fors), on peut nommer le premier type citation-incorporation (une marque enfouie dans le corps, secrète, silencieuse, encryptée), et le second citation-introjection [la marque refoulée se mue en désirs, fantasmes de désirs, associations, mots supplémentaires].

Jacques Derrida en tire, pour les textes qu'il signe, des conclusions radicales. Ses livres ne feraient pas totalité, ils ne feraient système que comme simulacres. Ils ne seraient ni extérieurs aux autres écrits [contemporains ou non], ni séparés d'eux, mais au milieu. Tout en ne renvoyant qu'à sa propre écriture, ils ne s'écarteraient de leurs sources que pour se laisser diviser par elles. Son oeuvre, toujours prise dans la trace ou la marge d'autres oeuvres, se consumerait dans leur lecture.

 

5. Une mise en oeuvre hétérogène.

Le concept derridien de la citation du second type, affirmé voire revendiqué dans de nombreux textes, est-il mis en oeuvre dans les livres et articles sur lesquels il appose sa signature? On trouvera ici une liste des citations contaminatrices qui semblent déborder le texte derridien, voire les limites de sa "propre" pensée. Mais beaucoup d'autres citations sont de type classique. Pour certains auteurs, la citation est systématiquement classique, comme on le discute ici, à propos du cas particulier de Giorgio Agamben.

 

 

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Propositions

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Tout commence dans le pli de la citation

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La pensée n'est à personne car, depuis le commencement, le texte est citation

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Il n'y a pas de performatif pur, car tout acte de langage est travaillé par une "citationnalité générale"

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La possibilité de prélèvement ou de greffe citationnelle appartient à la structure de toute marque, parlée ou écrite

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Le concept de trace est coextensif à l'expérience du vivant en général : dès qu'il y a renvoi à l'autre ou à autre chose, il y a trace

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L'idée du livre, qui renvoie à une totalité signifiée/signifiante, est profondément étrangère à l'énergie aphoristique et destructrice de l'écriture

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La trace instituée est rétention de la différence - c'est une structure de renvoi où la différence apparaît comme telle

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Une certaine pratique de l'itération, à ne pas confondre avec la citation, altère aussitôt ce qu'elle paraît reproduire : "Quelque chose de nouveau a lieu"

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La citation cesse d'être une citation, dès lors qu'elle se laisse travailler au corps même du texte

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Un texte circoncis se passe du corps et de sa part incirconcise - il évite les citations qui seraient des incorporations

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La citation est une traversée, un travail en vue de la naissance, un engendrement

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Ecrire veut dire greffer : incisions violentes de citations dans le texte, qui en contaminent le contenu

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Dans une "autre logique" de la citation, le fragment répété invente, il fait oeuvre à son tour - comme Echo répétant Narcisse

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Pour rendre compte des effets de virtualité, simulacre et spectralité, il faut que la déconstruction inscrive la possibilité de renvoi à l'autre, hétérogénéité, différance

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Il y a entre l'écriture déconstructive et le cinéma un lien essentiel : couper, coller, composer, monter des textes et des citations

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Le logocentrisme est le désir irrépressible de mettre un terme au renvoi de signe à signe par un signifié transcendantal

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Toute écriture est aphoristique

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Les sources d'une "oeuvre" ou d'une "pensée" étant hétérogènes, on ne peut y "revenir" qu'en s'en écartant, en se laissant diviser par la différence de l'autre en soi

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En ne renvoyant qu'à sa propre écriture tout en se consumant dans la lecture d'autres textes, l'opération textuelle derridienne met en question l'unité du livre

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Un énoncé performatif ne peut réussir que si sa structure est double : conforme à un modèle itérable (citation) ET événement absolument singulier

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On a toujours le droit - mais on n'a jamais le droit - de prélever une proposition dans un texte

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"On ne peut pas toucher à l'original"; il faut cet axiome - qui garantit la pureté de l'original - pour interpréter, déplacer, traduire et inventer

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Le droit d'auteur suppose un "original" pur, vierge, intouchable et identique à soi

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[La pratique citationnelle de Jacques Derrida est diverse et hétérogène : de la plus classique à la plus contaminatrice / disséminatrice]

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On doit à la fidélité de citer et à la mémoire de ne pas se contenter de citer

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En les signant de son nom, Echo réussit à transformer des fragments de phrases de Narcisse en paroles nouvelles qu'elle invente

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[La querelle entre Giorgio Agamben et Jacques Derrida, ou : "Comment protéger les bords de l'oeuvre?"]

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[Colette Deblé fait écho aux corps féminins de l'histoire de l'art; par le travail des citations elle les fait naître à nouveau, au-delà de la voix]

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