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TABLE des MATIERES :

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 DERRIDEX

Index des termes

de l'oeuvre

de Jacques Derrida

Un seul mot - ou un syntagme.

         
   
Du "hors livre" au "livre à venir"                     Du "hors livre" au "livre à venir"
Sources (*) : Derrida, le livre               Derrida, le livre
Pierre Delain - "Pour une œuvrance à venir", Ed : Guilgal, 2011-2016, Page créée le 16 août 2014 Sur le Derridex

[Le "hors livre" derridien annonce le "livre à venir"]

Sur le Derridex
   
   
   
L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire L'oeuvre derridienne, vaccin contre le pire
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1. La fin du livre et la matrice derridienne.

Dans l'avertissement dont il fait précéder son livre De la Grammatologie, Jacques Derrida indique que la première partie de cet essai, L'écriture avant la lettre, "dessine à grands traits une matrice théorique" autour de laquelle les autres textes s'organisent. Après un exergue, le premier chapitre est intitulé La fin du livre et le commencement de l'écriture. Ainsi se trouvent conjoints par un "et" les deux syntagmes, la fin du livre d'une part, et le commencement de l'écriture d'autre part. Cela peut conduire aujourd'hui, dix ans après son décès et cinquante ans après la rédaction de ces textes, à s'interroger sur la portée de ce "et". Dans quel mouvement associatif et additif la fin du livre et le commencement de l'écriture sont-ils, aujourd'hui, liés?

Dans les termes de la "matrice théorique", la fin du livre arrive quand s'épuise la conception linéariste du temps qui jusqu'alors fixait des limites à l'écriture, à l'organisation hiérarchisée de l'économie et de l'espace, à l'ontologie et aussi à l'histoire de la philosophie. Avec l'émergence de différentes pensées pluri-dimensionnelles dans des champs comme la biologie, les mathématiques, l'imagerie numérique ou encore la littérature et le cinéma, cette conception se défait. Une désimentation bouleverse les liens entre art, science, technique, théorie. Le monde classique du symbole est menacé, et avec lui les limites des langages. Une autre logique, celle du gramme, irréductible à la successivité du temps, rompt les barrières qui la refoulaient. Elle met en péril le privilège du présent, et avec elle la raison, la vérité et même le sens.

 

2. Les enjeux de la triple préface : le hors-livre, le reste.

Trois textes qui ont le livre pour thème, écrits respectivement en 1965, 1972 et 1997, sont aussi des préfaces. Il s'agit du premier chapitre de De la Grammatologie déjà cité, du premier texte de La Dissémination intitulé Hors livre, et du premier texte de Papier Machine dont le titre est Le livre à venir. Trois fois donc, Jacques Derrida réunit des textes assez disparates en un livre, choisit de commencer ce livre par une sorte de préface dont il dit explicitement qu'elle n'en est pas une, laquelle préface pose des questions radicales sur le statut, l'essence, voire l'existence même du livre. Il produit et fait publier un livre, en le faisant précéder d'un avertissement qui aboutit, si on le prend au sérieux, à dénier le statut même de livre de ce livre.

Ces non-préfaces sont ambigues. D'un côté, malgré les dénégations, elles restituent la totalité fermée, organisée en lignes, pages et chapitres, qui tient son autorité d'un signataire reconnu et légitime. Nous continuons encore aujourd'hui à scruter le sens de ces ensembles sévèrement gardés par des archontes, qui tiennent leur prestige de la position juridique, politique et universitaire de leurs auteurs. D'un autre côté, une préface qui ne ferait qu'expliquer un texte, le présenter, révéler à l'avance son sens, n'existerait pas. Pour exister, il faut qu'elle ajoute quelque chose, qu'elle laisse une trace, un reste qui témoigne d'éléments étrangers, hétérogènes. C'est cette mise en cause de l'homogénéité du texte, cette affirmation du dehors, que Derrida appelle hors-livre. Le Hors livre est ce déchet irréductible que la préface ne peut pas exprimer, mais sans lequel elle ne servirait à rien. Qu'il renvoie à des éléments indiciels, mémoriels ou signifiants, ce reste a la particularité de mettre en mouvement, d'empêcher la clôture sur soi du texte.

Les concepts déployés dans ces trois préfaces (le hors-texte, le hors-livre, le liminaire, la démarcation, la dissémination, l'au-delà de tout, l'exception de tout, etc...) s'inscrivent dans cette logique de la restance. Ils viennent étayer la conjonction dont nous sommes partis. Si Jacques Derrida a attaché une telle importance à la préface, s'il a fait de ce mot un concept ou quasi-concept, c'est pour lier la fin du livre au commencement de l'écriture. Par rapport au livre, la préface est un commencement, mais c'est au sens de l'archi-écriture : un mouvement qui déborde toute explication, se dérobe à toute justification logocentrique, une différence ou différance redoutable qu'aucune totalité livresque ne pourra combler. Si la préface redoublait parfaitement le sens du texte, elle s'annulerait dans une insatiable circularité. Mais si elle est écrite, sa duplicité est toute autre : elle précipite dès le début le livre dans son extériorité.

 

3. Esquisses derridiennes du hors livre.

Dans sa découverte ou son invention du hors-livre, Jacques Derrida ne se limite pas à la pensée théorique. Il tente, dans la configuration même de ses livres, de concrétiser, d'incarner ou d'inscrire les structures ou strictures qu'il élabore. Il s'agit pour d'engrosser la marge, ce qu'il fait méthodiquement dans Glas.

Le hors livre n'est pas hors du livre, il est dans le livre. Il le parasite, le supplémente, le féconde.

 

4. Ce qui s'expérimente aujourd'hui : l'autre livre?

Quand les normes du vieux livre sont mises en péril, on s'attend à ce que, sur ses débris, surgisse un autre livre. Mais, comme le fait remarquer Derrida, cet autre livre, issu du vieux livre, en sort doublement. D'une part, il s'en extrait, mais d'autre part, il en est l'héritier.

a. Les réseaux ébranlent les institutions, déhiérarchisent les modes de transmission du savoir et des normes, bousculent les souverainetés, celles des Etats comme celles des sujets.

b. Mais ces événements produisent inéluctablement leurs anticorps. Par l'identité électronique, le cryptage, les antivirus, les antispams, la destruction des traces, les réseaux multiplient les dispositifs qui pourraient restaurer le sujet. Les figures idéales qui ont assuré la domination du livre et fait perdurer, jusqu'à aujourd'hui, son caractère sacré, sont loin d'être abandonnées : un savoir infiniment transparent, qui s'auto-vérifierait dans une sorte de grand village démocratique, prend la place du savoir absolu. On espère qu'un "autre livre" viendra sauver ou transfigurer les productions actuelles, pour préserver la forme du livre-codex (l'unité d'un texte rassemblée linéairement, dans sa totalité, en un lieu unique).

cf le livre de Barbara Cassin, Google-moi. On trouve dans les reproches qu'elle fait à l'impact des nouvelles technologies tous les thèmes traditionnels de l'humanisme classique. Les dangers qu'elle dénonce renvoient tous à ce que Derrida appelle la "mauvaise écriture" - comme si les réseaux étaient une énorme force de résistance à l'autre écriture.

A la place de l'"autre livre", vient un simulacre, une fiction, une exception. S'il faut encore un livre, il porte aussi le nom du hors-livre. Il ne ne complète pas le texte, il le précède. Il ne confronte pas son identité à celle des autres textes, il s'y consume. Même s'il valorise la cohérence, il se multiplie au-delà du tout.

 

5. Une autre scène du livre (au-delà du performatif et du souverain).

Dans La Dissémination, Jacques Derrida remet radicalement en question l'horizon ternaire de la philosophie, tout ce qui pourrait se résoudre en une relève ou en la mise en place d'un signifié transcendantal. Plus rien ne doit arrêter l'écriture, plus rien ne doit agrapher la trace, ni au nom de l'esprit, ni au nom de la loi. C'est la scène quatrième, celle qui fait sauter les liens, refusant la sécurité de la parole ou de la voix paternelle. C'est alors que la préface ne peut plus se laisser envelopper dans le cercle du livre. D'orale, elle devient écrite. N'étant plus arrêtée par le système du sens, elle se mue en machine performative, en être hybride, en chimère qui serait seule à même, de nos jours, de produire de la pensée oeuvrante.

Le hors-livre fait exception. Il ne peut se présenter que sous le signe de l'inadéquation, l'inadaption, l'en-trop. Il peut sembler stupide, insignifiant, dangereux. Comme tout ce qui se soustrait à la loi du souverain, il ne peut s'annoncer, quand il s'annonce, que par ses défauts, son manque de sérieux - voire sa monstruosité. On le distingue difficilement de l'erreur ou du discours courant. Mais n'est-ce pas justement cette exception, imprévisible et impensable dans son essence, que le hors-livre s'efforce de penser?

Il faut aller beaucoup plus loin, ouvrir des zones incontrôlées, des pratiques sauvages d'écriture qui échappent au contrôle et à la censure des machines de pouvoir (étatiques, économiques, académiques, éditoriales).

Au-delà du performatif se pose la question du savoir, de l'érudition.

Au-delà du souverain se pose la question du signataire.

 

6. Ce qu'il faut laisser venir et qui n'a pas de nom.

Peut-on aujourd’hui s’engager dans un travail d’écriture dont on ignorerait absolument ce qu’il donnerait, quelles règles il mettrait en place, un travail qui n’aurait aucun signataire déterminé, qui n’aboutirait à aucun livre, qui ne serait reconnu par aucune instance légitime, un travail qui ne se plierait à aucun genre, ne s’arrêterait devant aucune limite préétablie, ne s’enfermerait ni dans un titre, ni dans une description? Peut-on se plonger dans un travail qu’on ne pourrait jamais résumer, ni réduire à aucun «abstract»?

Supposons que «Oui», ou plutôt, disons «Oui» à un tel engagement en nous donnant certains «principes» inconditionnels. C’est Derrida qui explique que, pour un principe, l’impossibilité n’est pas incompatible avec l’inconditionnalité. Affirmer un principe ne signifie pas qu’il soit praticable et réalisable. On peut donc énoncer le premier de ces principes sans trop rougir de son audace ou de sa présomption. C’est celui de la blancheur, de la neutralité, du vide. La méditation que nous recherchons devrait, par principe, se débarrasser de tout présupposé. C’est cette injonction qui implique à la fois une certaine rigueur, et le refus du formalisme logique ou rationnel. Dans le cas qui nous occupe, un certain retrait préalable devrait refaire des textes et des mots derridiens (écriture, livre, dissémination, etc.), qu’ils soient ou non signés de son nom, des énoncés oeuvrants, performatifs et bouleversants.

On peut, à juste titre, trouver de nombreux défauts à une tentative de ce genre. Mais s’il fallait la juger, ce serait sur les critères qu’elles produirait elle-même, qui ne sont ni ceux du livre, ni ceux de l’institution universitaire, mais ceux du hors livre; sur des critères qui ne se rapporteraient pas à une totalité finie, linéaire (un livre, une thèse, une œuvre), mais qui viendraient en plus du tout, au-delà du tout. Peut-on à la fois parler de critères, et dire qu’ils sont tout autres?

De ce qu’il adviendra de cet essai, dans l'après-coup qui suivra la disparition de leurs initiateurs, nul ne sait rien. Mais la question n’a aucune pertinence.

 

 

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Propositions

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[Derrida, le livre]

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La fin de l'écriture linéaire est bien la fin du livre

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Avec le livre, on a refoulé tout ce qui résistait à la linéarisation; en désédimentant son unité, on bouleverse le lien entre art, technique, économie, littérature, théorie

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Avancer qu'il n'y a pas de hors-texte, ce n'est pas se rassurer dans l'intériorité d'un dedans ou d'une identité à soi, c'est observer que le texte affirme le dehors

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Une préface ne se réduit pas à la présentation d'un texte : il en reste quelque chose, hors-livre, un déchet, une tombée qui chute comme une écorce vide

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[La configuration des livres de Jacques Derrida est régie par un commandement : "Tu feras signe au Hors livre"]

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[La mise en oeuvre d'une autre écriture, dans la mouvance de Jacques Derrida]

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Manifeste derridien : il faut un livre qui marque le tout autre, au-delà de tout, dans et hors le tout, à l'exception de tout

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[Aux fins de laisser venir l'"autre livre", le Derridex prend appui sur les textes de Jacques Derrida]

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Devant la catastrophe qui menace le livre, on peut attendre ou espérer qu'un "autre livre" le sauve ou le transfigure - mais un tel livre ne pourrait être que hors-la-loi, monstrueux

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La dissémination ouvre un lieu où aucune forme de présence n'agraphe plus la trace, où aucun point n'arrête l'écriture au nom de la loi

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La double bande de Glas met en jeu deux désirs inconciliables : délinéariser ("J'érige pour que vous ne puissiez pas me châtrer") / linéariser ("Je me châtre moi-même")

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L'avenir ne peut s'anticiper que dans la forme du danger absolu; il ne peut s'annoncer que sous l'espèce de la monstruosité

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Utiliser l'Internet implique une déhiérarchisation qui transforme le mode de transmission du savoir et des normes

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